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Lettre à Jacques-Joseph-Augustin de Stassart, 29 décembre 1794

Monsieur


J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite le 17 de ce mois. Je vous suis bien reconnoissante des souhaits que vous m’y adressez à l’occasion de la nouvelle année, et vous ne devez pas douter de tout l’intérêt que je prends aux personnes qui par rapport à leur attachement au Souverain et à la bonne cause se trouvent pour le moment victime des circonstances. Je désire bien vivement que cette situation ne soit que momentanée et que bientôt vous puissiez retourner dans votre patrie et recommencer à jouir du repos et de la tranquilité (sic) que des évènemens malheureusement trop prolongés vous ont fait perdre.

Je suis avec estime,

 

Monsieur


Heidelberg le 29 xbre 1794

Votre affectionnée

 

Marie




à Mr de Stassart Denoirmont Président du Conseil de Namur. »

[Adresse de l’enveloppe]
«  à Monsieur Mr
Monsieur de Stassart Denoirmont
Président du Conseil de Namur
présentement à Izerlohn

Comté de Marck


[1 cachet postal]

[Numérotation du document en haut à droite]
N° 32

Cette missive fut conçue en des temps pour le moins troublés pour la monarchie autrichienne. Le gouvernement de Bruxelles avait en effet dû fuir devant l’avancée de l’armée française en terres belges. Celle-ci eut raison des troupes autrichiennes lors de la bataille de Fleurus du 26 juin 1794. Ce n’était du reste pas la première fois que les autorités autrichiennes de Bruxelles choisissaient la voie de l’exil, comme nous l’avons vu dans la notice biographique de Marie-Christine d’Autriche.
Quoiqu’il en soit, Marie-Christine d’Autriche répondait ici à une lettre de vœux de nouvel an adressée par Jacques-Joseph-Augustin de Stassart qu’elle considérait toujours dans sa missive comme le président du Conseil de Namur, charge qu’il ne récupéra pourtant jamais du fait de l’occupation française. Mais celle-ci ne datait que de quelques mois et, visiblement, on caressait toujours l’espoir de récupérer dès que possible le pouvoir dans les Pays-Bas autrichiens. Le Traité de Campo-Formio signé en 1797 entre Bonaparte pour la République française et Louis de Cobentzl pour l’Autriche mit fin à toutes ces espérances : il entérinait formellement l’annexion des Pays-Bas autrichiens par la France1. En reconnaissant son titre de président du Conseil de Namur, Marie-Christine voulut peut-être aussi ménager ce fidèle serviteur de la Maison d’Autriche (bien des passages de la lettre le laissent penser) tant celui-ci fit preuve de zèle au cours de sa carrière de magistrat, successivement comme conseiller puis commis aux causes fiscales du Grand Conseil de Malines, et enfin, en remplacement de son père, président du Conseil de Namur en janvier 1789. Tout au long de sa carrière, il n’eut de cesse d’appliquer consciencieusement les volontés de l’empereur Joseph II : fermeture de couvents inutiles, poursuites contre certains professeurs de l’Université de Louvain, expulsion d’élèves du Séminaire de Malines, etc. Tant de ferveur lui valut d’ailleurs la colère des patriotes et il dut se résoudre à se réfugier dans la forteresse de Luxembourg qui resta aux mains des troupes autrichiennes durant la parenthèse des États Belgiques Unis. Il récupéra sa charge en janvier 1791 et profita de sa position pour harceler ses ennemis patriotes pourtant couverts pour la plupart par l’amnistie accordée par la Maison d’Autriche. Il resta dans nos régions jusqu’à la bataille de Fleurus et ce y compris durant la première invasion française. La seconde occupation française lui fit néanmoins rejoindre avec ses proches le flot d’émigrés en direction des terres allemandes. Il s’installa à Iselhorn, ville du Comté de Marck sous domination prussienne d’où il sollicita l’aide de Vienne en envoyant une requête datée du 24 décembre 17942, soit peu de temps après la lettre qu’il adressa à Marie-Christine le 17 décembre. Il ne relève sans doute pas de la politique fiction que Stassart voulait mettre toutes les chances de son côté ! Opiniâtre, il se rendit à Vienne vers mai 1795 pour obtenir gain de cause. Il envoya encore une requête en mars 1796 et vit ses efforts récompensés. Durant toute la période passée à Vienne, il fut consulté à plusieurs reprises par la Chancellerie des Pays-Bas au sujet des requêtes émanant de sujets belges s’estimant à bon droit d’introduire diverses requêtes. Il regagna son pays à la fin de 1800 et s’établit à Corioule (actuelle Assesse) jusqu’à sa mort.


Olivier DAMME

1 Voyez à ce sujet : Campoformio, 1797 : la Belgique change de maîtres : actes du colloque, Musée royal de l'Armée et d'histoire militaire 17-18 octobre 1997 / Centre d'histoire militaire = Centrum voor militaire geschiedenis, Bruxelles, Musée Royal de l’Armée, 1998, 114 p. (Centre d'histoire militaire. Travaux ; 30).
2 ZEDINGER R., « Un fonds à découvrir pour l’histoire des Pays-Bas autrichiens : les requêtes des fonctionnaires et pensionnés émigrés conservés au ‘Finanz- und Hofkmmerarchiv Wien’ », in Bulletin de la Commission royale d’Histoire, CLXIV, 3e-4e livraisons, 1998, p. 194.

Publications relatives à Marie-Christine d’Autriche

HASQUIN H. (dir.), Dictionnaire d'histoire de Belgique : les hommes, les institutions, les faits, le Congo belge et le Ruanda-Urundi, Namur, Didier Hatier, 2000., 2e édition, revue et complétée, p. 431-432.

SPRUNCK A., « Die lage in den Osterreichischen Niederlanden im jahre 1790 nach den Berichten der Statthalterin Maria-Christina and die Wiener Regiering », in Mitteilungen der Oesterreichischen Staatsarchivs, XI, 1958, p. 275-372.

TASSIER S., « Une sœur de Marie‑Antoinette : l'archiduchesse Marie Christine (1790‑1792) », in Le flambeau, revue belge des questions politiques et littéraires, neuvième année, II, n° 5, mai 1926, p. 65-78.

TERLINDEN C., Figures de princesses, Bruxelles, 1944, 373 p.

VAN IMPE E., Marie-Christine van oostenrijk Gouvernante Generaal van de Zuidelijke Nederlanden 1781-1789, 1790-1792, Courtrai-Heule, U.G.A., 1979, 202 p. (Anciens Pays et Assemblées d’Etats, LXXVII).

VAN IMPE E., « Marie Christine van Oostenrijk », in Spiegel Historiael, XIII, 6, 1978, p. 406-412.

WEISSENSTEINER F., Die Töchter Maria-Theresias, Bergisch Gladbach, 1996, 287 p.

WOLF A., Marie-Christine, Erzherzogin von Oesterreich, Vienne, 1863, 2 vol., XII-283-262 p.

WOLF A., Marie-Christine Archiduchesse d’Autriche, Gouvernante des Pays-Bas, Bruxelles, Bauvais, 1881, 4 vol., 204-148-155-135 p.

Publications relatives à Jacques-Joseph-Augustin de Stassart

BRUNEEL C., HOYOIS J.P., Les grands commis du gouvernement des Pays-Bas autrichiens. Dictionnaire biographique du personnel des institutions centrales, Bruxelles, 2001, p. 75, 76 (Archives générales du Royaume et Archives de l’État dans les provinces, Studia 84).

Campoformio, 1797 : la Belgique change de maîtres : actes du colloque, Musée royal de l'Armée et d'histoire militaire 17-18 octobre 1997 / Centre d'histoire militaire = Centrum voor militaire geschiedenis
, Bruxelles, Musée Royal de l’Armée, 1998, 114 p. (Centre d'histoire militaire. Travaux ; 30).

COURTOY F., « Stassart (Jacques-Joseph-Augustin,baron de) », in Biographie nationale, Bruxelles, Académie royale de Belgique, t. XXIII, 1921-1924, col. 699-702.

DE STASSART G., « Mémoires du Baron de Stassart », in Annuaire de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 1855, p. 134-197.

COURTOY F., JACQUES F., Journal du baron Jacques-Joseph Augustin de Stassart, président du Conseil provincial de Namur et documents inédits sur l’occupation française dans le pays de Namur en 1792-1793, Namur, Wesmael-Charlier, 1976, XXIII-332 p.

HAVAUX P., « Mes voyages », du baron de Stassart (1794-1800), Mémoire de licence inédit, U.L.B., 1985, 1984-1985

THIELEMANS M.-R., Goswin, baron de Stassart 1780-1854. Politique et Franc-maçonnerie, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2008, 832 p. (Mémoire de la Classe des Lettres, in-8°, 3e série, tome XLV, n° 2050).

ZEDINGER R., « Un fonds à découvrir pour l’histoire des Pays-Bas autrichiens : les requêtes des fonctionnaires et pensionnés émigrés conservés au ‘Finanz- und Hofkmmerarchiv Wien’ », in Bulletin de la Commission royale d’Histoire, CLXIV, 3e-4e livraisons, 1998, p. 173-256.

Sources éditées

SCHLITTER H. (éd.), Briefe der Erzherzogin Marie‑Christine, Staathallerin der Niederlanden an Leopold 1I. Nebst einer einleitung: zur geschichte der französischen politik Leopold II, Vienne, 1896, CXXI-600 p. (Fontes Rerum Austriacarum, Diplomataria et Acta, XLVIII.)

VON ARNETH A.R.(éd.), Briefe des kaiserin Maria-Theresia an ihre inder und Freunde, Vienne, 1881, 4 vol.

WOLF A. (éd.), Leopold II und Marie-Christine : Ihr Briefwechsel, Wien, Gerolds Shn, 1867, 347 p.

 

Marie-Christine d'Autriche

Marie-Christine d’Autriche naquit le 13 mai 1742 à Vienne et était le cinquième enfant de Marie-Thérèse d’Autriche et du grand-duc de Toscane François. L’impératrice avait beaucoup d’affection pour Marie-Christine, à tel point que beaucoup ont vu en elle la fille préférée de Marie-Thérèse, non sans raison. L’éducation de l’Archiduchesse se basait sur la littérature, l’histoire, les langues et la religion. Elle rencontra en 1760 l’homme de sa vie en la personne d’Albert de Saxe-Teschen. L’impératrice avait d’autres plans pour elle mais elle finit par accepter cette union amoureuse. Ils se marièrent le 8 avril 1766 et, la même année, partirent pour la Hongrie dont ils avaient reçu le gouvernorat. Le 16 mai 1767, Marie-Christine accoucha d’une fille qui passa de vie à trépas le lendemain. Le couple resta stérile mais adopta un neveu de Marie-Christine, l’archiduc Charles, fils de son frère Léopold. Le gouvernement de la Hongrie se déroula paisiblement, sans trouble politique, ni famine.

Suite à la mort du gouverneur général des Pays-Bas autrichiens, Charles de Lorraine, Marie-Thérèse décida le 20 août 1780 de confier ce poste à Marie-Christine et à son mari. Au mois de juin 1781, soit un peu plus de six mois après la mort de l’impératrice, Marie-Christine et son mari quittaient Vienne pour les Pays-Bas. Ils furent accueillis chaleureusement à Bruxelles, de même que dans les autres villes qu’ils visitèrent un mois plus tard. Toutefois, une mésentente s’installa rapidement entre elle et son frère, le nouvel empereur Joseph II. La Gouvernante était bien plus attachée aux institutions séculaires que lui et celui-ci ne l’ignorait pas. Convaincu du bienfait de ses réformes qu’il menait tambour battant dans nos régions, l’empereur avait soin de ne jamais la consulter et n’avait aucune confiance en elle. Survinrent les heurts de 1787 où, suite aux réformes judiciaires, les États et le Conseil du Brabant protestèrent contre celles-ci, les premiers décidant même de ne pas accorder les impôts en avril. Les gouverneurs firent quelques concessions qui ne firent qu’enhardir la résistance : elle se généralisa à toutes les provinces. Le 1er juin, affolés par l’émeute qui semblait se préparer, les gouverneurs généraux capitulèrent. Ils décrétèrent la surséance absolue et parfaite de toutes les mesures contraires aux droits et privilèges des provinces de Brabant, Namur, Flandre, Malines, Hainaut, West Flandre et Luxembourg du 30 mai au 20 juin. L’empereur, furieux de ce qu’il jugeait comme une faiblesse coupable, fit venir à Vienne les gouverneurs, le ministre Belgiojoso et des députés des États de toutes les provinces. Les premiers purent cependant conserver leur poste et Marie-Christine revint à Bruxelles le 23 janvier 1788. Elle était toutefois à la merci du nouveau ministre plénipotentiaire Trauttmansdorff et du général d’Alton. La politique toujours plus brutale de l’empereur provoqua le soulèvement armé des patriotes qui volèrent de succès en succès à partir d’octobre 1789.
Ces évènements contraignirent l’archiduchesse à quitter Bruxelles en compagnie de son mari le 18 novembre 1789, peu de temps avant le départ du gouvernement de la capitale brabançonne le 12 décembre. Elle se rendit à Luxembourg puis à Coblence avant de s’installer à Bonn durant la période des États Belgiques Unis. L’arrivée de son frère Léopold à la tête de la Maison d’Autriche après la mort de Joseph II en février 1790 fut, à bien des égards, un évènement positif pour elle. La correspondance échangée avec lui montre à quel point tous deux partageaient une même aversion pour l’autoritarisme de Joseph II et penchaient pour un gouvernement modéré. Sitôt les Pays-Bas reconquis, l’archiduchesse et son mari virent leurs fonctions de gouverneurs reconduites et regagnèrent nos régions en juin 1791. Bien accueillis, ils durent bien vite faire face à un contexte politique tendu : les démocrates et les conservateurs continuaient à se déchirer comme au temps des États Belgiques Unis. À cela, il faut ajouter l’influence de la propagande française dont la gouvernante informe son frère, non sans aigreur : cette femme d’Ancien Régime voit avec tristesse les idées démocratiques gagner de plus en plus d’esprits, même dans les campagnes. Elle se méfiait tout autant des conservateurs qui ne cessaient d’accumuler revendications sur revendications. La situation se détériora encore un peu plus en 1792. L’empereur mourut subitement le 16 mars. Son fils François lui succéda, ce qui était une mauvaise nouvelle pour la gouvernante, peu appréciée de son neveu. Le contexte international se détériora également : le 20 avril, la France déclarait la guerre à François II. Les Pays-Bas virent rapidement l’intrusion de troupes françaises sur son sol. Albert de Saxe Teschen prit le commandement de l’armée autrichienne. S’il put se targuer de quelques succès, il n’en reste pas moins qu’il dut essuyer une terrible défaite à Jemappes le 8 novembre 1792. Il s’ensuivit la fuite du pouvoir autrichien des Pays-Bas, dont les gouverneurs généraux. Marie-Christine ne devait plus jamais revoir nos régions. Sa carrière politique en effet s’arrêta à cet instant : peu appréciée par l’empereur François II (cf. supra), elle ne retrouva pas son poste de gouvernante des Pays-Bas autrichiens lors de la seconde restauration qui suivit la bataille de Neerwinden du 18 mars 1793. C’est toutefois son neveu et fils adoptif, l’Archiduc Charles qui lui succéda à cette fonction en 1793 et 1794. Elle s’établit définitivement à Vienne en janvier 1794 et y mourut le 24 juin 1798, emportée par un cancer de l’estomac. Son mari lui fit élever dans l’église des Augustins de Vienne un monument funéraire remarquable conçu par Canova.

Lettre de Marie-Christine d’Autriche
Support : une feuille de papier

Hauteur : 233 mm
Largeur : 187 mm

Cote : 19346/118

Enveloppe
Une enveloppe, 4 plis

Hauteur : 201 mm
Largeur : 281 mm

Cote : 19346/118

Tableau de Marie-Christine d’Autriche
Peinture à l’huile par Pierre de Montreuil ( ?)

Hauteur : 730 mm (avec le cadre) 581 mm (sans le cadre)
Largeur : 600 mm (avec le cadre) 450 mm (sans le cadre)

Circa 1770

Photo : G. Van Aelbrouck

Cote : Inventaire de l’Académie royale de Belgique, n° 69