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Lettre à Paul Henri Spaak, 26 mars 1969

Comité d’action                                                                                                       83, Avenue Foch. Paris XVIe

Pour les

États-Unis d’Europe

Tél. : 727 – 52-36   

          553 – 24-64                                                                                                                          le 26 mars 1969

 

 

Mon cher Ami,

 

                Merci de m’avoir fait envoyer le premier tome des « Combats inachevés ». J’ai été très sensible à votre dédicace et j’ai lu votre livre avec grand plaisir.

                Je vous prie de croire, mon cher Mai, à mes sentiments bien cordialement dévoués.

Vôtre Fidèlement.

Jean Monnet,

 

Jean Monnet

 

Monsieur Paul-Henri Spaak

347, Avenue Louis

Bruxelles

Belgique

Tous deux Pères fondateurs de l’Europe, les chemins de Jean Monnet et de Paul Henri Spaak se sont bien entendu croisés à de multiples reprises. La première rencontre eut lieu à Washington en 1941. Spaak en parle en ces termes dans le tome 2 de ces Combats inachevés : « Nous parlâmes de l’après-guerre, de la façon dont il faudrait assurer la paix et l’avenir de l’Europe. Il m’exposa la philosophie et les grandes lignes de ce qui devrait être un jour le plan Schuman »1. Monnet put compter sur l’aide Paul-Henri Spaak sur le difficile chemin de la construction européenne, notamment pour le projet avorté de la Communauté européenne de la défense (1954) ou encore la relance du projet européen en 19552. Les personnalités respectives des deux hommes n’en étaient pas moins fort différentes. « L’inspirateur » était souvent agacé par le pragmatisme assumé de Spaak, résultat de sa déjà longue carrière politique. Un temps collaborateur de l’ancien Secrétaire général de l’OTAN, Étienne Davignon l’explique en ces termes : « Sur l’objectif final, ils étaient bien évidemment d’accord. Mais entre eux il y avait tout ce qui peut séparer l’homme politique engagé dans l’action et celui qui voit les choses de l’extérieur, de plus loin. Monnet tenait peu compte des contingences. Spaak, au contraire, voyait les obstacles. D’où des frictions. En tout cas, il n’y avait pas de relations affectives personnelles, ce qui n’empêchait pas le respect mutuel. Spaak, en fait, était parfois agacé par Monnet : ‘Il m’a de nouveau expliqué que l’Europe était une bonne idée !’ disait-il parfois en plaisantant »3.

Le document ci-dessus porte l’adresse du Comité d’action pour les États-Unis d’Europe, création de Jean Monnet en octobre 1955. Comme son nom l’indique, cette association avait pour but la création des « États-Unis d’Europe ». Les membres de ce comité étaient choisis par Jean Monnet lui-même et comprenait des hommes politiques et des syndicalistes belges, français, allemands, italiens, néerlandais et luxembourgeois de premier plan, tous unis par la pensée de Jean Monnet. Tout le spectre politique était représenté, à l’exception de l’extrême gauche et des marxistes. Ce comité était dirigé d’une main de fer par Monnet lui-même qui décidait des réunions et de l’ordre du jour de celles-ci. Cette organisation s’appuyant sur le rayonnement international de Jean Monnet menait un travail de lobbying au sein des capitales européennes mais aussi à Washington. Ses avis y étaient étudiés avec attention, de l’aveu même d’un certain henry Kissinger4. Ce comité fut dissous en 1975.

1 SPAAK P.-H. , Combats inachevés, Tome 2 : De l’espoir aux déceptions, p. 38. ROUSSEL E., Jean Monet, Paris, Fayard, 1996, p. 379.

2 ROUSSEL E., Jean Monet, Paris, Fayard, 1996, p. 673, 685-689.

3 Ibidem , p. 804.

4 Ibidem, p. 695, 696.  Nous n’avons malheureusement pas été en mesure de consulter les ouvrages de Pascal Fontaine intitulé : Le Comité d'action pour les Etats-Unis d'Europe de Jean Monnet (Lausanne :Centre de recherches européennes, 1974)., ni celui édité par Andreas Wilkens :Interessen verbinden : Jean Monnet und die europaeische Integration der Bundesrepublik Deutschland (Bonn, 1999).

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Jean Monnet

Né à Cognac le 9 novembre 1888, décédé à Houjarray le 16 mars 1979.

Jean Monnet naquit dans un milieu aisé. En effet, son père Jean-Gabriel faisait commerce de cognac. Le jeune Jean Monnet fut un élève médiocre. Il renonça même à passer la deuxième partie du baccalauréat. Il fut bien vite attiré par le monde des affaires et demanda à son père de pouvoir voyager pour apprendre l’anglais et le sens des affaires. Quand le premier conflit mondial survint, il fit partie des comités alliés chargés du ravitaillement. Après deux ans il devint délégué du ministre du ravitaillement. Lors des deux dernières années de la guerre, il participa à la création du Conseil allié des transports maritimes. C’est à ce moment qu’il devint conscient de la nécessité d’une entente entre les nations européennes après le conflit. Il rejoignit la Société des Nations en tant que secrétaire adjoint. Il s’occupa du programme financier conçu pour le redressement de l’Autriche. Il quitta la SDN en 1923 et fonda la Bank of America ave Giannini. Plusieurs pays firent appel à ses talents de banquier : il participa à la réorganisation des chemins de fer chinois et au développement de certains pays comme la Pologne, etc.  En 1938, Édouard Daladier le chargea d’acheter des avions de guerre aux États-Unis pour la défense de la France. L’année suivante, il devint président de la commission franco-britannique d’approvisionnement. Il était persuadé de la nécessité de continuer la guerre. Dès 1940, il travailla à l’entrée en guerre des États-Unis et contribua à la mise en place du Victory program l’année suivante. Lors du débarquement en Afrique du Nord, il fut chargé par le président Roosevelt de faire travailler ensemble le Général de Gaule et Giraud, ce qu’il ne parvint à faire que très partiellement. Après la Libération, il se préoccupa de la reconstruction de la France, notamment en devenant commissaire général au Plan de 1947 à 1952. Il rédigea la fameuse déclaration faite par Robert Schuman le 3 mai 1950 et mieux connue sous le nom de Plan Schuman. Celui-ci proposait la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier, première des institutions supranationales européennes. Il devint deux ans plus tard le premier président de cette CECA, poste qu’il occupa jusqu’en 1955. Il n’eut de cesse d’y promouvoir l’accélération de l’unification européenne et la nécessité d’un pouvoir supranational. En 1955, il fit publier : Les États-Unis d’Europe ont commencé, ouvrage reprenant ses discours et allocutions conçus entre 1952 et 194. Après sa présidence, il fonda le Comité d’action pour les États-Unis d’Europe (cf. analyse). Il prit sa retraite en 1975 et s’attela à la rédaction de ses mémoires. Il rendit son dernier souffle quatre ans plus tard. Ses cendres furent déposées au Panthéon.

 

Support : une feuille de papier

 

Hauteur : 210 mm

Largeur : 135 mm

 

Cote : ARB Archives Spaak - caisse 43 - farde 500