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Lettre à Paul Henri Spaak, 24 décembre 1951

Ministère de l’Instruction publique                                                                                                                                              le 24 décembre 1951

Cabinet du ministre

 

Cher Monsieur Spaak,

Vous trouverez en annexe un article qui représente un effort vers l’entente scolaire. J’ai désiré rencontrer, avant la nouvelle session du Parlement, tous les leaders qui ont participé, ces dernières années, au débat scolaire. Je voudrais - cela me parait nécessaire – connaître votre point de vue sur l’avenir de ces conflits et répondre à telle de vos critiques si je la crois injuste.

Le mieux serait que je rende visite à notre ancien premier ministre quand il disposera d’une heure. Puis-je attendre que vous me fassiez signe ?

Votre dévoué

Pierre Harmel

 

Durant les années 50 du siècle dernier, une grande part de la vie politique belge fut consacrée à ce que l’on a appelé la Guerre scolaire qui opposa catholiques et laïcs autour de la question de l’enseignement. Pierre Harmel était ministre de l’Instruction publique depuis 1950, charge qu’il exerça dans différents gouvernements sociaux-chrétiens jusqu’en 1954.

Le texte dont parle ici Harmel était sans doute celui intitulé : « Réflexions sur la liberté scolaire en Belgique » parue dans la Revue nouvelle du 15 septembre 1951. Il était le résultat d’une longue réflexion commencée en 1949. Ce document se distinguait par un ton conciliant : il s’y faisait fort d’aboutir à une pacification dans le débat scolaire : il entendait ainsi maintenir le réseau des écoles publiques dans sa ligne d’expansion et de perfectionnements progressifs. Il jugeait aussi qu’il fallait « soulager le réseau d’enseignement libre des fardeaux économiques les plus pesants en augmentant également ses chances de qualité ». Il proposait la création de commissions consultatives mixtes comprenant des représentants des enseignements public et libre, notamment pour procéder à des regroupements d’écoles libres et publiques pour éviter des frais généraux inutiles, etc. Bref, pour Harmel, il faut éviter le conflit entre l’Église et l’État, éliminer la concurrence entre les deux réseaux.

 Paradoxalement, ce projet et la politique de Pierre Harmel rencontra une vive opposition dans le propre camp du ministre : tant l’Église que son parti jugeaient sévèrement ce qu’ils considéraient comme des concessions trop importantes au réseau public. Quant à l’opposition, elle n’était pas plus enthousiaste.  Bien avant ce courrier, Spaak s’était fait le contempteur de la politique du ministre et se répandait en considérations très critiques dans les colonnes du journal Le peuple. Il n’y voyait qu’une « brimade » cynique et brutale de l’enseignement officiel et affirmait que la guerre scolaire n’en était que plus raffermie (Le Peuple, 11 et 16 juillet 1951). Toujours méfiant, Spaak ne réagit pas au courrier ci-dessus. Une entrevue eut toutefois lieu entre les deux hommes, à la faveur d’une intervention de l’ambassadeur du Portugal. Elle eut lieu au sein de l’ambassade mais Spaak déclara à Harmel que le problème était trop compliqué pour pouvoir être résolu . La conversation se porta alors sur tout autre chose1. On le voit, la guerre scolaire n’était pas prête de se terminer et elle ne connut d’ailleurs son épilogue qu’à la fin de la décennie.

 

1

BERNARDO Y GARCIA L.A., Inventaire des archives de Pierre Harmel pour les années 1921-2000, Archives générales du Royaume, Bruxelles, 2004, 159 p. (série Inventaires Archives générales du Royaume n° 355, publication n° 4412)

 

DE SCHOUTHEETE DE TERVARENT P., « Pierre Harmel », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2012, p. 129-138

 

DUJARDIN V., Pierre Harmel, Bruxelles, Éditions Le Cri, 2004, 822 p. (il existe une version réduite (608 p.) parue en 2005).

 

On trouve une liste presque exhaustive des écrits de Pierre Harmel dans la notice conçue par Philippe de Schoutheete de Tervarent (supra).

Pierre Harmel

Lettre

Support : une feuille de papier

Hauteur : 103 mm
Largeur : 145 mm

Cote : ARB Archives Spaak - caisse 41 - farde 452

Portrait

Tableau conçu en 1984 par Françoise André et conservé par le Sénat de Belgique. Photo de ce tableau : archives de l’Académie royale de Belgique, 15460.