Lettre à Adolphe Quetelet, 27 avril 1835

[P. 2, en bas de la page]
« In the mean time during the last six months I have been contriving another engine of far greater power. I have given up all other pursuits and am making drawings of it and advance rapidly but it is not probable that it will be executed here. I am myself surprised at the powers I have given it which I should not have thought possible twelve month since.
It is intended to be capable having 100 variables (or numbers susceptible of change) placed upon it each number to consist 25 figures.
The Engine will then perform any of the following operations or any combinations of them.
v1, v2 …, v120 being any numbers
It will add vi and vk
It will subtract vi from vk
It will mult. vi by vk
It will divide vi by vk
It will extract the sq. root of vk
It will reduce vk to zero »

[traduction]
« Pendant les six derniers mois, j'ai inventé une autre machine d'un pouvoir plus grand. J'ai abandonné toute autres recherches et j'en conçois les dessins et avance rapidement mais il est improbable qu'elle sera fabriquée ici. Je suis moi-même surpris des pouvoirs que je lui ai donnés et que je n'aurais pas cru possibles il y a un an.
Cette machine est destinée à comprendre cent variables (ou nombres susceptibles de changer) et chacun de ces nombres pourra être composé de 25 figures.
Elle exécutera alors chacune des opérations suivantes, et les combinaisons qui peuvent en résulter :
V1, V2, ..... V100, étant des nombres quelconques, la machine pourra
Additionner Vi et Vk ;
Soustraire Vi de vk ;
Multiplier VI par Vk;
Diviser Vi par Vk;
Extraire la racine Vi à Zéro »
Nous tenons à remercier Monsieur Stigler pour les corrections suggérées pour l'édition. La traduction est inspirée de celle assurée par Adolphe Quetelet pour le bulletin de l’Académie paru en 1835(1).
(1) Bulletins de l’Académie royale des Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles, t. II, Bruxelles, Hayez, 1836, p. 123-127 (séance générale du 7 et du 8 mai de l’Académie).

L’extrait de la lettre nous intéressant aujourd’hui1 est digne du plus grand intérêt. Il s’agit en effet de la première mention connue de la « machine analytique » de Charles Babbage, ancêtre mécanique de nos ordinateurs2. Bien conscient de l’importance du document, Quetelet en fera la lecture lors de la séance générale du 7 et du 8 mai de l’Académie3. Charles Babbage n’a jamais pu terminer cette machine tant le plan qu’il en avait conçu était immense. À sa mort toutefois, elle fonctionnait avec facilité, suffisamment pour faire comprendre les idées de l’inventeur4.


1 Nous prions le lecteur de nous excuser de ne pas avoir traduit l’entièreté de la lettre. Il n’est nullement question ici d’une quelconque asthénie dans le chef de votre serviteur. Simplement, le reste de la lettre traite de mathématique, domaine que nous maitrisons très sommairement. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur un extrait concernant la fameuse machine à calculer.
2 DAVIS M., « On « Babbage and kings » and « How sausage was made » : and now for the rest of the history », in Annals of the History of Computing, 1995, vol. 17/4, p. 7-23.
3 Bulletin de l’Académie royale des Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles, t. II, Bruxelles, Hayez, 1836, p. 123-127 (séance générale du 7 et du 8 mai de l’Académie).
4 QUETELET A., « Notice sur Charles Babbage, associé de l’Académie », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, 1873, p. 154.

ALEXANDER J.H., Experiments on Mr Babbage’s Method of Distinguishing Lighthouses, Washington, 1854.

BABBAGE C., « On the statistics of lighthouses », in Compte rendu des Travaux du Congrès général de Statistique, Bruxelles, 1853, pp. 230-237.

GAUTIER J.-A., « Notice sur les progrès récens de l’astronomie », in Bibliothèque universelle des sciences, belles-lettres et arts - Sciences et arts, Genève-Paris, vol. 52, 1833, pp. 83-118.

HYMAN A. (éd.), Science and Reform : selected works of Charles Babbage, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, 356 p.

HYMAN A., Charles Babbage : Pioneer of the Computer, Princeton, Princeton University Press, 1985, 287 p.

QUETELET A., « Notice sur Charles Babbage, associé de l’Académie », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, 1873, p. 149-165.

TEE, G.J., « Charles Babbage’s Contributions to Statistics », in International Conference on Teaching Statistics 3, 1990, p. 100-104.

Charles Babbage

Charles Babbage, né probablement à Londres le 26 décembre 1791, y est décédé le 18 octobre 1871. Mathématicien, philosophe et inventeur. Élu correspondant étranger de l’Académie royale de Bruxelles le 7 octobre 1826 ; devenu associé le 1er décembre 1845.

En imaginant sa « machine analytique » - machine à calculer dans laquelle on a incorporé des cartes du métier Jacquard -, Charles Babbage a créé l’ancêtre mécanique des ordinateurs. Inventeur prolifique, il s’est également intéressé aux statistiques et aux probabilités, à l’astronomie, la météorologie, aux phares et aux cernes des arbres. Il a été professeur de mathématique pendant plus de dix ans à l’Université de Cambridge (chaire de professeur lucasien) et est l’auteur de nombreux ouvrages scientifiques.

Françoise THOMAS

Support : 1 feuille de papier

Hauteur : 248 mm
Largeur : 398 mm

Cote : 17986/267