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Tête de Paul Delvaux

Nat (Nathanaël) Neujean

Paul Delvaux
(Antheit, 1897 - Furnes, 1994)

 

Le peintre Paul Delvaux est né le 23 septembre 1897 à Antheit près de Huy et mort le 20 juillet 1994 à Furnes.

Le jeune Delvaux marque très tôt de l'intérêt pour la pratique du dessin et l'étude de la musique. Grâce au peintre Franz Courtens, rencontré à Zeebruge en 1919, ses parents acceptent de l'inscrire à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, d'abord en architecture, puis en peinture dans l'atelier de Constant Montald (1920-1924). Delvaux travaille alors d'après nature, notamment au Rouge-Cloître, dans la forêt de Soignes, et expose en 1924 avec le groupe "Le Sillon", qui rassemble des artistes influencés par l'impressionnisme. Son œuvre traverse ensuite une brève période expressionniste, qui témoigne de son admiration pour Constant Permeke et Gustave De Smet (Le couple, 1929). L'exposition "Minotaure" du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1934 (Magritte, de Chirico, Dali) lui révèle le surréalisme, qui oriente son style de manière décisive (Pygmalion, 1939). Il participe en 1938 à l'Exposition internationale du Surréalisme à Paris. La même année, il effectue son premier voyage en Italie. Après son mariage en 1949, il est nommé en 1950 professeur de peinture monumentale à l'Ecole Nationale Supérieure d'Art et d'Architecture de Bruxelles (La Cambre), où il enseigne jusqu'en 1962. Le chemin de fer occupe durant cette période une place centrale dans son œuvre (Trains du soir, 1957).

Delvaux réalise également des œuvres murales : pour le Kursaal d'Ostende (1952), pour le Palais des Congrès de Bruxelles (1959), pour l'Institut de Zoologie de l'Université de Liège (1956-1960, fresque La Genèse, exécutée à l'huile sur une couche de fond de la même nature, elle-même posée sur le mortier du mur).

Paul Delvaux effectue des séjours de plus en plus fréquents sur la côte belge et s'installe à Furnes en 1969. La fondation Delvaux est créée en 1980 et, en 1982, un musée qui lui est consacré est ouvert à Saint-Idesbald. Il meurt à Furnes, le 20 juillet 1994.

Élu correspondant de la Classe des beaux-arts en 1956 et membre en 1958, Président de l'Académie royale des Lettres, des Sciences et des Beaux - Arts de Belgique et directeur de sa Classe en 1965, il fut également correspondant de l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France.

 

L'univers de Delvaux est constitué d'une succession de scènes, où souvent le temps semble se figer, hantées par quelques figures récurrentes : des femmes nues, de jeunes hommes comme pétrifiés, des squelettes aimables, des savants à jaquettes et binocles, quelques sirènes ...  Les décors font référence à des leitmotive dont l'origine remonte souvent à l'enfance ou à la jeunesse de l'artiste : les gares, les architectures gréco-romaines (dont le goût fut transmis au peintre par son professeur de « Poésie », la classe de 5e secondaire), les faubourgs et les poteaux télégraphiques, les rues et galeries désertes, la nuit.

Les étranges décors de cet univers, où l'air semble raréfié, où le silence et la froideur sont presque physiquement ressentis par le spectateur, induisent naturellement l'idée de la représentation d'un monde parallèle, paranormal, comme un rêve ou un cauchemar, comme un écho ou une prescience d'un au-delà du visible.

Dans Le Rêve de Paul Delvaux, une fiction narrative qu'il développe autour de quelques tableaux, Michel Butor évoque la « comtesse des paumes » ou la « duchesse des aréoles » : les femmes de Delvaux sont comme les apparitions démultipliées d'une « Femme-Sexe », fascination vitale pour le corps et la promesse des jeux de l'amour, inquiétude irrationnelle et primitive des mystères de la gestation. Jean Clair écrit : « Et ce sont bien, en effet, les éléments d'un périple initiatique qui se retrouveront de toile en toile, quelles que soient les images de « profondeur » qu'on veuille utiliser, plongée sous-marine à la recherche d'un continent perdu, voyage dans quelque au-delà, ou entreprise de catharsis. C'est toujours une descente à travers les ères de la planète, les âges de l'humanité, les couches de la conscience. L'œuvre décrit la fable du monde comme elle décrit les étapes d'un sempiternel regressus ad uterum. »

Par essais, tâtonnements et erreurs (près d'un demi-millier de tableaux, sans compter les dessins, gravures et esquisses), Delvaux semble mener un travail de lente et patiente découverte, mêlée d'effroi, du principe de la genèse du vivant : d'images en images, le spectateur a l'impression d'errer dans les couloirs du temps, entre les vitrines oubliées d'un Musée où les Vénus antiques côtoient des collections d'anatomie, de minéralogie et de botanique...

Dans cet itinéraire, ce lent et patient cheminement parcouru par Delvaux, il y a quelques étapes-clés, des passages ou des carrefours importants, où le voyage prend son sens.

En 1943, Le Musée Spitzner est une évocation du choc qu'avait produit la visite de la baraque foraine du Docteur Spitzner sur le jeune Paul Delvaux : « Toutes les Vénus endormies que j'ai faites viennent de là. Même celle qui est à Londres, à la Tate Gallery. C'est une transcription exacte de La Vénus endormie du Musée Spitzner, mais alors avec des temples grecs ou avec des mannequins, tout ce que vous voulez. C'est autre chose (...) mais le sentiment profond, c'est celui-là ». Dans le monde de Delvaux, les femmes nues au visage inexpressif sont l'objet d'une fascination émerveillée et inquiète : elles attirent et repoussent, et offrent leur sexualité avec une évidence tranquille, comme une promesse ou un rêve d'étreinte jamais accomplie.

A partir de la fin des années ‘30, l'œuvre de Delvaux prend cette allure de périple initiatique évoqué par Jean Clair : Les phases de la lune (1939, New York, The Museum of Modern Art), La Vénus endormie (1944, London, The Tate Gallery) sont quelques-uns des tableaux pivots, où apparaissent avec force les leitmotive de son imaginaire. C'est à cette époque qu'apparaît la figure du professeur Otto Lidenbrock, le savant minéralogiste du Voyage au centre de la terre de Jules Verne. Il hante de nombreuses toiles, seul ou en compagnie d'autres savants, penché sur quelque échantillon, aveugle à la nudité des Vénus qui l'entourent. Dans l'Hommage à Jules Verne (1971, collection particulière), l'évocation est particulièrement explicite. 

La Genèse est au bout du voyage : aux confins de l'Océan primordial, dans l'amnios du monde, paysage des premiers matins, buffles, élans, boucs et rhinocéros, reflet de la Lune dans l'eau matricielle, Vestales impubères ou androgynes, souffle lointain des volcans, ... nous sommes arrivés à l'horizon du Temps, là où se met en mouvement la Genèse du Vivant, là où, rythmé par la métamorphose des roches et des plantes, le Monde est Femme et porte en lui l'infinité des possibles.

Archives de l'Académie royale de Belgique :

 

Acte de dépôt par le ministère de la Communauté française, Administration des affaires culturelles (inv. 8710), 1985

 I.B., p. 68 (Delvaux, P.)

Bazin G., Nat Neujean, Bruxelles, 1986, pp. 140-141 : signalé comme propriété de l'État belge et daté de 1959.

État (1960) inv. 8710 : n° 1 d'un tirage limite à 6 exemplaires.

 

Publications :

van Lennep J., Les Bustes de l'Académie royale de Belgique, Mémoire de la Classe des Beaux-Arts, collection in-8°, 3e série, tome VI, Bruxelles, 1993, p. 384-385

Vovelle J., Le Surréalisme en Belgique, Bruxelles, André de Rache Éditeur, 1972, pp. 167-217.
Michel BUTOR, Jean CLAIR, Suzanne HOUBART-WILKIN, Delvaux. Catalogue de l'œuvre peint, Bruxelles, 1975.
Hommage à Paul Delvaux, catalogue d'exposition, Liège, Musée Saint-Georges, 1977.
Benezit E., Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris, Librairie Gründ, 1976, tome III, p. 481.
Paul Delvaux, catalogue d'exposition, Martigny, Fondation Pierre Giannada, 1987.
Houbart-Wilkin S., Delvaux, dans Le Dictionnaire des Peintres belges du XIVe siècle à nos jours depuis les premiers maîtres des anciens Pays-bas méridionaux et de la Principauté de Liège jusqu'aux artistes contemporains, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1995, p. 316-319. (le Dictionnaire des Peintres belges sur internet : site de l'IRPA : Balat)
Lippert G., « De l’animal à l’homme. Rencontre avec Paul Delvaux », Wommelgem, Editions Blondé, 1997.

Butor M., « Le rêve de Paul Delvaux », dans Francis DE LULLE (dir.), Delvaux, Paris, La Bibliothèque des Arts, 1975, pp. 14-53.

Clair J., « Un rêve biographique », dans Francis DE LULLE (dir.), Delvaux, Paris, La Bibliothèque des Arts, 1975, p. 80.

Farasse G., « Paul Delvaux, cristallographe », dans Lettres de château, Villeneuve d'Ascq, Septentrion – Presses Universitaires, 2008, p. 34.


sur Internet
Fondation Paul Delvaux (Belgique, Sint-Idesbald)
Paul Delvaux on the Internet (USA, Artcyclopedia)
Paul Delvaux (USA, Artchive)

http://www.wittert.ulg.ac.be/fr/flori/opera/delvaux/delvaux_notice.html (Page créée le 22 octobre 1999 - modifiée le 27 mars 2009)
 

Nat (Nathanaël) Neujean

Le sculpteur Nathanaël Neuman dit Nat Neujean est né le 5 janvier 1923 à Anvers, où il a grandi au sein d’une famille originaire d’Europe centrale et établie en Belgique depuis la Première Guerre mondiale. Il poursuit sa première scolarité dans un milieu familial chaleureux et cultivé, qu’il quitte à 14 ans pour occuper un atelier à Anvers où il s’initie à la sculpture, son vœu depuis son plus jeune âge. Accepté comme élève libre à l’Académie des Beaux ­Arts, il y reçoit l’enseignement exigeant de grands maîtres de la sculpture et du dessin belges (Arthur Dupon, Franz Claessens, etc.) de 1939 à 1941.

En 1941, les autorités allemandes exigeant l’expulsion des étudiants belges d’origine juive des lieux d’enseignement, et malgré le soutien du directeur (le peintre Isidore Opsomer), il quitte Anvers et s’installe définitivement à Bruxelles où il travaille, tout en vivant dans la clandestinité. De cette époque datent ses premières commandes et ses premiers portraits.

Après la guerre, il part pour Paris où il se consacre de 1946 à 1947 à l’étude de l’anatomie à l’École des Beaux ­Arts.

Rentré à Bruxelles, il réalise à partir de 1950 ses premières expositions de groupe et une série de commandes officielles (pour les villes de Namur, Charleroi, Bruxelles). À la même époque, il est engagé comme conseiller artistique à la Manufacture de Céramique et Porcelaines CERABEL à Baudour, où il exécute diverses compositions en biscuit (dont une « Eve » de deux mètres de haut).

Fortement éprouvé par les horreurs de la guerre, il commence les études préliminaires à « la Mémoire de la Déportation » à laquelle il consacrera une grande partie de son œuvre. Les victimes de l’Holocauste resteront omniprésentes dans son travail, offrant une image bouleversante de ces figures fantomatiques, destinées à la destruction totale. 

Groupe de la Déportation – Hauteur 30 cm – Réalisé en 1961 http://www.natneujean.be/ 
 

Il aborde d’autres thèmes à partir des années 60 : la relation empathique entre personnages désemparés, recherchant soutien, tendresse et réconfort, la beauté et l’harmonie du corps féminin dans ses mouvements et ses formes généreuses.

 

L'Adolescente – Hauteur: 160 cm – Réalisé en 1981.

 

Indépendamment de ces œuvres de création, il réalise des médailles et de nombreux portraits (deux de Paul Delvaux, ainsi que d’Henry Lavachery, Maurice Leroy, etc.), dont les derniers datent des années 2008-­2009 (portrait d’Hervé Hasquin).

Son œuvre est figurative. Sur le plan technique, mis à part quelques œuvres en biscuit, en pierre et en marbre de Carrare, la quasi totalité de ses sculptures est en bronze à cire perdue.

Il a exposé à partir des années soixante tant aux États-Unis (à New York et à Boston, au Musée des Beaux­Arts en 1964, Washington, Chicago, Dallas, Houston, Palm Beach, Detroit), qu’au Canada (Toronto, Montréal), en Australie et en Europe (Belgique, Pays­Bas, France, Italie, Angleterre).

Élu correspondant de la Classe des Arts de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts en 1972 et membre en 1973, il est Directeur de sa Classe en 1978. Il a été professeur à la Fine Art School of the Museum (Boston) et membre correspondant de l’Accademia Nazionale di San Luca di Roma en 1995.

Il a réalisé pour l’Académie royale les têtes (en bronze) de l’ethnologue Henri Lavachery, du peintre Paul Delvaux, du linguiste Maurice Leroy et de l’historien Hervé Hasquin. 

 

Tête, bronze, Ht 54,5 (sur base en pierre)

H 45 L 27,5 P 27

Signature au revers à d. : Neujean

 

autre buste : Buste réalisé en 1959. Appartient à l'Etat Belge.