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Lettre au baron Goswin de Stassart, 10 mars 1849

Hôtel des Invalides le 10 mars 1849.              
Monsieur le Baron !

Je ne saurais trop vous remercier de l’aimable empressement que vous avez bien voulu mettre à porter à la connaissance de S.M. le Roi des Belges tout l’intérêt que je prends au sort de Monsieur le général Mellinet : je vous prie, Monsieur le Baron, d’offrir au Roi l’expression de ma reconnaissance pour l’espoir qu’il me donne de faire bientôt finir la prison de ce vieux soldat que j’ai toujours connu aussi brave sur le champ de bataille que loyal dans ses actions ; je serai heureux de le voir à la fin de sa vie jouir d’un peu de repos, et de le devoir à la protection de Sa Majesté le Roi Léopold.

Veuillez agréer, Monsieur le Baron, l’expression des sentiments affectueux et de considération avec lesquels je suis

Votre bien affectionné
Jérôme

A Monsieur le Baron de Stassart &c. &c. &c.

[Enveloppe]
Royaume de Belgique Le général Gouverneur des Invalides

A Monsieur

Monsieur le Baron de Stassart

15 rue Montoyer à Bruxelles
Quartier Léopold

[Cachet en haut à gauche]
Bruxelles 11 mars
[Cachet en dessous de « Royaume de Belgique »]
Paris 10 Mars 49

Des amitiés durables peuvent se nouer face au feu et aux assauts de l’ennemi. Jérôme Bonaparte mentionne ici la bravoure de Mellinet sur le champ de bataille. Il parlait en connaissance de cause : les deux hommes participèrent en effet à la bataille de Waterloo et, selon un témoin, Mellinet offrit son cheval au frère cadet de l’empereur durant la déroute en criant « Sauvez-vous, mon prince »1. Il est possible que les deux hommes aient entretenu une correspondance par la suite : un indicateur de la police indiqua dans un rapport du 4 novembre 1836 que Mellinet prétendait avoir correspondu avec Joseph et Jérôme Bonaparte lorsque ceux-ci avaient manifesté l’envie de résider sur le sol belge en 18342. Cela est possible mais nous n’en avons trouvé trace. Quoiqu’il en soit, l’emprisonnement du général belge ne pouvait laisser Jérôme indifférent comme l’indique clairement la missive nous intéressant ici. Selon une minute datée du même jour, Stassart demanda une audience au roi Léopold pour lui mettre sous les yeux la lettre de l’ancien roi de Westphalie3. Selon un courrier de Mellinet au général Gourgaud daté du 29 juillet 1849, le souverain du jeune État belge promit la relaxe du général belge au gouverneur des Invalides4. Il fut effectivement gracié le 16 décembre 18495.

1 LECONTE L., Le général A.F. Mellinet et sa brigade « la victorieuse ». Les origines du 3ème chasseur à pied, Bruxelles, Éditions de « La Fourragère », 1e partie, p. 22.
2 Ibidem, p. 329.
3 Archives de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, n° 19345/229
4 « Sa Majesté Léopold a formellement promis, en réponse à la manifestation du prince Jérôme, Gouverneur des Invalides, aujourd’hui, manifestation pressante en ma faveur, que je serais bientôt mis en liberté, que c’était chose résolue ! … Je suis encore sous les verrous et cela depuis un an », in LECONTE L., Le général A.F. Mellinet (…), op. cit., p. 358.
5 Ibidem, p.359.

BOUDON J.-O., Le roi Jérôme : frère prodigue de Napoléon, 1784-1860, Paris Fayard, 2008, 747 p.

FABRE M.-A., Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, Paris, Hachette, 1952, 242 p.

MARTINET A., Jérôme Napoléon,  Paris, P. Ollendorff, 1902, XXI-285 p.

MELCHIOR-BONNET B., « Jérôme Bonaparte », in TULARD J. (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1999, vol. 2, p. 79-81.

MELCHIOR-BONNET B., Jérôme Bonaparte ou l'envers de l'épopée,  Paris, Perrin, 1979, 404 p. (coll. Présence de l’histoire).

Mémoires et correspondance du roi Jérôme et de la reine Catherine, Paris, Dentu, 1861-1866, 7 vol.

Jérôme Bonaparte

Né à Ajaccio le 15 novembre 1784 ; décédé au château de Villegenis (Seine-etOise, France) le 24 juin 1860. Il était le dernier enfant de Charles et Letizia Bonaparte1. Il passa les premières années de sa vie en Corse et perdit son père dès l’âge de quinze mois. Il fut emmené sur le continent en 1793 quand sa famille dut fuir l’Île de Beauté. À Toulon comme à Marseille, sa mère, accablée par les difficultés matérielles, ne s’occupa guère de son éducation : le jeune homme faisait souvent de l’école buissonnière son quotidien. Napoléon, inquiet du retard de son jeune frère, l’envoya alors à l’établissement Mac Dermott près de Paris puis chez les Oratoriens de Juilly. Aux deux endroits, Jérôme montra peu de goût pour l’effort intellectuel et préférait s’amuser. Après le 18 Brumaire, il fut installé aux Tuileries. Le Premier Consul décida alors qu’il ferait carrière dans la marine. Jérôme effectua donc des croisières en Méditerranée et en Atlantique. En 1803, il visita les États-Unis et épousa à Baltimore la fille d’un riche négociant, Elizabeth Patterson. Pris de colère à l’annonce de cette initiative, Napoléon ordonna à son frère de renter en France sans Elizabeth. Jérôme traversa néanmoins l’Atlantique avec sa femme alors enceinte. Ils accostèrent à Lisbonne et Jérôme laissa sa femme poursuivre sa route jusqu’à Amsterdam. Il avait reçu l’ordre de rejoindre son frère (devenu empereur entre-temps) à Alexandrie en Italie. Après dix jours, son aîné réussit à le convaincre de reconnaître la nullité de son union. Plus tard, l’officialité de Paris annula le mariage pour cause d’absence d’autorisation maternelle et de clandestinité. Jérôme rejoignit alors les rangs de la marine et récolta ensuite les honneurs. Il reçut en effet le titre de Prince français (avec rente d’un million) et fut également promu contre-amiral puis décoré du grand-aigle de la Légion d’honneur. Il apprit également qu’il allait épouser la princesse Catherine de Wurtemberg dont le père avait été nommé roi par Napoléon. Après avoir combattu en Silésie contre la Prusse, Jérôme vit célébrée son union avec la princesse Catherine le 22 août 1807.

Entre-temps, Napoléon avait nommé son frère roi de Westphalie. Ce royaume de Westphalie était alors composé de territoires pris à la Prusse et ses alliés et avait Cassel pour capitale. Jérôme allait gouverner avec l’aide d’un secrétaire d’État et de quatre ministres. En outre, une assemblée législative était élue par des collèges électoraux. Conscient de l’inexpérience de son jeune frère, Napoléon l’entoura d’hommes d’expérience. Bien entendu, le roi de Westphalie devait une obéissance totale à son frère. Malgré les réprimandes de l’empereur, le nouveau souverain et son épouse se remarquèrent par leur train de vie dispendieux. Napoléon fit néanmoins passer diverses directives positives pour ce royaume comme l’abolition du servage, une meilleure répartition de l’impôt, l’instauration du système métrique ou encore une réorganisation de l’administration. L’empereur voulait faire de ce pays une vitrine du régime napoléonien pour les territoires germaniques. Il désirait également voir son frère constituer une armée mais celui-ci faisait toujours passer les plaisirs avant le travail malgré les nombreuses colères de Napoléon. Les coups de sang impériaux étaient du reste justifiés : en 1809, le royaume de Westphalie fut l’objet de plusieurs attaques de la part de la Prusse et de l’Autriche et même d’un oncle de Catherine. À chaque fois, Jérôme se distingua par son incompétence et les lettres de blâme de l’empereur à son égard furent sans doute les plus dures que ce dernier ait écrites à l’un de ses proches. Le roi assista malgré tout au mariage impérial en avril 1810 et il apprit avec joie que l’empereur agrandissait son royaume d’une partie du Hanovre. Les problèmes financiers de son territoire devenaient chaque année plus difficiles à résoudre et cela d’autant plus que le couple royal se signalait toujours par des dépenses de prestige à l’intérêt discutable et inutiles aux yeux de l’empereur qui eut préféré voir ces fonds alloués à l’entretien des forteresses. Difficultés supplémentaires, les Westphaliens aspiraient de plus en plus à se libérer du joug français et le maréchal Davout, commandant en chef des armées d’Allemagne, ne ménageait guère le jeune souverain.
Quoique bien conscient des piètres talents militaires de son frère, Napoléon lui confia le commandement de l’aile droite de la Grande Armée en Russie. Après l’offensive de Davout, Jérôme s’avança si lentement vers l’ennemi que celui-ci eut le temps de se replier. Plus grave encore : blessé par les remarques acerbes de l’empereur, Jérôme regagna la Westphalie sans prévenir qui que ce soit. Là, il tenta de réorganiser une petite armée malgré les incessants problèmes de trésorerie. Cela était d’autant plus nécessaire que le théâtre des opérations militaires s’était déplacé en Allemagne. Cependant, il dut fuir Cassel en septembre 1813. Il y revint peu de temps après mais dut s’enfuir définitivement un mois après et demeura à Paris durant la campagne de 1814. Après la capitulation de l’empereur, son beau-père somma sa fille de se séparer de son mari : enceinte, elle refusa. Le couple s’enfuit pour la Suisse puis pour Trieste. Il rejoignit son frère à Paris le 1er juin 1815  et se distingua par son courage lors de la bataille de Waterloo. Après la seconde abdication, il erra en France avant de rejoindre le royaume de Wurtemberg puis l’Autriche en 1816. Jérôme et sa femme passèrent alors de châteaux en châteaux et se couvrirent de dettes. Après la mort de Napoléon, ils eurent la permission de rejoindre Letizia à Rome. Ils s’installèrent ensuite à Florence où Catherine décéda en 1835. Cinq ans plus tard, il épousa une riche veuve florentine, Giustina Bartolini. Peu de temps avant la révolution de 1848, il reçut l’autorisation de regagner Paris. Lorsque Louis Napoléon fut élu prince président, Jérôme fut nommé gouverneur des Invalides. Il devint ensuite maréchal de France puis président du Sénat. Il mourut quelques années plus tard et fut inhumé au Invalides.


1 Pour cette notice, nous nous sommes inspiré de la notice de Bernardine Melchior-Bonnet parue dans le Dictionnaire Napoléon (cf. orientation bibliographique).

Lettre

Support : une feuille de papier

Hauteur : 244 mm
Largeur : 208 mm

Cote : 19345/229

Enveloppe

Hauteur : 80 mm
Largeur : 139 mm

Cote : 19345/229

Portrait

Jérome Napoleon


J. Lith de Delpech. Signature de Jérôme Napoléon en fac-similé.

Hauteur : 274 mm.
Largeur : 176 mm

Cote : 19345/229