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Lettre au baron de Stassart, 26 avril 1854

Anvers ce 26 avril 1854

 

Monsieur le Baron de Stassart,

À Bruxelles.

 

Monsieur le Baron,

 

Je vous suis infiniment reconnaissant du témoignage dont vous avez bien voulu m’honorer, en m’envoyant le volume de vos Fables ; mais surtout de ce que vous ayez été assez indulgent pour trouver quelques plaisirs à la lecture de mes modestes récits.

La parole encourageante d’un homme aussi éminent dans le mode et dans les lettres que Monsieur le Baron de Stassart, doit avoir un grand prix à mes yeux ; sa bienveillante approbation m’est une douce récompense et elle contribuera à me donner cette confiance qui féconde le talent et rend le poète laborieux.

Il est rare que je me rende à Bruxelles ; mais puisque vous m’en donnez la permission d’une manière si aimable, je me ferai un plaisir et un devoir de me présenter à vous à la première occasion.

 

Monsieur le Baron

Votre très humble et très respectueux serviteur

Conscience

Le document ci-dessus est le seul en notre possession signé par Henri Conscience. Ce dernier réagissait sans doute à l’envoi des Œuvres diverses du Baron de Stassart (…)[1]. Cette exposition virtuelle nous a démontré que le baron de Stassart était coutumier du fait. Nous avons vu en effet qu’il fit le même don à Alexandre Rodenbach vers la même époque. Comme pour ce dernier, rien n’indique que le baron répondit à cette lettre : aucune note de sa main n’est présente sur cette missive pour indiquer une quelconque réaction. Nous ne possédons pas non plus la minute de la lettre du baron adressée à cette grande figure de la littérature flamande : au vu des commentaires de Conscience, elle semblait contenir les amabilités d’usage envers un écrivain à la célébrité grandissante. Le baron de Stassart n’eut pas toujours une opinion très favorable envers le mouvement flamand. En 1829 en effet, par l’intermédiaire du Journal d’Anvers et de la Province, il se querella avec Jan Frans Willems (http://www.academieroyale.be/fr/who-who-detail/relations/jan-frans-willems/), une des grandes figures du mouvement flamand de l’époque et futur membre de notre académie. Stassart soutenait en effet que le français était la langue nationale des Belges tandis que Willems faisait remarquer que le flamand était la langue de la majorité des Belges. Les deux hommes finirent toutefois par s’apprécier et l’on vit même Quetelet et Stassart participer à une fête flamande de Gand en octobre 1841, sur une invitation de Willems. Par ailleurs, Stassart fréquenta l’éditeur Joseph-Ernest Buschmann qui fut le premier à publier des romans en flamand à Anvers, dont ceux d’Henri Conscience[2].

Notre académie eut l’honneur de compter ce dernier parmi ses membres. Il fut en effet élu (à l’unanimité des suffrages) correspondant de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques le 6 mai 1867. Il en devint membre le 10 mai 1869. Il participa peu aux travaux de sa Classe. Il conçut toutefois une notice biographique relative à Ferdinand-Augustijn Snellaert  pour l’annuaire de 1873. Il fut également élu membre de la Commission académique pour la publication de monuments de l’ancienne littérature flamande : il s’excusa de son manque d’assiduité par un manque de connaissances en philologie. Pendant une longue période, il cessa même de fréquenter les séances de l’Académie, pour protester contre l’insuffisance de la représentation des lettres flamandes au sein de l’Académie. Conscients d’avoir pour confrère le représentant le plus glorieux de la littérature flamande, les membres de sa Classe le nommèrent directeur pour 1881. Cette même année, lors d’une séance publique, il prononça un discours sur l’histoire et les tendances de la littérature flamande, discours programme où il rêvait d’une future Belgique où les communautés (ou « races ») linguistiques jouiraient de droits égaux en matière d’usage des langues. En attendant, il ne doutait pas du combat incessant du peuple flamand pour revendiquer ses droits sans lassitude aucune[3].

 

[1] Bruxelles, Charles Muquardt / Paris, Augustre Aubry, 1854, 1090 p.

[2] THIELEMANS M.-R., Goswin, baron de Stassart 1780-1854. Politique et Franc-maçonnerie, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2008, p. 599 (Mémoire de la Classe des Lettres, in-8°, 3e série, tome XLV, n° 2050).

[3] DE DECKER P., « Henri Conscience », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1885, p. 354-355.

DE BOCK E., Hendrik Conscience, zijn persoon en werk, Amsterdam, 1912, 96 p.

DE BOCK E., Hendrik Consience en de opkomst van de Vlaamse romantiek, Antwerpen, DE Sikkel /  Amsterdam, EM. Querido, 1920

DE DECKER P., « Henri Conscience », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1885, p. 295-388.

DEGROOTE G., « Hendrik Conscience », in Nationaal Biografisch Woordenboek, Brussel, Koninklijke vlaamse academiën van België, deel 3, 1968, col. 195-210.

DEGROOTE G., DESCHUYTER J., Hendrik Conscience en zijn uitgevers, Leuven, Davidsfonds, 1952, 355 p.

EEKHOUD G., Henri Conscience, Bruxelles, Lebègue, 1881, 132 p.

JACOB A., Briefwisseling van, met en over Hendrik Conscience uit de jaren 1837 tot 1851, Gent, Siffer, 1913-1914, 2 vol. (Koninklijke Vlaamsche Academie voor Taal-en Letterkunde : reek 5: uitgaven der Commissie voor Nieuwere Taal en Letterkund, Gent, vol. 19).

SIMONS L., SOMERS M., VAN RUYSEVELT A., Hendrik Conscience of de Vlaamse 'wedergeboorte', Antwerpen, Kredietbank, 1983, 55 p.

VAN HAGELAND A., Hendrik Conscience en het volksleven, Leuven, Davidsfonds, 1952, 355 p. (Davidsfonds, Keurreeks, 50).

WILLEKENS E., Hendrik Conscience, 1812-1883, Bruxelles, A. Manteau, 1961, 40 p.

SOMERS M., WILLEKENS E. et alii, Hendrik Conscience en zijn tijd [actes du colloque tenu à l’occasion du 100e anniversaire de la mort de Conscience], Antwerpen, Stichting Mercator-Plantijn, 1983, 346 p.

WESTERLINCK A., Wie was Hendrik Conscience ?, Leuven, Acco, 1983, 84 p.

WILLEKENS E., Hij leerde zijn volk lezen. Profiel van Hendrik Conscience, Antwerpen, Esco, 1982, 125 p.

WAUTERS K. , « Hendrik Conscience », in Nieuwe encyclopedie van de Vlaamse Beweging, Tielt, 1998.

 

Henry, dit Henri ou Hendrik Conscience

Il naquit à Anvers, d’un père (Pierre) originaire de Besançon et d’une mère (Cornélie Balieu) issue de la petite bourgeoisie anversoise. De complexion faible, le jeune Henri ne put presque pas utiliser ses jambes jusqu’à l’âge de 7 ans. Il perdit sa mère la même année et vécut alors à Borgherout avec son frère cadet et son père. Il se consacrait à l’histoire naturelle, à la botanique et dévorait des romans populaires. Son père réussit à la faire engager comme aide-instituteur. Il ne devait son instruction qu’à ses seuls efforts et ses seules facultés. Outre le flamand appris avec sa mère, il parlait le français et même un peu l’anglais. Sa réputation lui fit rejoindre l’Institut Delin, sans doute l’un des plus réputés de l’époque.

Il avait 18 ans quand éclata la Révolution belge. Avec la fougue de sa jeunesse, il rejoignit les rangs des troupes révolutionnaires. Une vie de régiment s’ouvra alors à lui mais, dès 1834, il fréquentait des cafés où de jeunes artistes adeptes du romantisme se rencontraient. Peu de temps après, il composa ses premiers vers sous le titre de : Les premiers soupirs d’un poète incompris, texte bien imparfait en français mais qui lui ouvrait les portes du panthéon littéraire. Vers la fin de 1835, il conçut son premier poème en flamand : Antwerpen in 1831, bien qu’il ne maitrisait pas encore parfaitement ce qu’il appelait : « sa langue maternelle ». Il quitta l’armée en mai 1836 et rejoignit son Anvers natal dont il avait toujours eu la nostalgie. Commença alors une vie matérielle difficile due à son désœuvrement. Il se consola toutefois en fréquentant une chambre de rhétorique nommée De Olijftak et en rédigeant son premier livre en flamand. Celui-ci avait pour titre : Het Wonderjaer. Son cadre chronologique le situait durant la Révolte des Gueux du XVIe siècle et était inspiré par une traduction néerlandaise de Guicciardini. Conscience conta ce premier roman en public et le succès fut immédiat, au point qu’on le pressa de toute part pour le publier. Il serait trop long de décrire ici tous les livres (plusieurs dizaines…) publiés par Conscience tant son œuvre fut prolifique. Mentionnons toutefois : De Leeuw van Vlaanderen of de slag der Gulden Sporen (1838), roman épique décrivant la lutte des Flamands contre le Roi de France, la fameuse Bataille des éperons d’or. C’est ce genre de récits historiques qui lui apporta une grande réputation mais il a également écrit des romans et récits régionalistes d’inspiration romantique. Sa carrière littéraire lui rapporta peu dans un premier temps. En effet, ses droits d’auteur ne lui permettaient pas de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Aussi, il se vit contraint d’accepter plusieurs postes de fonctionnaire modestes. Il lui fallut attendre 1868 pour atteindre enfin l’aisance matérielle : on lui attribua en effet un poste de Conservateur des Musées royaux de Peinture et de Sculpture avec résidence au Musée Wiertz, charge qu’il remplit jusqu’à son dernier soupir. Avant cela, ses romans lui permirent d’accéder à une grande notoriété tant en Belgique qu’à l’étranger (Allemagne, Hollande, France) et de faire la connaissance d’Alexandre Dumas père, Victor Hugo, etc. Dès les années 40, il fut également aux avants postes du flamingantisme tant via ses publications que par diverses actions comme le lancement d’un journal au titre évocateur de Vlaemsch België (1843) ou encore en étant l’orateur officiel du Vlaemsch Taalverbond en 1844, etc. Sa santé se détériora durant la dernière décennie de sa vie et, conséquemment sans doute ; la qualité de son œuvre. Le Poète était sans doute mort avant l’homme et ce dernier passa quant à lui de vie à trépas au sein du Musée Wiertz.

Lettre

Support : une feuille de papier

Hauteur : 272 mm
Largeur : 426 mm

Cote : 19345/463

Buste

Buste en hermès, marbre.

Hauteur : 655 mm

Largeur : 390 mm

Profondeur : 300 mm

Sculpteur : Louis Dupuis. Anvers, 1898

(VAN LENNEP J., Les bustes de l'Académie royale de Belgique. Catalogue raisonné, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1993, p. 286, 287. (Mémoires de la Classe des Beaux-Arts, Coll. in-8°, 3e s., t.6).