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Tête de Jules Destrée

Armand Bonnetain

Jules Destrée

(Marcinelle, 1863 - Bruxelles, 1936)
 

Docteur en droit, avocat, homme politique et homme d’État, écrivain, Jules Destrée est né à Marcinelle, le 21 août 1863 ; il est décédé à Bruxelles, le 3 janvier 1936.

L'enfance, aisée, de Jules Destrée se partage entre la maison familiale de Marcinelle et l'immeuble cossu de Mons où son grand-père maternel pratique la médecine. Son père, ingénieur de formation, a rapidement abandonné une carrière de chimiste dans l’industrie pour devenir professeur de mathématiques et de sciences au Collège communal de Charleroi où ses deux fils poursuivront leur scolarité.

Ayant grandi dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle amie des arts, Jules Destrée s’intéresse très tôt autant à l’art qu’à la politique.

Il entreprend des études de droit à l’ULB. Il décroche son diplôme en 1883 et fait son stage chez Edmond Picard. Multiple comme il le sera durant toute sa vie, il se sent partagé entre une vocation littéraire que confirme la régularité de sa collaboration à La Jeune Belgique et la défense du monde ouvrier qui devient l’essentiel de son combat une fois inscrit au Barreau de Charleroi en 1886. Après avoir, dès 1882, revendiqué avec des étudiants de tendance libérale progressiste le suffrage universel (masculin) –, il se rapproche du milieu ouvrier et rejoint, après les grandes grèves de 1889, le Parti ouvrier belge naissant. Il en sera l’un des vingt-huit premiers députés élus en 1894, à la Chambre des Représentants, où il siégera d’ailleurs jusqu'à sa mort.

Car s’il a pris plaisir à fréquenter écrivains, peintres et sculpteurs (1885-1886), ce sont les événements de 1886 qui orientent à tout jamais la vie du jeune Destrée, épouvanté de voir « sur quelles iniquités... tout notre ordre bourgeois est fondé ». Les émeutes de la misère ouvrière touchent alors l’ensemble du bassin industriel wallon. Elles sont réprimées avec une extrême violence.

C’est ainsi que, devenu avocat à Charleroi, Destrée défend les grévistes traduits devant la justice après les émeutes de 1886. Le jeune avocat ne peut obtenir l’acquittement d’Oscar Falleur, secrétaire de l’Union Verrière accusé d'avoir provoqué l'incendie de la Verrerie Baudoux. Mais, deux ans plus tard, en 1888, il fait partie du groupe de dix-neuf avocats, aux côtés d'Edmond Picard et de Paul Janson, qui défendent les accusés du « grand complot » de 1886, pour lesquels la Cour d'assises de Mons prononce un verdict d'acquittement général.

Plus que jamais indigné par les conditions de vie imposées au prolétariat, Jules Destrée poursuit en parallèle une production littéraire : il publie aussi bien des œuvres autobiographiques, que de critique littéraire ou artistique. Réflexion politique, expression littéraire et combats pénaux s’enrichissent mutuellement. Jamais d’ailleurs l’homme politique ne renoncera à l’activité d’écrivain.

C’est ainsi que Destrée transpose sa réflexion politique dans le domaine de l’art et que, en 1911, il organise à Charleroi une exposition consacrée à l’Art wallon, mettant à l’honneur la contribution de la Wallonie à la culture française.

Dès le début du Mouvement wallon, Destrée affirme le principe d’égalité entre Flamands et Wallons. Il vote, à ce titre, avec le gouvernement catholique, la loi de 1898 instaurant l’équivalence juridique des textes néerlandais et français. Dans les années qui suivent, il développe le thème de la dualité entre Flamands et Wallons dont il estime que les qualités respectives sont diminuées à force d’être confondues dans l’amalgame belge officiel. Il participe ensuite au Congrès wallon de Liège de 1912, qui étudie la question de la séparation administrative. Et, le 15 août 1912, il publie une Lettre au Roi, lettre qui le rendra célèbre, sur la séparation administrative de la Flandre et de la Wallonie. Le constat qu’il adresse au roi Albert Ier – « Sire, (...) Vous régnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n'y a pas de Belges. » – le fera entrer dans l’histoire. Dans ce texte fondateur, il met l’accent sur la méconnaissance de l’identité et des aspirations wallonnes et prône le fédéralisme. Cet acte au grand retentissement donne une assise importante au Mouvement wallon auquel Destrée contribuera de manière intensive jusqu’à sa mort.

Toujours en 1912, il est l’initiateur de l’Assemblée wallonne, premier parlement informel de Wallonie dont la réunion inaugurale a lieu le 20 octobre, à Charleroi.

Pendant la première guerre mondiale, Jules Destrée est investi d’importantes missions internationales : à Rome il rallie, avec succès, l’Italie à la Triple entente. Au lendemain de la Révolution d'octobre, il reçoit mandat d’ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès du gouvernement de Kerensky. L'action du premier ministre russe le déçoit : son livre « Les fondeurs de neige » (1920) confesse sa désillusion. Lui ayant enjoint de quitter la Russie, le gouvernement belge lui confie l'ambassade de Pékin. Il rejoint son poste après un long périple qui le conduit à Vladivostok et au Japon. Il quitte la Chine en novembre 1918 après avoir fait ample moisson de souvenirs tant spirituels que matériels.

À l’issue du conflit, Destrée devient Ministre des Sciences et des Arts – de 1919 à 1921 –, poste où il déploie une activité intense : il contribue à reconstruire un enseignement primaire de qualité, instaure l’obligation scolaire, impose de nombreuses réformes e.a. dans la formation des instituteurs, etc. Enfin, il fonde, en 1920, l’Académie de Langue et de Littérature françaises de Belgique, qu’il ouvre aux femmes et à des membres étrangers.

Redevenu parlementaire, il continue à s’impliquer dans le Mouvement wallon face à une Assemblée wallonne attiédie. Pragmatique et homme d’action, il signe en 1929, avec Camille Huysmans, le Compromis des Belges, prônant un fédéralisme modéré. Il demeure une référence incontournable de l’éveil de la conscience wallonne (il est fait Commandeur de Mérite wallon à titre posthume en 2012, année du centenaire de sa célèbre Lettre).

A la fin de sa vie, en parallèle à ses activités wallonnes et artistiques, il s’élève contre les fascismes.

Jules Destrée est également élu membre de la Classe des Beaux-Arts de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique le 1er juillet 1920. Il décline une première fois l’offre pour des raisons d’ordre déontologique[1] et deviendra membre de la classe des Arts par arrêté royal du 1er décembre 1921. À partir de ce moment, il fréquentera régulièrement l’Académie, deviendra Directeur de sa Classe et Président en 1932.

Jules Destrée meurt à Bruxelles le 3 janvier 1936.

 

[1] C’est qu’il y a conflit d’intérêt ! Si Destrée se dit « très touché de la marque de sympathique estime », il juge impossible de soumettre lui-même sa propre nomination à l’approbation du Roi dès lors qu’il vient d’être nommé à la tête du département des Sciences et des Arts, comprenant également l'Instruction publique (Gouvernement Delcroix).

La Classe des Beaux-Arts décide alors de laisser la question en suspens mais n’abandonne pas pour autant l’idée de compter Destrée parmi ses membres : « La Classe décide d’attendre que les circonstances permettent l’approbation de cette élection » (ajout manuscrit dans une des versions du procès-verbal de la séance de la Classe des Beaux-Arts du 5 août 1920). C’est chose faite en novembre 1921 avec la chute du gouvernement Delcroix.

Après en avoir informé l’intéressé (4 novembre 1921), l’Académie sollicite le ministre intérimaire des Sciences et des Arts pour présenter son élection à l’approbation royale (8 novembre). Le 13 décembre 1921, le ministre communique l’arrêté royal signé par le roi le 1er décembre 1921 et approuvant l’élection de Destrée à l’Académie.  

Archives de l'Académie royale de Belgique

Lettre de Jules Destrée à Paul Pelseneer, Secrétaire Perpétuel de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts circa juillet 1920 : Jules Destrée décline l’offre faite le 1er juillet 1920 par l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de devenir membre de la Classe des Beaux-Arts (section Sciences et Lettres dans leurs rapports avec les Beaux-Arts).
 

Publications :

Annuaire : Notice par Jean Delville ; portrait photographique, 1937, p. 101. 
Nouvelle Biographie nationale : Notice par Georges-Henri Dumont, t. 5, Bruxelles, Académie royale, 1999, pp. 117-123. 
Cent cinquante ans de vie artistique, 1980, p. 288. 
Bulletin des Beaux-Arts : Hommage à Jules Destrée, par le baron Pierre Paulus ; portrait esquissé par Pierre Paulus, 1957, p. 124.
Desttate Ph., Destrée Jules, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, notice 1924.
Van Lennep, J., 1992, Catalogue de la sculpture : artistes nés entre 1750 et 1882. Bruxelles : Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. p. 114.

Académie de Langue et Littérature françaises de Belgique, biographie de Jules Destrée (avec une bibliographie y compris critique) http://www.arllfb.be/composition/membres/destree.html

Portail Wallonie.be, Wallons marquants, biographie de Jules Destrée, http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/wallons-marquants/dictionnaire/destree-jules#.Whv2TkriaUk

Armand Bonnetain

Armand Bonnetain, médailleur-statuaire, est né à Bruxelles, le 24 juin 1883, et décédé à Uccle, le 24 janvier 1973.

Élève de Constant Montald, il est d’abord attiré par la peinture avant d’être happé par la sculpture et, surtout, par l’art de la médaille, qu’il découvre en suivant les cours de sculpture de Charles Van der Stappen à l’Académie de Bruxelles.

Contemporain d’Anto Carte, Paul Delvaux, René Magritte et Edgar Tytgat, Pierre Theunis et Marcel Rau, Armand Bonnetain est conquis par le genre de la médaille : elle n’est pas à ses yeux un dérivatif mineur de la grande statuaire, mais un choix pleinement assumé.

Cet artiste qui affirmait « je connais mes limites », une formule élégante qui, signifie tout aussi bien « Je sais où réside ma force » (François de Callataÿ), s’impose par un style large et aisé, à la fois puissant et délicat, où entre une grande part de psychologie. Il est un des grands maîtres de cet art en Belgique.  « Une grande originalité d'Armand Bonnetain est d'avoir beaucoup recouru […], et presque systématiquement lors de ses premières années (1908-1911), au procédé de la fonte à cire perdue. Il aimait à répéter qu'« une médaille frappée à la machine était une médaille frappée de mort » et il s'était assuré de pouvoir réaliser les fontes chez lui, dans son atelier. […] Bonnetain s’inscrivit comme l’héritier de la tradition renaissante du portrait en médaille, qui fait correspondre au portrait physique du droit celui moral du revers » (François de Callataÿ).

Du portrait de l’épouse de Van der Stappen, en 1902, à la représentation du compositeur Léopold Samuel, sa dernière réalisation en 1968, Bonnetain signe près de trois centaines de médailles, ainsi que des bas-reliefs, parfois de grande taille.

Les collections des Musées des Beaux-Arts de Belgique comptent une vingtaine d’œuvres de sa main, plaquettes et médailles à l’effigie e.a. de célébrités nationales : la reine Élisabeth, Edmond Picard, Jules Destrée, Émile Verhaeren, …

À Namur, dans le parc aménagé entre 1874 et 1880 et dédié à Louise-Marie d’Orléans, il réalise avec l’architecte Jules Lalière le mémorial Félicien Rops, inauguré le 17 septembre 1933. L’intégration du mémorial dans le parc Louise-Marie témoigne d’une créativité indéniable. L’œuvre parisienne de Rops est adaptée au site dans une réalisation à la fois simple et très originale : l’architecte y reproduit l’escalier imaginé, dessiné et réalisé par Rops lui-même dans son jardin de la Demi-Lune, à Essones, près de Paris. À l’arrière de cette maison qu’il habitait à la fin de sa vie, Rops, aidé de ses deux jardiniers, utilisa les pierres ramassées sur place pour construire l’escalier qui relie deux des terrasses de ce jardin garni de roses, qui dévale de la route de Fontainebleau vers la Seine. Dans le cadre arboré du parc de Namur, l’escalier à double révolution encadre la muraille où le médaillon en bronze de Bonnetain, qui présente le profil droit de Félicien Rops, est enchâssé dans une large plaque de marbre où se lit la dédicace : 1833-1898, Félicien Rops.

Armand Bonnetain ne réalisa des bustes qu’exceptionnellement, et pour ses amis. On lui doit en qualité de statuaire, diverses représentations de Jules Destrée, l’homme politique wallon dont il était un ami proche.

Armand Bonnetain a été élu membre de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (Classe des Beaux-Arts) en 1945. 

Plusieurs de ses oeuvres sont visibles dans les bâtiments et le jardin du Palais des Académies : tête en pierre de Jules Destrée, tête en bronze de Paul Hymans, buste d’Eugène Baie, médailles etc...   

C’est ainsi que la tête en bronze au visage expressif de l’homme politique Paul Hymans, datée de 1933, est remise à l’Académie en 1955.

 

Le monument entièrement en pierre, comporte une colonne reposant sur un socle, sur laquelle est placé une tête en pierre.

H 42, 5 - L 25,5 - P 29

Un autre exemplaire de cette oeuvre, en bronze, se trouve au palais des Académies à Bruxelles et un troisième, en bronze lui aussi, est installé dans un des halls du palais de Justice de Bruxelles.

Photographie de J. Destrée : B. Couprie (ARLLFB)