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Lettre à Heinrich Panofka, 10 octobre 1835

[Paris, 10 octobre 1835 (1)]



Mon cher Panofka,

Nous comptons sur vous pour demain dimanche. L’heure du Diner est 5 h : ; Le diner sera tout à fait sans façon ; les convives seront : vous, Mr Gounet un de mes anciens amis, ma femme et moi. Voilà tout. N’oubliez pas.

 

Adieu
Votre tout dévoué

Hector Berlioz

Montmartre rue St Denis N° 12
Samedi soir


[Adresse sous pli :]
Monsieur
Mons: Panofka
5 rue Lepelletier
Paris

[1 cachet postal :]
10 octobre 1835

[Apostille en haut à gauche, dans une écriture autre que celle de Berlioz :]
Donné par Mr Kaurauds

Cette missive au ton insistant (« N’oubliez pas. ») était adressée à Heinrich Panofka, professeur de chant, violoniste, compositeur et critique.

Ce dernier s’était établi à Paris en 1834 où, entre autres activités, il participa à la nouvelle Gazette et revue musicale en tant qu’éditeur et contributeur1. Berlioz s’adonnait, tout comme Panofka, à la critique musicale et pour les mêmes raisons : en effet, cette activité s’avérait, pour les deux hommes, une ressource financière précieuse quand il était difficile de se faire jouer2. Berlioz fut même un critique prolifique et écrivit pour beaucoup de périodiques, comme par exemple la Gazette musicale de Paris, Le monde dramatique et surtout le Journal des débats, véritable antichambre du pouvoir3. Il ne manqua pas de faire connaître les activités musicales de Panofka, toujours en termes positifs4. Panofka fit de même pour Berlioz une seule fois dans la Neue Zeitschrift für Musik5.

Ces échanges de bons procédés ne doivent cependant pas cacher l’essentiel : Panofka ne fut nullement d’une grande importance dans la vie de Berlioz. Toute la correspondance éditée de Berlioz ne contient d’ailleurs que deux lettres adressées à Panofka, celle nous intéressant ici et une autre datée du 7 février 18496. Le récent Dictionnaire Berlioz ne contient d’ailleurs aucune notice au sujet de l’Allemand.

À l’opposé, Thomas Gounet (1801-1869)7 avec qui Berlioz - en compagnie de sa femme Harriet Smithson8 - reçut Panofka faisait partie, lui, du cercle des proches du compositeur de la Symphonie fantastique. Employé puis chef de bureau au Ministère de l’Instruction publique et poète à ses heures perdues (sans publication toutefois), Thomas Gounet était un familier du monde musical et du milieu littéraire. Confident de Berlioz et parrain de son fils, il aida le compositeur dans différentes démarches administratives et lui prêta de l’argent à plusieurs reprises. En outre, l’œuvre de Berlioz put également s’appuyer sur le travail diligent de Gounet à plusieurs reprises. Il fit en effet la traduction de huit des Neuf mélodies irlandaises tirées de Thomas More et dont Berlioz composa la musique. Les qualités littéraires de Gounet étaient également appréciées par le compositeur puisqu’en 1833 il projeta une scène dramatique intitulée Les Brigands, d’après Schiller, sur un livret de Gounet. La même année et la suivante, Berlioz songea à réduire Les Francs-Juges à un acte unique sous le titre de Le cri de Guerre de Brisgaw : il sollicita l’aide de son ami qui se chargea d’écrire les paroles. Tout cela fut vain d’ailleurs puisque Berlioz ne termina pas cette œuvre9.

Quoi qu’il en soit, le motif de cette soirée du 10 octobre 1835 nous est resté inconnu si tant est toutefois qu’il y en eut un. Il faut certainement y voir la simple trace d’une soirée amicale entre personnes d’un même monde, partageant des activités communes.


 

Olivier DAMME
 
  1 SADIE S., TYRELLE J. (éd.), The new Grove Dictionary of Music and Musicians. Second edition, London, Macmillan, 2001, vol. 16, p. 345.
2 REIBEL E., L’écriture de la critique musical au temps de Berlioz, Paris, Honoré Champion, 2005, 324 p. (coll. Musique - Musicologie).
3 DUFRESNE C., Hector Berlioz, Paris, Tallandier, 2002, 379 p. ; BONGRAIN A, « Berlioz et le journal des débats : une affaire de famille », in MASSIP C., REYNAUD C., Berlioz. La voix du romantisme, Bibliothèque nationale de France, Fayard, 2003, p. 90-91.
4 GERARD Y., COUDROIY-SAGHAI M.-H., BONGRAIN A. et alii, Hector Berlioz. Critique Musicale, Paris, Buchet/Chastel, 1996-2003, volume 1, p. 439 (Le Rénovateur, 2-3 novembre 1834) ; volume 2, p. 604 (Revue et gazette musicale de Paris, 27 novembre 1836) ; volume 3, p. 49-50 (Journal des débats, 10 décembre 1837) ; volume 4, p. 10-12 (Journal des débats, 22 janvier 1839).
5 « Aus Paris. Uber Berlioz und seine Compositionen », in Neue Zeitschrift für Musik, Volume 2, n° 17, 27 février 1835, p. 67-69 ; n° 18, 3 mars 1835, p. 71-72.
6 CITRON P. (éd.), Hector Berlioz. Correspondance générale, Paris, Flammarion, 1972-2001, volume 2, p. 254 ; volume 3, p. 606-607.
7 Citron P., « Gounet, Thomas », in CITRON P., REYNAUD C., BARTOLI J.-P., BLOOM P. (dir.), Dictionnaire Berlioz, S.L., Fayard, 2003, p. 223.
8 Avant de rencontrer Berlioz, la première s’était fait remarquer par d’indiscutables talents d’actrice, notamment dans diverses représentations de pièces de Shakespeare (Bloom P., « Smithson, Harriet », CITRON P., REYNAUD C., BARTOLI J.-P., BLOOM P. (dir.), Dictionnaire Berlioz, op. cit. 515).
9 CITRON P., « Gounet, Thomas » (…), op. cit., p. 223.

 

BARRAUD H., Berlioz, S.L., Costard, 1955, 286 p.

BARRAUD H., Hector Berlioz, Paris, Fayard, 1979, 502 p.

BLOOM P. (éd.), Berlioz. Past, present, future, Rochester, University of Rochester Press, s.d., 212 p.

BLOOM P., The life of Berlioz, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, XI-211 p.

CAIRNS D., Hector Berlioz. La naissance d’un artiste, Paris, Pierre Belfond, 1991, 610 p. (coll. Voix) (traduit de l’anglais par Dennis Collins).

CAIRNS D., Hector Berlioz. II Servitude et grandeur 1832-1869, Paris, Fayard, 2002, 942 p. (traduit de l’anglais par Dennis Collins).

CITRON P., REYNAUD C., BARTOLI J.-P., BLOOM P., Dictionnaire Berlioz, S.L., Fayard, 2003, 613 p.

COQUARD A., Berlioz, Paris, Henri Laurens, s.d., 126 p. (coll. Les musiciens célèbres).

DUFRESNE C., Hector Berlioz, Paris, Tallandier, 2002, 379 p.

FETIS F., Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la Musique. Deuxième édition entièrement refondue et augmentée de plus de moitié. Volume III Tomes cinquième et sixième de l’édition originale, Paris 2001, 982 p. (Bibliothèque des introuvables)

KERN HOLOMAN D., Berlioz, London, Faber and Faber, 1989, 687 p.

MACDONALD H., Berlioz, London, J.M. Dent & Sons Ltd, 1991, 261 p. (coll. The Master Musicians)

MASSIP C., REYNAUD C., Berlioz. La voix du romantisme, Bibliothèque nationale de France, Fayard, 2003, 263 p.

REIBEL E., L’écriture de la critique musical au temps de Berlioz, Paris, Honoré Champion, 2005, 324 p. (coll. Musique - Musicologie).

ROY J., La vie de Berlioz racontée par Berlioz. Textes rassemblés par Jean Roy, Paris, René Julliard, 1954, 275 p. (coll. « Quel roman que ma vie »).

RUDENT C., PISTONE D., Berlioz, hier et aujourd’hui, s.l., L’Harmattan, 2003, 237 p. (coll. Univers Musical).

SADIE S., TYRELLE J. (éd.), The new Grove Dictionary of Music and Musicians. Second edition, London, Macmillan, 2001, 29 vol.

TIERSOT J., Hector Berlioz et son temps, Paris, Hachette, 1904, 371 p.

Sources éditées

CITRON P. (éd.), Hector Berlioz. Correspondance générale, Paris, Flammarion, 1972-2001, 7 volumes (coll. Nouvelle bibliothèque romantique).

CITRON P. (éd.), Hector Berlioz. Mémoires, s.l., Flammarion, 1991, 627 p. (coll. Mille & une pages).

Correspondance inédite de Hector Berlioz - 1819-1868 - avec une notice biographique de Daniel Bernard. Deuxième édition revue et considérablement augmentée, Paris, Calmann Lévy, 1879, 385 p.

GERARD Y., COUDROY-SAGHAI M.-H., BONGRAIN A. et alii, Hector Berlioz. Critique Musicale, Paris, Buchet/Chastel, 1996-2003, 4 volumes.

MICHOUD L., ALLIX G. (éd.), Lettres inédites de Hector Berlioz à Thomas Gounet, Grenoble Allier Frères, 1903, 33 p. (extrait du Bulletin de l’Académie Delphinale, 4e série, t. XVII)

TIERSOT J., Hector Berlioz. Les années romantiques 1819-1842. Correspondance., Paris, Calmann-Lévy, S.D., 451 p.

Bibliographie

WRIGHT M.G.H., A Berlioz Bibliography. Critical writing on Hector Berlioz from 1825 to 1986, Farnborough, Hampshire, Saint Michael’s Abbey Press, s.d., 408 p.

Hector Berlioz

Né à La Côte-Saint-André en 1803, Hector Berlioz reçoit une éducation musicale marquée tantôt par Rameau, Gluck et Catel, tantôt par les fondements théoriques de l'harmonie du XVIe siècle.

Parti en 1823 à Paris pour étudier la médecine, la musique et la littérature deviennent ses principaux centres d’intérêt. La même année, il entre au Conservatoire de Paris où ses maîtres sont Lesueur et Richa.

En 1830 et après plusieurs échecs, il obtient le Prix de Rome, pour sa cantate Sardanapale. Sa Symphonie fantastique, où l'influence de Weber est manifeste, relance le goût pour la musique à programme. Elle scandalise le public mais force l'admiration de Liszt. Elle ira jusqu'à influencer Richard Strauss, Saint-Saëns et Franck.

Dès cette époque, Berlioz mène de front deux carrières, celle de critique et de compositeur. En vérité, il jouit d’une notoriété de critique musical et d'écrivain peut-être plus importante dans la sphère parisienne que celle de compositeur. Il écrit des nouvelles, parfois des feuilletons, des critiques de concerts ou même des essais, remarques ou anecdotes sur la vie musicale de son temps, à Paris et en Europe. Il vit à Montmartre, au 10-12 rue Saint-Denis (aujourd’hui 22-24, rue du Mont-Cenis), avec son épouse et leur fils Louis.

Parallèlement, ses compositions se répandent à travers l’Europe où leur succès va grandissant. Celui-ci s’explique par le caractère, sinon universel, du moins européen de ses œuvres qui puisent leur inspiration dans le répertoire littéraire. Il met en musique Shakespeare, Goethe ou Virgile dans ses chefs-d’œuvre Harold en Italie, Les Troyens, Songes d'une nuit d'été, Romeo et Juliette, La Damnation de Faust…. Paganini, Schumann, Liszt ou Wagner sont unanimement enthousiastes à son encontre.
Son romantisme est l'inverse de celui d'un improvisateur : s'il s'enflamme lors de la composition, il structure souvent son propos en l'écrivant ou le faisant exécuter. Sa modernité se marque surtout par une recherche poussée de l'expression, sans peur de démesure, n’hésitant pas à explorer de moyens nouveaux d'exécution.

Il décède à Paris, le 8 mars 1869.


Grégory VAN AELBROUCK

Lettre de Berlioz

Support : feuille de papier, 5 plis

Hauteur : 240 mm

Largeur : 375 mm

Cote : 19346/367

 

Lithographie

H. Berlioz d’après l’eau-forte d’Auguste Huessener. Paris Rosselin Editeur ; Imp. Lith. Formentin & Cie

Hauteur : 275 mm

Largeur : 178 mm

Cote : 19346/367