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Fragment d'un discours, circa août 1835

La Presse à de belles exceptions près, a mal mérité du pays, elle n’a pas été digne de sa haute et sainte mission, de sa dictature intellectuelle et morale ! Je le confesse et j’en rougis. Le pays vaut mieux que son expression. L’esprit public est plus sain que ses organes. Oui la presse depuis quatre ans distille à chaque ligne la haine, la calomnie, l’outrage. Elle sue l’insurrection et l’anarchie. Je l’ai senti comme vous. Combien de fois n’ai-je pas gémi, combien de fois n’ai-je pas partagé vos justes indignations, combien de fois n’aurais-je pas été tenté de la maudire moi-même et de lui souhaiter un bâillon de fer, si je ne m’étais pas souvenu que bâillonner la presse c’était bâillonner à la fois le mensonge et la vérité, c’était bâillonner l’esprit humain ! Oui MM., c’est un instrument, c’est un outil de civilisation difficile à comprendre et à manier ; elle vous blesse souvent ; elle est souvent hostile inique, quelque fois atroce contre vous ! Rien ne la touche rien ne l’apaise, elle renie ses doctrines d’hier pour vous opposer celles d’aujourd’hui. Vous êtes son aliment, il faut qu’elle vous dévore pour vivre ; et cependant il faut la supporter. Les gouvernements libres difficiles par elle sont impossibles sans elle ! Il faut la supporter ou renoncer à la liberté ! Il faut la vaincre en la mettant dans son tort ou la tourner pour soi. Mais la nier, mais la briser mais l’étouffer c’est une entreprise insensée, qui retombe sur ceux qui la tentent. Cela mène en arrière et les nations ne reculent pas pour longtemps. Cela mène à Moscou ou à Prague par le chemin de la tyrannie et de l’aveuglement, ou par le chemin de la révolte.
Mais est-il donc si difficile de se résigner à cette condition nouvelle des gouvernements ? Si j’en crois le projet de loi, si j’en crois les efforts même du rapporteur et de la commission pour déguiser dans ce projet - une liberté apparente avec une servitude réelle, il y a incompatibilité dans vos pensées entre la presse et vous, entre la presse et l’ordre social. Messieurs soyons sincères. Je n’aime pas les récriminations. Je méprise cette controverse de vengeance qui triomphe dans la contemplation des embarras présents en souvenir des fautes passées. Mais soyons justes ! Est-ce bien à vous de vous plaindre de cette incompatibilité ? N’avez-vous rien sur la conscience ? N’y-a-t-il pas quelque expiation cachée dans les injustices de la presse à votre égard ? N’est-ce pas vous qui l’avez faite ce qu’elle est ? Avez-vous été toujours justes ? Toujours modérés ? Toujours impartiaux avec le gouvernement de la Restauration ? Ah si j’exhumais vos écrits et vos paroles d’alors vous en seriez écrasés ! Je ne le ferai pas.

Le manuscrit reprend une partie d’un discours sur la loi de la presse, prononcé par Lamartine à la Chambre, le 22 août 18351. Lamartine est alors député de Bergue, depuis 18332. Issu d’un milieu légitimiste, mais sensible aux idées libérales3, il ne se retrouve dans aucune faction et reste seul, isolé dans son propre parti, le Parti social. Comme l’indique clairement ce discours, Lamartine reproche durement au gouvernement de Louis-Philippe les lois cherchant à limiter la liberté de la presse4.

Le 28 juillet 1835, Giuseppe Fieschi5, un ancien soldat de Murat, et deux républicains liés à la Société des Droits de l’Homme - Pierre Morey, un sellier, et Théodore Pépin, un droguiste - fomentent un attentat contre Louis-Philippe et ses fils aînés. A l’occasion de l’anniversaire des Trois Glorieuses, le roi, accompagné des princes royaux - d’Orléans, Nemours et Joinville - passe en revue la garde nationale, sur les grands boulevards. Une bombe explose à la hauteur du numéro 50 du boulevard du Temple, tue une dizaine de personnes, mais laisse indemne la famille royale. Les auteurs de l’attentat sont arrêtés en septembre, et guillotinés le 19 février 1836.

L’attentat discrédite les républicains, et prépare l’opinion publique à des mesures énergiques. Dès le 4 août, le gouvernement dépose à la chambre trois projets de lois, afin de renforcer la répression des opposants au régime. La troisième loi de septembre (les textes sont promulgués le 9 septembre 1835) vise la liberté de la presse et cherche à empêcher les discussions sur le roi, la dynastie et la monarchie constitutionnelle. Le gouvernement rend, en effet, la presse d’opposition en partie responsable de l’attentat : ses attaques incessantes contre Louis-Philippe auraient préparé un terrain favorable aux violences du 28 juillet6.

Malgré de vives protestations, dont témoigne le discours de Lamartine, le projet est voté le 29 août, par deux cent vingt-six voix contre cent cinquante-trois7.

Katherine Rondou
Collaboratrice scientifique à l'Université Libre de Bruxelles et à l'Université de Mons
Maître-assistant de langue française à la Haute Ecole Provinciale de Hainaut - Condorcet

1 Pour la totalité du discours, voir : Discours prononcés à la Chambre par M. de Lamartine, député du Nord, 1835-1836, Paris, Charles Gosselin et Cie, 1836, p. 1-24.
2 QUENTIN-BAUCHART P., Lamartine homme politique, la politique intérieure, Paris, Plon, 1903, p.34-35 ; MORIN M.-R., PALLIER D., JACQUIOT J., Lamartine : le poète et l’homme d’Etat, Paris, Bibliothèque Nationale de France, 1969, p.XIX ; GUYARD M.-F., Alphonse de Lamartine, Paris, Editions Universitaires, 1956, p.119.
3 BENICHOU P., « Lamartine », in Romantismes français, Paris, Gallimard, 2004 (1988), p. 1017-1018.
4 SACHS E., Les idées sociales de Lamartine jusqu’à 1848, Paris, Jouve, 1915, p. 116-117.
5 HARISMENDY P., La France des années 1830 et l'esprit de réforme, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 40.
6 PRICE M., Louis-Philippe : le prince et le roi : la France entre deux révolutions, Paris, Fallois, 2009, 487 p. ; DE BROGLIE G., La Monarchie de Juillet, Paris, Fayard, 2011, 462 p.
7 ANTONETTI G., Louis-Philippes, Paris, Fayard, 2002, p. 744 et al.

ANTONETTI G., Louis-Philippe, Paris, Le Grand livre du mois, 2002, 992 p.

BENICHOU P., « Lamartine », in Romantismes français, Paris, Gallimard, 2004 (1988), p.995-1078.

DE BROGLIE G., La Monarchie de Juillet, Paris, Fayard, 2011, 462 p.

COURTINAT N., Lamartine : autobiographie, mémoires, fiction de soi, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2009, 160 p.

CROISILLE C., MORIN M.-R., Autour de Lamartine : journal de voyage, correspondance, témoignages, iconographie, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2002, VII-250 p.

DUPART D., Le lyrisme démocratique ou la naissance de l’éloquence romantique chez Lamartine 1834-1849, Paris, Honoré Champion, 2012, 437 p.

GUYARD M.-F., Alphonse de Lamartine, Paris, Editions Universitaires, 1956, 126 p. (coll. Classiques du XIXe siècle).

HARISMENDY P., La France des années 1830 et l'esprit de réforme [actes du colloque de Rennes, 6-7 octobre 2005], Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, 308 p.

MORIN M.-R., PALLIER D., JACQUIOT J., Lamartine : le poète et l’homme d’Etat [exposition, Paris, Bibliothèque nationale, décembre 1969-mars 1970], Paris, Bibliothèque Nationale de France, 1969, XXIV-296 p.

MICHEL P., Lamartine, reconnaissance et mémoire, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2006, 99 p.

PRICE M., Louis-Philippe : le prince et le roi : la France entre deux révolutions, Paris, de Fallois, 2009, 487 p.

QUENTIN-BAUCHART P., Lamartine homme politique, la politique intérieure, Paris, Plon-Nourrit, 1903, 423 p. 

SACHS E., Les idées sociales de Lamartine jusqu’à 1848, Paris, Jouve, 1915, II-192 p.

Katherine Rondou
Collaboratrice scientifique à l'Université Libre de Bruxelles et à l'Université de Mons
Maître-assistant de langue française à la Haute Ecole Provinciale de Hainaut - Condorcet

Alphonse de Lamartine

Né à Macon le 21 octobre 1790, décédé à Paris le 28 février 1869. Alphonse Marie Louise de Lamartine naquit à Mâcon en 1790, dans une famille de petite noblesse. L’engagement royaliste de son milieu, incompatible avec le règne de l’ « Usurpateur » Napoléon Ier, ne lui permit pas de s’orienter vers une carrière politique, à la fin de ses études, et Lamartine mit à profit cette oisiveté forcée pour se consacrer à la poésie. Il devint l’un des premiers romantiques français.

Au retour des Bourbons, il quitta sa retraite et, en 1814, devint garde du corps de Louis XVIII. Il démissionna cependant rapidement et se consacra de nouveau à l’écriture. C’est également de cette époque que date son retour au catholicisme, au lendemain de sa liaison avec Léna de Larche.

Tandis qu’il connaissait ses premiers succès de poète avec la publication des Méditations poétiques (1820), il épousa Marianne-Elisa Birch, une Anglaise, et s’installa à Naples, comme secrétaire de légation, pendant quelques mois. Il publia ses Nouvelles Méditations poétiques à son retour en France. Il reprit ensuite la route de l’Italie, en 1824, nommé à la légation de Florence, qu’il quitta en 1828.

Après un premier échec en 1824, il obtint un siège à l’Académie française en 1830, notamment grâce à Chateaubriand, et publia les Harmonies poétiques et religieuses, rédigées lors du séjour en Toscane, et dont certains textes annonçaient déjà sa future crise spirituelle face à l’alliance du trône et de l’autel.

En 1831, Lamartine renonça à la carrière diplomatique, et brigua, sans succès, la députation. Il effectua, l’année suivante, un voyage en Orient, officiellement, afin d’étudier l’éveil des nationalités dans ces pays, en réalité, dans le but de raviver sa foi, par un pèlerinage. Mais le poète avait perdu trois êtres chers en un peu plus de dix ans (sa mère, sa fille, et sa maîtresse), et se détacha définitivement du catholicisme. Il professa désormais un déisme rationnel. Gethsémani ou la mort de Julia (1835) témoigne de cette révolte. Enfin, le voyage nourrit l’imaginaire de l’écrivain (Voyage en Orient, 1835 ; La chute d’un ange, 1838).

Il renoua avec la vie politique à son retour en France, et entama une carrière de député en 1833. Lamartine fut l’un des fondateurs de la IIe République. Il devint Ministre des Affaires étrangères et chef effectif du gouvernement provisoire, mais perdit les élections présidentielles. Il demeura toutefois député et fonda un journal en 1849, Le Conseiller du Peuple. La publication ne survécut cependant pas au coup d’Etat du 2 décembre.
Déçu par l’échec de sa vie politique, Lamartine se consacra dès lors à l’écriture, mais une « écriture désormais forcée » - en raison de ses multiples problèmes financiers - et donc d’une qualité discutable (ouvrages historiques, biographie, cours familier de littérature, etc.). Il publia cependant encore quelques grands poèmes (La Vigne et la Maison, 1857), et bénéficia, à partir de 1867, d’une rente viagère allouée par Napoléon III. Il mourut à Paris en 1869, et laissa une œuvre monumentale (poèmes, romans, discours, livres d’histoire, études littéraires ou artistiques, correspondance).


Katherine Rondou
Collaboratrice scientifique à l'Université Libre de Bruxelles et à l'Université de Mons
Maître-assistant de langue française à la Haute Ecole Provinciale de Hainaut - Condorcet

Premier feuillet
Hauteur : 258 mm
Largeur : 202 mm

Cote : 19346/2628

Deuxième feuillet
Hauteur : 260 mm
Largeur : 202 mm

Cote : 19346/2628
 

Portrait

Portrait tiré de la « Revue de Belgique » (3e année, tome VI, p. I), Lithographié par Schubert, Imp. de Simonau. Brux.

Cote : 19346/2628