Portrait de Marie-Thérèse d'Autriche

Marten II van Mytens

Marie-Thérèse d'Autriche

Née le 13 mai 1717 et décédée le 29 novembre 1780, à Vienne.

Femme d’État – 

 

Lorsque, le 20 octobre 1740, Marie-Thérèse monte à 23 ans sur le prestigieux trône d'Autriche laissé vacant par la mort inopinée de son père, Charles VI de Habsbourg, son avènement est aussitôt contesté par les principaux souverains d'Europe.

Charles VI a gouverné en souverain absolu les États héréditaires de la maison des Habsbourg (grand-duché d'Autriche, royaumes de Bohème et de Hongrie...) et, comme ses prédécesseurs depuis trois siècles, il a assumé également la fonction symbolique d'empereur du Saint Empire romain de la nation germanique.

Comme le rappelle sa biographe, Katrin Unterreiner, la jeune souveraine n’a pas du tout été préparée à diriger des peuples. Elle a reçu l’éducation classique des jeunes filles de sa condition et a grandi en apprenant plusieurs langues, l’art de la conversation, le chant et la danse. Certes, son père Charles VI l’a désignée comme héritière du trône mais il ne l’a pas formée pour gouverner, ni initiée à la conduite de ses États. Afin d’éviter le morcellement des États héréditaires des Habsbourg, la «Pragmatique Sanction» du 19 avril 1713 stipule bien que cet héritage pourrait revenir à l'aînée de ses filles, Marie-Thérèse. Mais jusqu’à sa mort accidentelle, Charles VI espérera un héritier en filiation directe, doté du sexe masculin.

L'ordonnance impériale n'est donc agréée que du bout des lèvres par les souverains européens. Sans compter que les règles de succession du Saint Empire romain germanique ne permettent pas à une femme de porter le titre impérial.

Il faudra beaucoup d'énergie et d'habileté à la jeune souveraine pour faire valoir ses droits...

Même si elle ne peut empêcher l'annexion brutale de la Silésie par le nouveau roi de Prusse Frédéric II pendant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), Marie-Thérèse réussit à conserver les titres d'archiduchesse d'Autriche, de reine de Hongrie et de Bohême. En 1745, elle fait élire son mari, François-Stéphane de Lorraine, devenu duc de Lorraine en 1729 et grand-duc de Toscane en 1736, à la tête de l'empire sous le nom de François 1er.

Si elle perd des territoires, Marie-Thérèse garde son empire ; elle y règnera en souveraine absolue sur 14 millions de sujets pendant quarante ans, jusqu'à sa mort le 29 novembre 1780, à 63 ans, sans voir ses prérogatives discutées par les siens. Pendant son long règne, elle protège habilement les intérêts de ses États, au prix de plusieurs renversements d'alliance et avec le conseil avisé de son ministre des Affaires étrangères, le prince de Kaunitz-Rittberg (1711-1794).

Elle règne aussi sans partage : impératrice consort, elle ne laissera aucune initiative à son mari, pas plus qu’à leur fils Joseph II de Habsbourg-Lorraine, à qui est transmis le titre impérial à la mort de François-Stéphane le 18 août 1765. Joseph II devra attendre la mort de sa mère pour régner enfin, à près de 40 ans.

Marie-Thérèse aura aussi appris de la guerre de Succession d'Autriche la nécessité de moderniser les structures de ses États. Elle, qui se veut la Mère de ses peuples, mène des réformes qui ne doivent toutefois rien aux philosophes ni aux idées libérales en vogue dans les salons de la bourgeoisie européenne (il en ira tout autrement de son fils Joseph II lorsqu'il règnera seul, après 1780).

Si elle impose, avec une grande intolérance, le catholicisme comme seule religion officielle, elle n'hésite pas à revoir les relations de l'Église avec l'État et, à regret, à expulser la trop puissante Compagnie de Jésus après que le pape lui-même l'eût dissoute en 1773.

À cette époque, les Pays-Bas – Bruxelles et environ les deux tiers de la Belgique actuelle –, font partie de l’empire austro-hongrois. 

C’est en 1769 qu’est fondée à Bruxelles une Société littéraire, sous les auspices du comte de Cobenzl, Ministre plénipotentiaire de l’impératrice Marie-Thérèse auprès du prince Charles de Lorraine, lieutenant-gouverneur et capitaine général des Pays-Bas.

Trois ans plus tard, la Société littéraire reçoit de Marie-Thérèse, par lettres patentes datées du 16 décembre 1772, le titre d’Académie impériale et royale des Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles, ainsi que plusieurs privilèges importants pour l’époque.

La souveraine y charge les nouveaux académiciens d’animer la vie intellectuelle du pays et de stimuler les recherches scientifiques dans les domaines les plus divers.

Lettres patentes de Marie-Thérèse d’Autriche 
16 décembre 1772

Le 300e anniversaire de la naissance de Marie-Thérèse d'Autriche, le 13 mai, voit fleurir nombre de rétrospectives et une avalanche de biographies, pas seulement en allemand. C’est l’occasion de découvrir un portrait plus complexe et plus nuancé de la souveraine.

Car si Marie-Thérèse d’Autriche est passée à la postérité comme étant une réformatrice talentueuse ayant modernisé le royaume, uniformisé sa législation et introduit un code pénal, cette figure positive du roman national autrichien a aussi sa part d’ombre. « Ici, on garde d’elle l’image d’une mère aimante et d’une bonne épouse incarnant les valeurs bourgeoises et l’ère baroque, résume la journaliste Angelika Hager. Mais en fait, elle était froide et sans pitié. » Cette « belle-maman de l’Europe » se servit de ses enfants – elle en mit seize au monde – pour consolider, par une politique matriarcale inégalée, des alliances vacillantes.

Chef de guerre, grande cavalière, enceinte sans discontinuer, celle qui subissait sa fertilité avec un grand dégoût, se mettait en scène en femme veillant sur son foyer. Détentrice virile d’un pouvoir exclusif, cette dame de fer n’hésitait pas non plus à jouer de sa féminité pour désarmer les adversaires.

Marie-Thérèse d’Autriche, c’est donc une personnalité complexe et multiple, et c’est aussi un personnage d'une grande modernité. Proche des préoccupations des femmes d'influence du XXIe siècle, elle dut concilier les contradictions de ses trois vies d'épouse, de mère engagée et de reine, au prix d'insoupçonnables luttes intestines.

Si ses nombreux échanges épistolaires soulignent son goût pour le pouvoir absolu, souvent empreint d'un insupportable despotisme, ils révèlent aussi toute la subtilité des émotions, des doutes et des faiblesses de la femme jalouse et trompée, de la mère aimante, sévère ou douloureuse lors de ses nombreux accouchements (elle fut enceinte pendant vingt ans) ou de l'alliée et amie loyale qu'elle fût tout au long de sa vie.

«Les femmes, comme les hommes, sont détentrices d'une volonté de pouvoir, d'une virilité et d'une force », conclut la philosophe Elisabeth Badinter, spécialiste des Lumières. « Ni l'ambition, ni l'idéologie, ni l'intelligence n'ont de sexe. Femmes et hommes ont des objectifs et c'est dans la façon d'imposer la loi ou de livrer ses convictions qu'il peut y avoir des nuances».

Badinter E., «Le pouvoir au féminin: Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780), l'impératrice-reine», Paris, Flammarion, novembre 2016

Gianninelli S., « Le pouvoir au féminin ou la conjugaison des contradictions », publié le 11/12/2016 sur http://www.lefigaro.fr

Gauquelin B., « Marie-Thérèse d’Autriche, la première dame de fer » publié le 23/3/2017 sur http://www.lemonde.fr

Clarini J., «Les trois corps de Marie-Thérèse d’Autriche » publié le 01/12/2016 sur http://www.lemonde.fr

« Martin Van Meytens The Younger » communiqué de presse de l’exposition consacrée du 18 octobre 2014 au 15 février 2015 au peintre, au Winter Palace de Vienne, publié sur http://www.belvedere.at/press le 22.2.2017

Marten II van Mytens

Le peintre Marten II van Mytens, issu d’une famille originaire des Pays Bas et établie en Suède, est né à Stockholm le 24 juin 1695. Il fera l’essentiel de sa carrière à Vienne où il décède le 23 mars 1770, à l’âge de 74 ans.

Après avoir commencé sa formation avec son père, Marten Meytens l’Ancien, lui-même peintre de cour, il entreprend assez tôt un voyage d'étude : son « Grand Tour » le conduit de la Suède à Londres (1714), Paris (1717) et Vienne (1721), puis à Rome et Turin, où il vit et travaille plusieurs années (1723-1730) avant de s’installer définitivement à Vienne en 1730.

Ses 16 années de voyage et de formation le mettent en contact très jeune avec l’art de son siècle et les innombrables œuvres des siècles précédents. Au début de sa carrière, il se spécialise dans les portraits miniatures sur émail. Il ne passe à la peinture à l'huile qu’assez tardivement, vers 1731, après son arrivée à Vienne.

Portraitiste très populaire dans les cercles de la cour et de l'aristocratie viennois, il est remarqué par l'impératrice Marie-Thérèse qui le nomme en 1732 Hofmaler, peintre officiel de la Cour impériale, puis, en 1759, directeur de l'Académie des Beaux - Arts de Vienne.

Ses sujets de prédilection sont les portraits et les groupes : il réalise ainsi plusieurs portraits d’apparat de l'impératrice Marie-Thérèse, à divers moments de son long règne, ainsi que des membres de sa nombreuse famille, fils et filles, dont le futur Joseph II, et Maria-Antonia, qui deviendra reine de France sous le nom de Marie-Antoinette.

“Marie-Thérèse au masque” 1774
Marten II van Mytens, peinture à l’huile

De l’atelier de van Meytens sortiront également de nombreux tableaux de grandes dimensions destinés à immortaliser pour la postérité les événements importants de la vie officielle et du règne de Marie-Thérèse d'Autriche et de son fils et successeur Joseph II, et, à travers ces événements, à immortaliser la splendeur et la puissance de l'Empire.

Ces peintures à grande échelle rendent avec brio et avec une grande richesse de détails le faste rococo des cérémonies à la cour, que ce soit l’intronisation de l’empereur Joseph II, ou les noces, le 5 octobre 1760, de celui qui n’est alors que l'héritier du trône avec Isabelle de Bourbon-Parme.

Artiste de talent, Martin van Meytens est aussi un businessman avisé : il est propriétaire d’ateliers à Vienne et développe sa propre société de fabrication de produits de peinture à même de satisfaire des artistes exigeants.

Artiste parmi les plus respectés dans l’Autriche de son temps, il est, contrairement à beaucoup, aimé de ses élèves et de ses disciples pour ses qualités personnelles, son ouverture d’esprit et son érudition, dénués de toute arrogance. Quant à ses contemporains, ils apprécient tant sa peinture que sa personnalité agréable et ouverte.

Certains de ses portraits montrent une grande subtilité dans le travail de la couleur et de la matière (comme le très beau « Marie-Thérèse au masque », peinture à l’huile de 1744).

Son style inspirera de nombreux autres peintres et fera de lui l'un des représentants autrichiens les plus significatifs du portrait baroque de cour. Son influence, grâce à ses élèves et disciples, se propagera dans tout l'empire austro-hongrois. 

Ses tableaux sont visibles en Autriche, au Palais de Schönbrunn (les 5 toiles qui composent le « Cycle du mariage » daté de 1763 sont conservées dans les collections du palais) et au Musée d'histoire de l'art de Vienne, ainsi que dans les galeries et musées de nombreuses villes d’Europe (Paris, Rome, Dresde, Bruxelles, Venise, Bologne, Modène, Turin, Gênes, Florence, Milan, etc.).

Huile sur toile, s.d.,

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv 294.

En dépôt au Palais des Académies depuis 1976

Photo Luc Schrobiltgen © MRBAB/KMSKB