Lettre à Paul Henri Spaak, 23 novembre 1836
Fondation Spaak
Présidence
Du Paris, le 23 novembre 1935
Conseil 6954
Mon cher Ministre, et ami,
L’ambassade de Belgique me fait parvenir votre lettre. Permettez-moi de vous dire ma reconnaissance émue.
Dans ces heures douloureuses, aucun témoignage de sympathie ne pouvait m’être plus précieux que le vôtre. Il m’apporte le réconfort de deux affections qui me sont particulièrement chères, celle d’un pays ami et celle d’un parti frère du notre.
Je vous prie de croire, mon cher Ministre, à l’expression de toute ma gratitude et à l’assurance de mes sentiments bien fraternels.
Léon Blum
[« Fondation Spaak » et « 6954 » sont tous deux des indications ajoutées par l’archiviste de la Fondation Spaak]
BOSSUAT G., GIRAULT R., ZIEBURA G. (et al.), Léon Blum, socialiste européen, Bruxelles, Complexe, 1995, 222 p.
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Front populaire
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BRUNET J.-P., Histoire du Front populaire : 1934-1938, Paris, PUF, 1991 (coll. « Que sais-je? », no 1209).
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MACHS J.S., Le Front populaire, grande espérance, Paris, Librairie académique Perrin, 1971, 408 p.
RENOUVIN P. (dir.) et REMOND R. (dir.), Léon Blum, chef de gouvernement (1936-1937) : colloque de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 26-27 mars 1965, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1981, 439 p. (coll. « Références » (no 3), 1re éd. 1967, Armand Colin).
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Antisémitisme
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SCHOR R., L'antisémitisme en France pendant les années trente, Bruxelles, Complexes, 2005 (coll. Complexe).
Léon Blum
Léon Blum était issu d’une famille de commerçants juifs venus d’Alsace[1]. Il se distingua rapidement par ses capacités littéraires. Il fut reçu à l’École normale supérieure en 1890. Néanmoins, il quitta l’institution l’année suivante pour commencer une carrière de critique littéraire qui lui donna l’occasion de se lier d’amitié avec Angré Gide ou encore Tristan Bernard[2]. Il fit également des études de droit et réussit le concours d’entrée au Conseil d’État où il mena une belle carrière jusqu’en 1919. Jusque-là, la vie politique ne lui fut pas étrangère : il fut très affecté par l’affaire Dreyfus, prit la défense de Zola[3], dans le sillage de Jaurès. Il adhéra d’ailleurs au socialisme de tendance marxiste. Toutefois, avant la Première guerre mondiale, il était surtout connu pour ses essais (Du mariage, 1907, Stendhal et le beylisme, 1914). Le monde politique s’ouvrit à lui avec la guerre. Réformé, il entra alors dans le cabinet de Marcel Sembat[4], ministre socialiste des Travaux publics dans le gouvernement d’Union sacrée (1914-1916). Son influence au sein du socialisme français se développa : il défendait une position centriste entre la gauche de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) pacifiste et influencée par le bolchévisme naissant et la droite du parti, davantage tournée vers la conquête du pouvoir. Élu député de la Seine en 1919, il devint leader de la SFIO à la Chambre. Lors du Congrès de Tours en décembre 1920, il défendit l’unité du parti et se déclara pour la démocratie interne de celui-ci, contre le modèle bolchévique. Quoique ses opinions étaient minoritaires à l’époque, Blum réussit à les imposer durant les années suivantes grâce ses talents de journaliste et son poste de chef du groupe SFIO à la Chambre des députés qu’il avait rejointe en 1919.
Plus tard, après avoir récolté le plus de voix au sein d’une coalition de Front populaire lors des élections d’avril / mai 1936, il fut désigné pour mener le nouveau gouvernement. L’exercice du pouvoir dura un peu plus d’un an et le gouvernement mena une politique d’envergure dans de nombreux domaines : nouveau statut de la Banque de France, nationalisation des industries, instauration des congés payés, semaine des quarante heures, etc. Toutefois, dans un climat d’extrême violence, l’action du gouvernement fut entravée par la droite, la fuite des capitaux et le marasme des affaires. De plus, la politique étrangère amena la division au sein du Front populaire. Léon Blum dut en effet accepter la politique de non-intervention dans la guerre civile espagnole pour ménager les Radicaux (partisans de cette politique), et le gouvernement britannique dont la France avait besoin. Il couvrit cependant la livraison clandestine d’armes aux républicains espagnols.
Au début de 1937, malgré une pause dans les réformes, Blum dut bien constater qu’il ne pourrait jamais réaliser une nécessaire union nationale. Quand il tenta de constituer un second gouvernement en 1938 sur les mêmes bases politiques, il échoua à nouveau face à une droite toujours opposée à sa proposition d’entente nationale.
Quand la Seconde Guerre mondiale commença, il fut bien vite l’objet d’une haine tenace du Gouvernement de Vichy qui l’interna dès septembre 1940. Un procès lui fut intenté en février 1942 où il défendit la République et Front populaire, malgré la maladie. Il rédigea également À l’échelle humaine, réflexions sur les véritables causes de la défaite et sur les réformes nécessaires pour la modernisation de la France. En avril 1943, il est livré par Laval aux Allemands et déporté au camp de Buchenwald. Malgré tout, il y continua ses réflexions sur la vie politique future tout en conseillant clandestinement ses amis socialistes. Il échappa de peu à la mort et fut libéré en 1945.
C’est un homme diminué qui fit son retour en France, mais il ne se résigna pourtant pas à l’inaction. Il restait un théoricien du socialisme et même un recours pour la IVe république. En 1946, il mena même une délégation française à Washington pour y négocier un emprunt auprès des Américains. La même année, il fut élu président de la conférence constitutive de l’UNESCO. Il assura également la Présidence du conseil pour une troisième fois de mi-décembre 1946 à mi-janvier 1947. Blum continua son combat politique contre le stalinisme et le gaullisme ainsi que sa réflexion sur le socialisme et la nécessité de la décolonisation. Le 30 mars 1950, un infarctus lui fit rendre le dernier souffle.
Cette notice biographique est inspirée en grande partie par celle conçue par René Grirault (cf. bibliographie).
[2] Tristan Bernard (de son vrai prénom Paul, 7 septembre 1866 – 7 décembre 1947), romancier et auteur dramatique français.
[3] Émile Zola (2 avril 1840 – 29 septembre 1902), romancier et journaliste français, considéré comme le chef de file du Naturalisme français. Il est surtout connu pour sa fresque romanesque Les Rougeon-Macquart et sa défense du capitaine Dreyfus.
[4] Marcel Sembat (19 octobre 1862 – 5 septembre 1922), avocat, homme politique socialiste. Il fut député de 1893 jusqu’à sa mort. Il fut ministre des Travaux publics du 27 août 1914 au 12 décembre 1916.
Une feuille de papier, un pli
Hauteur : 270 mm
Largeur : 418 mm
Cote : Fonds Spaak, 384, n° 6954