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Lettre à Paul Pelseneer, circa juillet 1920

Sciences et arts -
Wetenschappen en kunsten
Cabinet du ministre
Kabinet van den Minister

                                                                                                                                                                                                                                                                Académie royale de Belgique
                                                                                                                                                                                                                                                                              [illisible] juillet 1920

 

                                                                                                                          Monsieur le Secrétaire perpétuel,


J’ai bien reçu votre lettre du premier juillet. J’ai été très touché de la marque de sympathique estime que l’Académie a bien voulu me donner et je vous prie de présenter mes vifs remerciements aux membres de votre compagnie. Mais permettez-moi de décliner cet honneur , car il ne m’est vraiment pas possible de soumettre, moi-même, ma nomination à l’approbation de S.M. le Roi.
Je me charge par contre très volontiers de présenter au souverain la nomination de Joseph Jongen.
Agréez monsieur le Secrétaire perpétuel l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

Jules Destrée

Jules Destrée fut élu membre de la Classe des Beaux-Arts (section Sciences et Lettres dans leurs rapports avec les Beaux-Arts) le 1er juillet 1920. Comme on peut le voir ci-dessus, Jules Destrée déclina cette offre pour des raisons d’ordre déontologique : il aurait été effectivement curieux pour Destrée de contresigner un document le concernant. La Classe des Beaux-Arts décida de laisser la question en suspens mais n’abandonna pas pour autant l’idée de compter Destrée parmi ses membres. On peut lire en effet dans une des versions du procès-verbal de la séance du 5 août 1920 cet ajout manuscrit : « La Classe décide d’attendre que les circonstances permettent l’approbation de cette élection »1. En novembre 1921, la Classe des Beaux-Arts profita donc de la chute du gouvernement dont faisait partie Destrée en tant que ministre des Sciences et des Arts. Dès le 4 de ce mois, Destrée fut informé que le ministre intérimaire des Sciences et des Arts serait sollicité pour présenter son élection à l’approbation royale. Quatre jours plus tard, le ministre fut contacté à cet effet. Le 13 décembre 1921 enfin, ce dernier communiqua l’arrêté royal du 1er décembre approuvant l’élection de Destrée à l’Académie2.
Au contraire des académiciens dont nous avons parlé dernièrement, Destrée fréquenta notre Compagnie régulièrement et prit même sa défense face à certaines injonctions du pouvoir politique3. Il en devint également Président et Directeur de sa Classe en 1932.

1 Archives de l’Académie royale de Belgique, 12525.
2 Ibidem, 14578.
3 DELVILLE J., « Notice du Jules Destrée. Membre de l’Académie », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1937, p. 105, 143-145.

Cent cinquante ans de vie artistique : documents et témoignages d'académiciens membres de la Classe des Beaux-Arts présentés à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de l'Indépendance de la Belgique : exposition organisée par la Classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, Palais des Académies, 1980, p. 288.

DELVILLE J., « Notice sur Jules Destrée », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, 1937, p. 101-154.

DUMONT G.-H., « Destrée, Jules », in Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1999, vol. 5, p. 117-123

Jules Destrée, le multiple
, Bruxelles : Académie royale de langue et littérature françaises, 1995, 302 p. (Collections de publications de l’Académie royale de langue et littérature françaises, 1).

PAULUS DE CHATELET P., « Hommage à Jules Destrée », in Bulletin de la Classe des Beaux-Arts, 5e s., t. 39, 1957, p. 124-129.

VAN NUFFEL R., « Jules Destrée », in Alphabet illustré de l’Académie, Bruxelles, Académie royale de langue et littérature françaises, 1995, p. 92-93 (Collections de publications de l’Académie royale de langue et de littérature françaises).

Jules Olivier Charles Auguste Jean Joseph Destrée

Né à Marcinelle le 21 août 1863, décédé à Bruxelles le 3 janvier 1936. Jules Destrée naquit dans une famille bourgeoise du Hainaut1. Ingénieur de formation, son père était professeur de mathématiques et de sciences au collège communal de Charleroi, après un passage à la Société anonyme de Couillet et de Marcinelle en tant que chimiste. C’est dans cet établissement scolaire que Jules fit ses études avant de rejoindre plus tard la Faculté de Droit de l’Université de Louvain. Politiquement, il était alors libéral de tendance progressiste. Parallèlement, il devint chroniqueur littéraire pour le Journal de Charleroi. Dans ses articles, Jules Destrée vouait une admiration sans borne pour Emile Zola et le naturalisme. Du reste, il se voua dans les années suivantes à sa vocation littéraire en publiant ses Lettres à Jeanne (1886), Transpositions (1889), Quelques histoires de Miséricorde (1902), etc. Il s’intéressait également à l’histoire de l’art : son apport à l’interprétation de la création artistique en Wallonie (mais pas uniquement) fut remarquable avec, par exemple, la publication peu avant la guerre de La Wallonie, terre d’art ou encore Le maître dit de Flemalle (1930).
Docteur en droit en juillet 1882, il effectua son stage d’avocat chez Edmond Picard. Inscrit au barreau de Charleroi en 1886, il était effrayé par la misère du monde ouvrier et prit notamment la défense de travailleurs poursuivis par la justice. Au début des années 90, il se montrait très critique envers la politique du parti libéral. Son ami Paul Pastur le convainquit de rejoindre la Fédération Démocratique de Charleroi (1893). Maintenant membre du Parti ouvrier de Belgique (POB), il se présenta aux élections du 14 octobre 1894 (les premières au suffrage plural masculin) et devint député. Son mandat fut consacré à la défense du monde ouvrier, en intervenant notamment sur l’inspection des mines, les règlements d’atelier, les salaires, la réduction du temps de travail, etc. En octobre 1903, il devint premier échevin de Marcinelle avec l’instruction publique dans ses attributions. Il créa une université populaire mais celle-ci lui valut bien des déconvenues. Durant les années suivantes, sa réflexion porta sur le thème de la dualité entre Wallons et Flamands. De cette réflexion résulta la fameuse Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre parue dans La revue de Belgique du 15 août 1912. Souvent interprétée fallacieusement, cette lettre insistait sur la méconnaissance des aspirations wallonnes par les autorités et prônait implicitement le fédéralisme. Le mouvement wallon se trouvait ainsi un chef et, le 20 octobre 1912, une première assemblée wallonne s’assemblait à Charleroi. Elle comprenait des personnalités des différents partis politiques et se voulait de fait une sorte de Parlement. En 1913, il participa à la campagne du POB en faveur du suffrage universel (masculin) et défendit la thèse d’une grève générale dans tout le pays. Celle-ci eut lieu mais s’englua quelque peu. Apprenant que le Premier ministre comptait procéder à une révision constitutionnelle instaurant le suffrage universel après les élections de 1914, Jules Destrée fit tout pour convaincre le Congrès socialiste de mettre fin à la grève. Le déclenchement de la guerre mit provisoirement un terme à toutes ces questions d’ordre intérieur. Jules Destrée rejoignit Londres. Il se rendit ensuite en Italie pour contrer la propagande allemande et y rencontra Benito Mussolini qui lui fit grande impression. Après la Révolution d’octobre, le gouvernement belge du Havre le nomma ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg puis ambassadeur à Pékin. Après la guerre, Destrée revint en Belgique et s’inscrivit au barreau de Bruxelles.
Les élections législatives du 16 novembre 1919 mirent fin à la majorité absolue du parti catholique. Les libéraux ayant également vu leurs rangs diminuer, il fallut inclure plus de socialistes (passés de quarante à septante sièges à la Chambre) au gouvernement. Jules Destrée fut donc nommé ministre des Sciences et des Arts le 2 décembre 1919. Les circonstances lui commandèrent de s’occuper beaucoup de la question scolaire. Le niveau de l’enseignement primaire lui semblait nettement insuffisant : il le réforma en instaurant des méthodes pédagogiques plus performantes. Il augmenta également le traitement des enseignants même s’il dut faire face à une vague de grèves instiguées par les syndicats de ces derniers. Jules Destrée tint tête à ce mouvement et en eut raison. Le gouvernement Delacroix II chuta en novembre 1920 suite à l’affaire du transit d’armes de la France vers Varsovie. Le gouvernement suivant reprit les mêmes socialistes et Jules Destrée récupéra le département des Arts et des Sciences. Pour ce qui est de l’enseignement, ce dernier se prononça pour le libre choix de l’école par les parents : l’État ne pouvait qu’admettre l’enseignement libre vu l’insuffisance numérique de l’enseignement officiel. Il réorganisa les bibliothèques publiques et finança l’achat de nombreux livres et revues. Il créa également l’Académie royale de Langue et de littérature françaises. Il décida aussi d’un répertoire des artistes belges en août 1921 et s’assura de la reconstitution complète de chefs-d’œuvre de la peinture. Enfin, pour ce qui est de la musique, il créa en juin 1921 un comité de l’Art musical chargé de subsidier des compositeurs belges. Son activité fébrile fut stoppée par la chute de son gouvernement suite à la participation de son collègue des Travaux publics à une manifestation pacifiste des Jeunes Gardes socialistes.
Arès son mandat de ministre, il rentra dans les rangs de l’opposition et se montra comme souvent peu soucieux de la discipline de parti. Après 1925, il ne rejoignit pas l’éphémère gouvernement Poullet - Vandervelde auquel participèrent cinq socialistes. Il ne fut plus jamais ministre. Durant cette période, il se consacra principalement aux relations culturelles internationales et à la Société des Nations. Il devint membre de la Commission internationale de Coopération intellectuelle (CICI) où il se distingua par son infatigable activité. Dès 1935 toutefois, sa santé déclinante lui enjoignit de ralentir le rythme de ses travaux au sein de la CICI, mais aussi à la Chambre des représentants.

1 Pour cette notice, nous nous sommes principalement inspiré de la notice biographique conçue par Georges-Henri Dumont (cf. orientation bibliographique).

Support : une feuille de papier

Hauteur : 274 mm
Largeur : 430 mm

Cote : 14578