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Lettre à Martin Michel Charles Gaudin, 19 pluviôse an X (8 février 1802)

[Apostille, d’une écriture autre que celle de Cambacérès, en partie illisible sauf : 21 Pluviose. N° 4463]

Liberté. Egalité.

Gouvernement français

Gravé par B. Roger, Nivôse, an 8.

Paris, le 19 Pluviose an 10 de la République

Le Consul Cambacérés

au Ministre des finances (pour lui seul)

On m’écrit, Citoyen Ministre, que la place de controleur des contributions directes au bureau de Pezénas, département de l’Hérault, se trouve vacante. Si vous n’avez pas disposé de cet emploi, je vous prie de le conférer au citoyen Tesses, fils du directeur des contributions du même département. Celui-ci est mon ami particulier, mon procureur fondé ; et en l’obligeant, j’acquitte la dette de la reconnaissance. Dans le cas où il serait impossible de nommer le citoyen Tesses fils au contrôle de Pézenas, je vous demande pour lui le premier emploi vacant, dans l’un des Départemens du midi. Peut-être que celui d’Apt qui était occupé par mon beau frère, n’est pas encore rempli : mais, sous tous les rapports, je préférerais celui de Pézénas, ou d’un lieu plus rapproché de Montpellier.

Je vous salue et vous renouvelle l’expression de mes sentiments.

Cambacérés

[Adresse]

Conseil de la République

Au Ministre des finances

(pour lui seul)

[cachet]

19

[Apostille]

Cambacéres
Sig.

Est-il un régime actuel ou ancien où l’on ne recourt pas aux recommandations appuyées pour l’octroi d’un emploi ? Il faut sans doute répondre par la négative. Toutefois, la façon dont ce genre d’action est jugé diffère d’une société à l’autre et il est fort probable ici que Cambacérès ne souhaitait pas faire trop de publicité à ce courrier adressé au ministre des Finances au vu des mentions « pour lui seul » présentes tant sur l’enveloppe qu’au début de la missive. Ses adversaires auraient peut-être eu beau jeu d’en profiter si ce courrier avait été connu.

Cambacérès appuyait donc ici la candidature du fils d'un viel amii de Montpellier, Tesses1. Ce dernier était également l’homme d’affaire du second consul au sein de cette ville. Il lui rendit plusieurs services, comme cette lettre le laisse entendre2. À titre d’exemple, en octobre 1799, Cambacérès fit payer par Tesses des sommes importantes pour que son père prenne en charge le fils de son demi-frère3 blessé à la prise de Schaffhouse. Il donna également des ordres à son ami de Montpellier pour régler les pensions de son père et de son frère4. Peu de temps avant la rédaction de la lettre nous intéressant ici, le second consul manda aussi Tesses et un certain Despous pour négocier le remboursement des dettes de son père, décédé le 21 septembre 18015. Au vu du souci de Cambacérès de contenter au mieux les créanciers de son père6, c’est peut-être cette dernière action qui le décida à aider son ami en trouvant un emploi à son fils. Sa préférence va au poste de Pézenas sans doute pour éviter un trop grand éloignement du père et du fils7. Montpellier et Pézenas ne sont en effet distants que de plus ou moins 40 kilomètres à vol d’oiseau. Il en va tout autrement d’Apt (Vaucluse), où travaillait Auguste Gilles8, le beau-frère de Cambacérès9, distant de Montpellier de plus ou moins 130 kilomètres.


1 « Tesses (Anne, Pierre, Jean, Louis, Montpellier, 1746-Montpellier, après 1089). D’une famille de négociants protestants, avocat, il devient administrateur du district puis du département. Révoqué sous le directoire, grand acquéreur de biens nationaux, il est nommé directeur des contributions directes de l’Hérault après Brumaire. », in CHATEL DE BRANCION L., Cambacérès : maître d'œuvre de Napoléon, Perrin, Paris, 2001, p. 110.

2 « en l’obligeant, j’acquitte la dette de la reconnaissance. ».

3 Jean-Pierre Hubert Cambacérès, fils de Jean-Antoine de Cambacérès et de Jeanne Ditry (VIALLES P., L’archichancelier Cambacérès (1753-1824), d’après des documents inédits, Paris, Perrin, 1908, p. 435).

4 CHATEL DE BRANCION L., Cambacérès (…), op. cit., p. 265.

5 Ibidem, p. 310, 311.

6 Ibidem, p. 311.

7 Il n’exclut d’ailleurs pas la possibilité d’un endroit encore plus proche de Montpellier.

8 Fin XVIIIe – début XIXe siècle. Receveur général  de Seine et Oise. Il travailla également un temps au sein de la commune d’Apt. Il avait pour femme la demi –sœur de Jean-Jacques-Régis Cambacérès, Marie-Magdeleine, fille de Jean-Antoine de Cambacérès et Jeanne Ditry.

9 CHATEL DE BRANCION L., Cambacérès (…), op. cit., p. 73, 74. VIALLES P., L’archichancelier Cambacérès, p. 435.

Articles et monographies relatifs à Cambacérès

BORY J.-L., Les cinq girouettes ou servitude et souplesses de son altesse sérénissime : le prince archichancelier de l'Empire Jean-Jacques Régis de Cambacérès, duc de Parme, Ramsay, Paris, Mémoire du livre, 2002, 332 p.

BOURDON J., « Le rôle de Cambacérès sous le Consulat et l’Empire », in Bulletin de la Société d’Histoire moderne, nov. 1928, p. 67 et suivantes.

CHANTEBOUT B., « Cambacérès (Jean-Jacques-Régis) », in TULARD J. (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987, p. 333-336.

CHATEL DE BRANCION L., Cambacérès : maître d'œuvre de Napoléon, Perrin, Paris, 2001, 642 p.

CHATEL DE BRANCION L. (éd.),  Mémoires inédits : éclaircissements publiés par Cambacérès sur les principaux événements de sa vie politique, Paris, Perrin, 1999, 2 vol., 792-533 p. (préface de Jean Tulard).

DUVIVIER P., L'exil de Cambacérès à Bruxelles (1816-1818) d’après des documents inédits, Malines, L. et A. Godenne, 1909, 62 p.

DELBERT J.-P., Cambacérès : unificateur de la franc-maçonnerie sous le Premier Empire, Athos, Lille, 2005, 120 p. (préface de Jean Tulard).

PAPILLARD F., Cambacérès, Paris, Hachette, 1961, 260 p. (préface du général Catroux).

PINAUD P.F., Cambacérès, Paris, Fayard, 1996, 271 p

PINAUD P.F., Cambacérès, le premier surveillant de la franc-maçonnerie impériale,  Paris, Éditions maçonniques de France, 1998, 126 p.

THIRY J., Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, archichancelier de l'empire, Paris, Berger-Levrault, 1935

VIALLES P., L’archichancelier Cambacérès (1753-1824), d’après des documents inédits, Paris, Perrin, 1908, 441 p.


Correspondance et mémoires

CHATEL DE BRANCION L. (éd.),  Mémoires inédits : éclaircissements publiés par Cambacérès sur les principaux événements de sa vie politique, Paris, Perrin, 1999, 2 vol., 792-533 p. (préface de Jean Tulard).

TULARD J. (éd.), Lettres inédites de Cambacérès à Napoléon, 1802-1814, Paris, Klincksieck, 1973, 2 vol., 1170 p.

Jean-Jacques-Régis de Cambacérès

Né à Montpellier le 18 octobre 1753 ; décédé à Paris le 8 mars 1824. Humanités à Aix et études d’avocat. Conseiller à la cour des aides en 1774. Membre de la commission municipale de Montpellier en août 1789. Président du tribunal criminel de l’Hérault en août 1792, membre de la convention la même année, rapidement proche des jacobins. Travail de codification des lois. Président du comité de salut public, du comité de de sureté générale et de la convention après la chute de Robespierre. Membre du conseil des cinq cents. Ministre de la justice après le coup d’état du 30 prairial an VII (18 juin 1799). Reconduit après le coup d’état du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799). Nommé deuxième consul en janvier 1800. Archichancelier, sénateur, conseiller d’état et membre du conseil privé à l’avènement de l’empire. À nouveau archichancelier et ministre de la justice durant les cents jours. Traité comme régicide durant la restauration et banni en 1816. Exil à Bruxelles. Retour en France en 1818 suite à un pardon royal.

Lettre

Support : une feuille de papier, un pli

Hauteur : 274,5 mm
Largeur : 368 mm

Cote : 19346/835

Portrait

Cambacérès, Lith. de Delpech Paris (avec une signature autographe)

Support : une feuille de papier

Hauteur : 272 mm
Largeur : 172 mm

Cote : 19346/835