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Lettre à M. Berthels, Paris, 6 floréal an III (25 avril 1795)

Guillotin souhaite mille bonjours au C.[itoyen] Berthels, et lui envoie une note qu’on lui a demandée. Il profite avec plaisir de cette occasion de se rappeller dans son souvenir.
Paris 6 floréal, l’an 3e de la république.

Il est difficile d’interpréter ce document écrit à la troisième personne1 : nous ne disposons pas de la note évoquée et n’avons trouvé aucune biographie de Berthels. Cette missive peut donc être d’ordre médical : après Thermidor, à son retour de l’abbaye d’Arras transformée en hôpital militaire, Guillotin tentait de reconstituer une clientèle lui permettant de vivre2. Cette lettre relève peut-être également de ses activités politiques : on sait qu’avant l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV (8 octobre 1795), Joseph Ignace fut secrétaire de l’assemblée primaire de la section de la Halle-au-blé3 et fut d’ailleurs arrêté et interrogé vers le 3 octobre 1795 pour avoir conçu « plusieurs écrits contraires aux lois », avant d’être relâché 27 jours plus tard4. Si la seconde hypothèse nous paraît la plus probable, nous ne pouvons toutefois affirmer que c’est bien le cas, en l’absence de documents nous permettant d’étoffer notre analyse.

1 Ce billet n’est pas signé mais est incontestablement de la main de Guillotin comme nous avons pu le constater en le comparant avec une ordonnance reprise dans l’ouvrage d’Henri Pigaillem (Le docteur Guillotin. Bienfaiteur de l’humanité, Paris, Pygmalion, 2004, dernier document du livret repris entre les pages 128 et 129).
2 SOUBIRAN A., Ce bon docteur Guillotin et sa « simple mécanique » d’après les documents de Pierre Mariel, Paris, Librairie Académique Perrin, 1962, p. 213, 214.
3 DUCOUDRAY E., « Guillotin Joseph Ignace », in SOBOUL A. (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 2005, p. 528.
4 SOUBIRAN A., Ce bon docteur Guillotin (…), op. cit., p. 213, 214. PIGAILLEM H., Le docteur Guillotin. Bienfaiteur de l’humanité (…), op. cit., p. 154-156.

DUCOUDRAY E., « Guillotin Joseph Ignace », in SOBOUL A. (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 2005, p. 528 (rééd. Quadrige, 2005).

LAVOINE A., Le Palais Saint-Vaast, notes historiques, Arras, impr. de E. Bouvry, 1910, 31 p.

PIGAILLEM H., Le docteur Guillotin. Bienfaiteur de l’humanité, Paris, Pygmalion, 2004, 247 p.

QUENTIN BAUCHART P., Guillotin et la guillotine, in La Nouvelle revue, nouvelle série, XXXIV, 1905, p. 481-493 ; XXXV, 1905, p. 62-78

REVEILLÉ-PARISÉ J.H., « Étude biographique sur Guillotin », in Moniteur universel, 25 février et 10 mars 1851.

SOUBIRAN A., Ce bon docteur Guillotin et sa « simple mécanique » d’après les documents de Pierre Mariel, Paris, Librairie Académique Perrin, 1962, 309 p.

Joseph Ignace Guillotin

Né à Saintes le 28 mai 1738, décédé à Paris le 26 mars 1814. Joseph Ignace Guillotin était le fils de Catherine Agathe Martin et de Joseph Alexandre, procureur du Roi à Saintes1. Il était le neuvième des treize enfants mis au monde par sa mère : seulement quatre de ceux-ci survécurent. Joseph Ignace gagna les rangs du collège des Jésuites de Saintes où il se distingua bien vite par de brillantes aptitudes et un goût prononcé pour le travail. En qualité de membre de la Société de Jésus, il reçut la tonsure et les quatre ordres mineurs en avril 1756. Tout en achevant ses études, il professa au collège des Irlandais de Bordeaux. En décembre 1761, il entreprit une thèse sur l’accouchement grâce à laquelle il fut reçu maître ès arts à l’Université de Bordeaux en décembre de l’année suivante. Au début de l’année 1763, sa vocation religieuse vint à s’estomper : il ne songeait plus qu’à se consacrer à l’étude de la médecine et se rendre à Paris à cet effet. Toutefois, faute de moyens financiers, il dut renoncer un temps à la capitale et étudia la médecine à Reims pendant quatre ans. En janvier 1768, il fut reçu docteur par la faculté rémoise. Il n’avait toutefois pas abandonné ses ambitions parisiennes bien qu’il connaissait la règle de la faculté de médecine de Paris : tout médecin n’y ayant pas été formé était considéré comme étranger et n’avait aucun droit d’exercer la médecine. Il devait donc entreprendre de nouvelles études médicales. Il participa à un concours lui permettant de mener sans frais ses études jusqu’à la régence. Il le remporta et étudia les cinq années suivantes. En août 1770, il fut reçu docteur régent. Le 20 octobre 1771, il reçut le bonnet de docteur grâce à un mémoire sur la rage dont certains points ne sont pas sans rappeler les idées émises un siècle plus tard par Louis Pasteur. Il devint alors un personnage important, enseignant à la faculté de médecine tout en donnant des consultations à toutes les couches de la population. Il publia aussi un mémoire contre l’impôt sur le vinaigre et un autre prônant le dessèchement des marais du Poitou et de Saintonge. Il rejoignit également la Franc-maçonnerie où il occupa bien vite des postes importants comme celui d’Orateur de la Chambre des Provinces. Dans le monde profane, il se distingua en s’opposant aux théories de Mesmer et fut secrétaire de la commission royale qui démonta la théorie du magnétisme animal en août 1784.
En 1788, Guillotin pénétra dans l’arène politique en publiant le 8 décembre La petition des citoyens domiciliés à Paris, opuscule réclamant pour le Tiers Etat un nombre de députés égal à celui des deux autres Ordres. Il connut bien vite une grande popularité et fut élu député du Tiers de Paris au Etats généraux le 15 mai 1789. Le 20 juin, devant les portes fermées de la salle des Menus, il indiqua la salle du jeu de Paume aux députés indignés. Le 13 juillet, il réclama le rétablissement de la garde bourgeoise pour mettre un terme aux troubles parisiens. Début novembre, il remit en cause la sanction royale. De la fin de 1789 au début de 1790, il réclama l’abolition des peines infamantes ainsi que l’utilisation exclusive de la décapitation pour la peine capitale par (dit-il alors) « le moyen d’un simple mécanisme ». Guilotin entendait ainsi mettre fin aux horreurs des peines capitales sous l’Ancien Régime (écartèlement, tenaillement, supplice de la roue, etc) et que celles-ci ne fussent pas douloureuses. La presse (et en premier Les actes des apôtres, journal contre-révolutionnaire) utilisa le nom de Guillotin pour désigner la machine à décapiter qui fut abondamment utilisée ensuite. Au grand désespoir de Joseph Ignace, l’usage du mot « guillotine » se généralisa, bien que, en réalité, cette machine fut l’œuvre du docteur Antoine Louis et de Tobias Schmidt, un facteur de clavecin.
Sous l’assemblée constituante, Guillotin s’occupa de l’organisation des études de médecine et de problèmes de salubrité publique. Membre du club des Feuillants, il ne fut pas désigné électeur par la section de la Halle-au-Blé en 1791 et fut vainement candidat aux fonctions d’administrateur du département (octobre-novembre 1791). Pendant la Terreur, il ne fut inquiété en rien. À partir de 1793, il fut le chirurgien en chef de l’hôpital militaire installé dans l’abbaye de Saint-Vaast à Arras. À son retour à Paris, il fut arrêté et relâché 27 jours plus tard pour la rédaction de plusieurs écrits en tant que secrétaire de l’assemblée primaire de la section de la Halle-au-Blé (cf. analyse). Il abandonna la politique et se consacra uniquement à la médecine jusqu’à la fin de son existence. Il fit la promotion de la vaccination contre la variole. Il fonda et présida une société de médecine qu'il avait pour ambition de transformer en académie, ce qui ne fut pas possible de son vivant.

1 Pour cette notice, nous nous sommes inspiré principalement des ouvrages d’Henri Pigaillem et d’André Soubiran ainsi que de la notice de E. Ducoudray (cf. orientation bibliographique).

Lettre

Support : une feuille de papier

Hauteur : 207 mm
Largeur : 162 mm

Cote : 19346/2108

Portrait

J.I. Guillotin Député à l’Assemblée constituante né à Saintes le 29 mars 1738.
F. Bonnevile del…… et Sculp. ; A Paris chez l’auteur, rue du Théâtre Français N.° 4

Hauteur : 277 mm
Largeur : 196 mm

Cote : 19346/2108