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Lettre à Thomas Sauvage, 4 octobre 1827

                                                                                                                                                                                                                                                                                        Paris le 4 octobre 1827.

 

En réfléchissant aux ouvrages que vous êtes dans l’intention de monter, j’ai cru voir que d’ici au mois de janvier, je ne vous serai d’aucune utilité, et, une fois cette époque venue, je crois encore ne pas me tromper en jugeant qu’il ne sera plus de votre intérêt de me confier des rôles, puisque je quitte votre [ ? adresse ? ] pour celle de Bruxelles à partir du 20 avril.

Si donc il pouvait vous convenir de faire sur mes appointements une économie de 1520 francs, l’affaire s’arrangerait, et voici comment :
Une de nos villes de province a besoin d’un jeune premier, le hasard m’en a fait connaître les offres ; mais le maximum des appointements qu’on y donne à mon emploi, est de 300 francs par mois, ce qui représente une différence mensuelle de 99 francs et 95 centimes avec mon engagement à l’Odéon. De plus un déplacement précipité et un voyage de 80 lieues.

Cependant, si vous consentiez à me rendre libre le 20 courant, et me faire compter un mois de plus, je donnerai suite aux ouvertures qu’on m’a faites, avec la condition naturelle que si elle n’avait pas un résultat heureux, nous en resterions à nos premiers engagements , solution, qui du reste nous serait connue avant le 10 courant

Veuillez me transmettre avant demain votre décision afin que je fasse réponse ; vous obligerez infiniment, Monsieur,

 

Votre très humble
Serviteur
Alexandre Jenneval

 

S’il vous était agréable de causer ensemble de ma proposition, je suis tout à vos ordres.

[Adresse]


 

Monsieur
Sauvage,
Directeur du théâtre royal
de l’Odéon

On ne connait que les faits les plus importants de la vie de Jenneval avant les évènements révolutionnaires belges de 1830. Il est fort probable toutefois que le directeur du Théâtre royal de l’Odéon rendit sa liberté à l’acteur et que la ville de province évoquée par ce dernier est Lille. Au milieu de l’automne 1827 en effet, il accepta un engagement au théâtre de cette ville pour la fin de la saison. Le document ci-dessus confirme son transfert à Bruxelles pour le 20 avril 1828 très précisément, ce qu’aucune étude sur Jenneval ne mentionne. On sait par contre que sa première prestation sur la scène de la Monnaie eut lieu 9 jours plus tard : il y jouait en effet le rôle de Victor dans Les comédiens, de Casimir Delavigne1.

1 VANDERSYPEN C., Les chasseurs-chasteler et la Brabançonne 1830-1880. Épisodes historiques sur l'ancien corps Franc des chasseurs volontaires bourgeois de Bruxelles et biographies des auteurs du chant national de la Belgique Jenneval et Campenhout, Bruxelles, Bruylant-Christophe & Cie, 1880 p. 42.

BAILLY A., Un héros français de l'indépendance belge Jenneval, s. l.], 1930, 5 p. (extrait des Lectures pour Tous, août 1930).

BLÉMONT H., « Jenneval (Louis-Alexandre-Hippolyte Dechez dit) », in PREVOST M., ROMAN D’AMAT, TRIBOUT DE MOREMBERT H., LOBIES J.P. (dir.), Dictionnaire de Biographie française, Paris-VI, Librairie Letouzey et Ané, 1994, t. XVIII, col. 651.

Bruxelles, 175 ans d'une capitale, Liège, Mardaga, 2005, p. 115.

« Dechez (Louis-Alexandre-Hippolyte », in Biographie universelle ou dictionnaire de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents (…), Bruxelles, H. Ode, 1844, t. 6, p. 71.

« Dechez (Louis-Alexandre-Hippolyte », in Dictionnaire universel et classique d’histoire et de géographie (…) sur le plan du dictionnaire de Bouillet, Bruxelles, F. Parent, 1853, t. 1, col. 1166.

MARTENS F., « La Belgique en chantant. Prolégomènes musicologues et psychanalytiques à une anthropologie clinique de La Brabançonne et autres chants nationaux et/ou patriotiques belges », in PICKELS A., SOJCHER J., DE DECKER J. et al., Belgique toujours grande et belle, Bruxelles, Complexe, 1998, p. 19-40 (Revue de l’Université de Bruxelles, 1998, 1-2, numéro spécial).

MAUGENDRE X., L’Europe des Hymnes dans leur contexte historique et musical, Sprimont, Éditions Mardaga, 1996, p. 54.

Le patrimoine monumental de la Belgique. Bruxelles. Volume 1. Tome B. Pentagone E-M., Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, Bestuur Monumenten en Landschappen, Ministère de la Communauté Française, Ministère de la region wallonne et Ministere de la région de Bruxelles Capitale, Liège, Pierre Mardaga, 1993, p. 447.

TRANQUILLIN PIÉROBERT, Notice biographique concernant Jenneval, Marseille, imp. Camoin, 1874, 8 p. (Extr. du Petit Figaro Marseillais, 13 décembre 1874)

VANDER MEERSCH A., « Déchez (Louis-Alexandre-Hippolyte) », in Biographie nationale, Bruxelles, H. Thiry, t. 4, 1873, col. 867, 868.

VANDERSYPEN C., Les chasseurs-chasteler et la Brabançonne 1830-1880. Épisodes historiques sur l'ancien corps Franc des chasseurs volontaires bourgeois de Bruxelles et biographies des auteurs du chant national de la Belgique Jenneval et Campenhout, Bruxelles, Bruylant-Christophe & Cie, 1880 p. 38-98

Hyppolite Louis Alexandre Dechet ou Déchez dit Jenneval

Né à Lyon le 9 pluviôse an IX (29 janvier 1801), décédé à Lierre le 19 octobre 1830. Son père (Guillaume Dechet dit Lechef) avait embrassé la carrière des armes avant de devenir négociant : il exerçait sa profession rue du Peyrat à Lyon. Il manifesta bien vite de grandes aptitudes intellectuelles. Il aurait suivi des études avec distinction au collège Henri IV de Paris. Ses parents le destinaient au barreau mais le projet fut abandonné quand un riche banquier de Paris le prit sous sa protection. La mort subite de ce dernier lui empêcha toute promotion dans le monde des banques. Il décida donc, à l’insu de ses parents, d’embrasser la carrière dramatique et prit le nom de Jenneval. Il fit ses premières armes sur la scène du théâtre d’Ajaccio en 1824. La même année, il joua à Marseille et y rencontra un vif succès. Malheureusement, il dut composer avec une santé défaillante durant les deux années qui suivirent. Toutefois, durant cet intervalle, il figurait sur la liste des acteurs du Théâtre de l’Odéon à Paris. Le 27 mai 1826, il joua même le rôle de Charles dans le Tyran domestique, et, le 1er juin, celui de Dorsay dans les Deux ménages. Les forces lui revinrent vers le milieu de l’année 1827 et, durant l’automne, il accepta un engagement au théâtre de Lille pour la fin de la saison. Il rejoignit le théâtre de la Monnaie de Bruxelles en avril 1828 (cf. analyse). Il y connut un grand succès auprès du public. Il joua bien des rôles mais celui de Néron dans Une fête de Néron (une tragédie de Soumet et Belmontet) fut son véritable triomphe. Fin janvier 1830 toutefois, il rejoignit Paris pour débuter à la Comédie française où il fit forte impression : on songeait donc à lui pour la saison suivante. La révolution de Paris en juillet 1830 et celle de Bruxelles en août en décidèrent autrement.

Le 27 août, l’acteur et plusieurs de ses collègues s’inscrivirent à la garde bourgeoise de Bruxelles. Jenneval eut alors l’idée de composer quelques couplets résumant les griefs des Belges pour la réouverture de la Monnaie prévue le 12 septembre. Une première version fut conçue sur l’air des Lanciers polonais, du nom d’une chanson à succès de l’époque écrite par le poète français Eugène de Pradel qui lui-même avait emprunté, pour les Lanciers polonais, l’air du Magistrat irréprochable extrait du recueil La clef du caveau. Quelques jours plus tard, c’est François Van Campenhout qui mit la Brabançonne en musique. Le texte de Jenneval évoluera en fonction de l’actualité. Les première et deuxième versions étaient encore porteuses de l’espoir d’un revirement royal. Une troisième version, conçue après les journées de septembre (sans doute le 27 ou le 28), entérinait la rupture avec la Maison d’Orange. En voici un extrait :

« Qui l'aurait cru…de l'arbitraire,
Consacrant les affreux projets,
Sur nous de l'airain militaire,
Un Prince a lancé les boulets
C'en est fait ! Oui Belges tout change
Avec Nassau plus d'indigne traité
La mitraille a brisé l'Orange
Sur l'arbre de la Liberté ».

Quand les troupes hollandaises quittèrent Bruxelles, Jenneval rejoignit la Réunion centrale, du nom de cette association patriotique au sein de laquelle furent créés les premiers corps francs chargés de combattre. Le 10 octobre, l’acteur monta une dernière fois sur la scène de la Monnaie et joua le rôle d’André dans le drame en cinq actes de Fenouillot de Falbaire intitulé l’Honnête criminel. Il y fut très chaleureusement accueilli. Quelques jours plus tard, il fut convié à rejoindre les troupes belges entre Louvain et Aarschot. Le 19 octobre, il participa aux combats de Lierre. Lorsque l’ennemi hollandais se retira, il fut poursuivi, notamment par Jenneval. Toutefois, deux pièces de canons protégeaient la retraite : sans doute trop à découvert, Jenneval fut mortellement touché par un boulet. Son corps ainsi que celui du général Niellon furent déplacés à Bruxelles et exposés au Palais du prince d’Orange (actuel Palais des Académies). Le 24 octobre, leurs corps furent inhumés à la place Saint-Michel (actuelle place des Martyrs). Un buste fut placé sur la tombe de Jenneval en 1833 et, en 1897, la ville de Bruxelles lui consacra un monument à part entière. Conçu par Émile Anciaux, il se compose d’une stèle avec deux bas-reliefs d’Alferd Crick.

Support : une feuille de papier

Hauteur : 243 mm
Largeur : 366 mm

Cote : 19346/2265