Tête d'Ilya Prigogine

Gabrielle Haardt

Lauréat du prix Nobel de Chimie en 1978, physicien spécialisé en thermodynamique, Ilya Romanovich Prigogine est né à Moscou le 25 janvier 1917. Il est mort à Bruxelles le 28 mai 2003.

Né en Russie quelques mois avant la Révolution russe, ce sont les circonstances politiques et économiques de l’Histoire qui amènent Ilya Prigogine en Belgique. En 1921, l'entreprise familiale du père, un ingénieur chimiste diplômé de l’École de Moscou, est nationalisée par le régime soviétique et l'impression d’insécurité pousse la famille Prigogine à émigrer vers l’Europe de l’Ouest. Après un court passage en Lituanie, les Prigogine s’établissent à Berlin. Leur séjour y sera de courte durée : la dégradation de la situation économique et la montée du nazisme les incitent à partir à nouveau. Ils s’installent à Bruxelles en 1929. Ilya Prigogine a 12 ans et, vingt ans plus tard, en 1949, il acquiert la nationalité belge.

Après sa formation scolaire – humanités gréco-latines –, Ilya envisage, en accord avec ses parents, de devenir avocat. Sa curiosité pour la psychologie, science du comportement, l’amène à s’intéresser à la chimie qui influe sur les comportements, et de là, plus fondamentalement, à la physique qui explique la chimie. Il abandonne l’idée de devenir avocat. Il ne s’inscrira pas non plus en histoire, archéologie ou musique, ses centres d'intérêt de toujours, (le jeune Ilya est féru de musique et de piano dès l’enfance), mais en fac de sciences à l’ULB, en 1935. Ce choix, il l’expliquera bien des années plus tard avec un sourire amusé en le qualifiant de fluctuation près d'un point de bifurcation.

Si son frère aîné Alexandre, chimiste et ornithologue, fera carrière dans l'industrie minière au Congo ex-belge, Ilya étudiera donc la chimie et la physique, et en parallèle : il obtient ainsi, la même année (1939), la licence en Sciences Chimiques et en Sciences Physiques, publie son premier article scientifique et son mémoire de licence qui devient le cinquième volume d'une série de monographies publiées sous la direction de son promoteur de mémoire, le Professeur Théophile De Donder, savant qui très tôt au début du vingtième siècle a ouvert l’ULB aux progrès les plus modernes de la physique.

Le jeune Prigogine commence alors une carrière brillante au sein de l’ULB : assistant de De Donder en 1940, il devient Docteur en Sciences Chimiques en 1941 et agrégé de l'enseignement supérieur en 1945. Chargé de cours en 1947, il est professeur extraordinaire en 1950, et professeur ordinaire en 1951. À 34 ans, un record à l'époque, il devient le plus jeune professeur ordinaire de la Faculté des Sciences.

Il prend la direction du Service de Chimie Physique, où iI crée et assure la partie théorique du cours de Chimie Physique pour les étudiants de la Licence en Sciences Chimiques. En 1959, il devint directeur de l’Institut Solvay, un Institut de Physique et de Chimie fondé par Ernest Solvay en 1911 et qui depuis contribue au prestige scientifique de la Belgique : des physiciens et chimistes de renommée mondiale participent aux Conseils Solvay. Tout en poursuivant cette mission historique, l’Institut Solvay va devenir, sous l'impulsion de Prigogine, une institution de recherche de haut niveau accueillant des chercheurs belges et étrangers. La même année, il commence à enseigner à l'Université du Texas (Austin), où il fonde le Center for Complex Quantum Systems. De 1961 à 1966, il est membre de l' ”Enrico Fermi Institute” de l'Université de Chicago. En 1967, il est professeur de physique et de technologique chimique à l'Université du Texas. A partir de 1967, il partage son temps entre Bruxelles et Austin.

Prigogine fut fortement influencé dans sa recherche par Théophile De Donder et Jean Émile Charles Timmermans. Sous l’influence de Prigogine, l'Ecole bruxelloise de thermodynamique, fondée par De Donder, acquiert une renommée internationale.

L'année 1961 est marquée par l'événement le plus heureux de sa vie personnelle : sa rencontre à Varsovie avec celle qui deviendra sa femme, Maryna Prokopowycz. Coup de foudre. Il lui demande de l’épouser deux jours après leur rencontre. Ils formeront un couple uni et très heureux, et auront un fils, Pascal.

Prigogine devient membre correspondant de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (Classe des Sciences) le 12 décembre 1953 et membre effectif le 10 décembre 1960. Directeur de sa Classe en 1969, il est président de l'Académie la même année. Membre de la commission de Chimie physique et Electrochimie au FNRS, il fait également partie de plus de 58 académies scientifiques, de la Belgique jusqu’à sa Russie natale. 

Tout au long de sa carrière, outre une cinquantaine de doctorats honoris causa, il cumule les prix dont les plus prestigieux : le prix Francqui (1955), le prix Solvay (1965) et le Nobel de Chimie (1978), pour ses contributions à la thermodynamique hors équilibre, en particulier la théorie des structures dissipatives. Prigogine développe sa recherche d’abord sur base des travaux de son promoteur. Mais alors que les travaux de Théophile De Donder se limitent aux systèmes réactifs maintenus uniformes dans l'espace, Prigogine étend ces recherches à une classe beaucoup plus large de systèmes, aux systèmes éloignés de l'équilibre: les structures dissipatives” (en dispersion, disparition, extension). Ses contributions, ainsi que celles de Lars Onsager, Eckhart et Josef Meixner, conduisent à une formulation cohérente qui sert encore aujourd'hui de point de départ au formalisme de la thermodynamique des processus irréversibles. 

 

 

 

 

 

Florilège des Sciences en Belgique, t. II, 1980 : Autobiographie ; portrait photographique, p. 39. 
Bulletin Sciences : Hommage à Ilya Prigogine. Allocution de Paul Glansdorff et réponse d’Ilya Prigogine ; cinq photographies, 1977, p. 831. Hommage funèbre à Ilya Prigogine au Palais des Académies, vendredi 6 juin 2003. Allocutions de Jacques M. Pasteels, Pascal Prigogine, Radu Balescu, Jacques Solvay, Ioannis Antoniou, Linda Reichl, Jean-Louis Vanherweghem, Paul Damblon, 2003, p. 147. Éloge d’Ilya Prigogine, par Radu Balescu, 2004, p. 257. 
Mémoires Sciences, coll. 8° : Ilya Prigogine. Sa vie, son œuvre, par Radu Balescu, 3ème série, t. XXIV.

 

Gabrielle Haardt

 

 

Gabrielle Haardt est une artiste sculpteur et créatrice de bijoux née à Paris le 11 juillet 1917 et morte à Bruxelles le 21 décembre 2004

Buste

bronze,

par Gabrielle Haardt.