Buste de André Corneille Lens

Gilles Lambert Godecharle

André Corneille Lens


(Anvers, 1739 - Bruxelles, 1822)
 

Le peintre André Corneille Lens est né à Anvers le 31 mars 1739 et mort à Bruxelles le 30 mars 1822. 

Élève de Charles Ykens et de Balthazar Beschey, il est nommé professeur de l'Académie de sa ville natale en 1763. Il s’inscrit en réaction contre l'art du XVIIIe siècle enseigné à l’Académie : partisan d’une réforme de la peinture en Flandre, il s'attache aux traditions classiques et s'inspire de Raphaël et des maîtres de la Renaissance, étudiés pendant le séjour en Italie qu’il fait après avoir été nommé peintre de Charles de Lorraine. Il est particulièrement intéressé par les découvertes de Pompéï (Colas, Bibliographie du costume, 1828).

Plus que ses œuvres picturales, peu marquantes, on retiendra de Lens ses interventions pour affranchir les peintres, et plus particulièrement la direction de l'enseignement des arts, de la tutelle autoritaire de la toute-puissante gilde de Saint-Luc. Après un conflit long et des plus orageux (Lens remet sa démission au ministre comte de Cobenzl qui la refuse, envoie ensuite un mémoire anonyme accablant et tout à la fois ému sur la décadence de l'école d'Anvers et l'humiliante situation du corps artistique), les vues de Lens finissent par être entendues. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche rend une ordonnance en ce sens le 20 mars 1773 : les artistes sont affranchis de la juridiction des métiers, libres de se produire où et comme il leur plairait, de former des élèves, etc. De plus, il est proclamé que, dans toute la limite des Pays-Bas, l'exercice des professions artistiques cesse de déroger à noblesse.

Lors de sa venue dans les « provinces belgiques » en 1781, le fils de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, l'empereur Joseph II, à la recherche d’artistes, veut emmener Lens à Vienne, mais le peintre s'y refuse. Fraîchement installé à Bruxelles, il souhaite s’y marier et s’y établir définitivement. Il y forme de nombreux élèves, et … les commandes affluent. Il est ainsi chargé par le nouveau gouverneur, Albert de Saxe-Teschen, de décorer les appartements de sa résidence de Schoonenberg, achevée en 1784.

Estimé dans le monde des arts, il devient membre correspondant de l'Institut de France, fait partie de la franc-maçonnerie. 

Il figure en 1803 parmi les membres fondateurs de la Société de peinture, sculpture et architecture de Bruxelles, dont il sera le président.

Lens est surtout connu pour ses traités. Il a écrit plusieurs ouvrages de théorie où il expose ses idées sur la peinture : Le Costume, Essai sur les habillements et les usages de plusieurs peuples de l'antiquité prouvés par les monuments, avec figures (Liège, 1776) et Du Bon Goût et de la Beauté de la peinture considérée dans toutes ses parties (1811).

La confrontation des écrits avec les réalisations picturales de son auteur a toutefois fait dire à son biographe Henri Hymans que « Lens écrivait mieux qu'il ne peignait ». Durant sa (très) longue carrière soit de 1761 à 1809, « les types, autant que les procédés, restent invariables. Le dessin figé, le coloris de la plus extrême fadeur, la technique presque enfantine surprennent vraiment quiconque songe au milieu où avait grandi l'artiste. Ses eaux-fortes n'arrivent pas plus à nous intéresser. » (Henri Hymans)

Pour se faire une idée personnelle des œuvres d’André Corneille Lens, rien ne vaut l’expérience d’une visite dans les lieux où elles sont exposées. Ces œuvres sont visibles à Gand (L'Annonciation à l'église Saint-Michel), au Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (Annonciation, portrait de l’ancien directeur de l'Académie d'Anvers, le graveur Martenasie, et Hercule protégeant la Peinture contre l'Ignorance et la Jalousie (1763), à Lille (plusieurs tableaux à l’église Sainte Marie-Madeleine), ainsi qu’à Vienne et en Angleterre.

 

Archives de l'Académie royale de Belgique :

15114 : Lettre du ministre de l'Intérieur au secrétaire perpétuel, 26 novembre 1849. Le gouvernement vient d'acquérir ce buste qui peut être enlevé au Musée.
 

Publications :

Biographie nationale : Notice sur André Corneille Lens par Henri Hymans, t. 11, 809-816. 
Bull., XVI, 2°, p. 586 (séance du 6 décembre 1849).

Devigne, M., Laurent Delvaux et ses élèves, Bruxelles, 1928, p. 113-120.
Catalogue de l'exposition La sculpture belge au 19e siècle, Bruxelles, Générale de Banque, 1990, II, 427.

Van Lennep, J., Catalogue de la sculpture. Artistes nés entre 1750 et 1882. Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1982, p. 209, 215, 368.

Van Lennep, J., Les Bustes de l'Académie royale de Belgique, Mémoire de la Classe des Beaux-Arts, collection in-8°, 3e série, tome VI, Bruxelles, 1993, p. 328-329.

Gilles Lambert Godecharle

Le sculpteur Gilles Lambert Godecharle est né à Bruxelles le 2 décembre 1750 et y est décédé le 24 février 1835.

Né au sein d'une famille d'artistes, les quelques leçons de dessin reçues à Bruxelles chez le graveur Jean Dansaert auraient décidé tout jeune de sa vocation.

L’apprentissage de Godecharle commence en Belgique (sa plus ancienne œuvre connue est une copie réduite, finie avec un soin extrême, en marbre, d'un lion sculpté d'après l'antique par Delvaux qui fut son premier maître). À 21 ans, il quitte Bruxelles pour Paris où il travaille chez Tassaert, le sculpteur du roi. Grâce à la protection de l'ambassadeur d'Autriche en France, de Mercy-Argenteau, il entre à l'École académique sous la protection du sculpteur Pigalle. En 1775, il suit à Berlin son maître nommé sculpteur de la cour de Prusse. Deux ans plus tard, il est à Londres, puis à Rome. Pressenti pour orner le Parc de Bruxelles d'un monument qui serait en même temps une fontaine, il rentre en Belgique ; il est également nommé sculpteur de la cour des gouverneurs autrichiens et, comme beaucoup d'artistes de l'époque autrichienne, il adhère à la franc-maçonnerie.

Il a trente ans et déjà il atteint l'apogée de son talent.

Il travaille beaucoup : il sculpte sur le fronton de la façade de l’actuel palais de la Nation, une allégorie de la Justice récompensant la Vertu, protégeant la Faiblesse et chassant les Vices. Il réalise la décoration sculptée du château de Laeken récemment érigé pour les nouveaux gouverneurs des Pays-Bas autrichiens : le fronton, les bas-reliefs placés à la base de la coupole dans la salle du dôme ou rotonde, une suite de six bas-reliefs dans une salle de l'aile gauche, une ou deux figures isolées et les deux sphinx placés à la base du perron. En 1786-1787, pour l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg, il sculpte les statues de L'Église et de La synagogue ainsi que trois bas-reliefs : L'adoration des bergers, La Cène et La mise au tombeau.

Sous le Premier Empire, Godecharle fait beaucoup de copies d'œuvres françaises pour décorer des jardins. C’est le cas des jardins du château de Wespelaar, près de Louvain, des jardins botaniques de Gand et Leyde, de Loppem, Laeken, Haarlem, etc. Tout en travaillant et en produisant beaucoup, il enseigne à l'Académie des beaux-arts et a quelques élèves particuliers.

Son œuvre d'un classicisme impeccable n’est pas dépourvue de vie, de grâce et de mouvement.

Les musées royaux des beaux-arts de Belgique comptent, dans leurs collections, nombre de bustes de sa main. Certains ont été acquis en 1898, de Mme Vve Edmond Willems, parmi un ensemble de sculptures de l’artiste (inv. 3469 à 3513) qui décoraient le parc du château de Wespelaer ; un nombre considérable de statues et de groupes ainsi que trente-sept bustes d'hommes célèbres y ont été placés de 1791 à 1822. Tous sont en pierre d'Avesne dite de France.

Le sculpteur a fait de lui-même un portrait d'une sincérité émouvante, un buste signé et daté de 1822, conservé aux musées royaux des beaux-arts de Belgique.

Le parc de Bruxelles compte deux sculptures de chasse à l’entrée côté palais royal, ainsi que les allégories « le commerce et la navigation », « les arts et la science », deux groupes de gamins dodus, à l’intérieur du Parc.

    
 

 

Buste, plâtre 

H 73 L 48 P 29,5
Signature et date sur la tranche de l'épaule gauche : Godecharle ft 18.. (1813)
Inscription sur le face de la base : ANDRE / LENS

Inv. ARB 48.

Photo : L. Schrobiltgen

Autres exemplaires du buste :
Deux autres exemplaires en plâtre se trouvent aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles (signés et datés 1813). Le premier (inv. 455) y entra en 1858 : Ht 68 H 54 L 48 P 30. Le second est d'une origine inconnue (inv. 1401) : H 58 L 48 P 30,5.
Une copie en marbre fut commandée en 1845 à Jean-Louis Van Geel d'après le modèle se trouvant aux Musées et qui n'est pas identifiable. Ce marbre est conservé aux Musées (inv. 599) : H 73 L 49,5 P 32,5.
Un exemplaire signé et daté 1813 figura dans la vente de la succession du peintre Jean-Baptiste Madou, Bruxelles, 1897, n° 245.

Expositions :

Salon de Gand, 1814 (coll. M. Pisson, Gand).
Exposition de faïences et de porcelaines bruxelloises, Palais d'Egmont, Bruxelles, 1923, n° 19 (exemplaire des Musées royaux des beaux-arts de Belgique).
1770-1830. Autour du néo-classicisme en Belgique, Musée communal des beaux-arts, Ixelles, 1985-1986, n° 391 (daté erronément 1817) (exemplaire de l'Académie).

Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1987, n° S17 (exemplaire des Musées royaux des beaux-arts de Belgique).