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Lettre au comte de Lauzun, 10 avril 1691

A Saint Germain le 10 avril 1691
Je ne puis pas exprimer la joie que j’ai eu d’avoir appris par Bontemps que Mons capitulait, jamais entreprise [n’] a été concertée et exécutée, et avec plus d’éclat et de gloire pour le Roi, et de celui qui a eu soin de si bien exécuter ses ordres. Je n’ai pas le temps de vous dire davantage à cette heure sur ce sujet, ni sur aucune autre chose, seulement que je prétends aller demain coucher chez vous à la place Royale, comme je vous l’avais mandé par une lettre, que l’officier, qui l’avait, m’avait promis de vous rendre samedi passé. Je prétends y demeurer le reste de la semaine sainte. La Reine doit aller à Chaillot.
James R.

La joie de Jacques II suite à la capitulation de Mons (signée le 9 avril 1691 mais exigée par les Montois dès le 81) apprise par Bontemps2 est compréhensible. Durant cet épisode de la guerre de la Ligue d'Augsbourg en effet, les troupes de Louis XIV (présent lors du siège de la ville hennuyère) triomphèrent de celles conduites par Guillaume III. On sait (cf. notice biographique) que ce dernier avait chassé Jacques II des terres d’outre-Manche pour ceindre les couronnes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Jacques II se doutait sans doute du mécontentement de Guillaume III3. Celui-ci fut effectivement vivement contrarié par cette défaite et craignait ses conséquences comme le laisse penser une de ses lettres écrite près de Hal le 9 avril 1691 : « Nous avons reçu aujourd’hui la triste nouvelle qu’elle [Mons] a capitulé hier, sans en connaître encore les particularités. Votre excellence peut facilement comprendre combien cela me contrarie, c’est une perte irréparable et de beaucoup de conséquence, ainsi que l’on peut s’imaginer. »4.
Nous avons souligné dans la notice biographique le rôle important du comte de Lauzun dans les derniers moments du règne de Jacques II. Ce dernier tenait en haute estime le fantasque militaire et homme de cour. Il le décora d’ailleurs de l’ordre de la Jarretière et obtint que Louis XIV le fît duc5. Le ton général de la lettre trahit d’ailleurs une certaine complicité entre les deux hommes.

1 VAN MOL B. « Chronologie du Siège de Mons du 15 mars au 8 avril 1691 », in « Tricentenaire du Siège de Mons par Louis XIV (15 mars - 8 avril). Actes du colloque tenu le 16 mars 1991 à Mons », in Annales du Cercle archéologique de Mons, t. 75, 1992, p. 9. La ville de Mons fut occupée par les Français jusqu’en 1697.

2 Il s’agit très certainement d’Alexandre Bontemps, premier valet de chambre de Louis XIV (ROMAN D’AMAT, « Bontemps (Alexandre) », in PREVOST M., ROMAN D’AMAT(dir.), Dictionnaire de biographie française, Paris, Librairie Letouzey et Ané, 1954, t. 6, col. 1051-1052.

3 Très proche de la cour du roi de France, il est peu probable qu’il n’était pas au courant de la présence de son ennemi dans nos régions.

4 Lettre de Guillaume III à Heinsius, 9 avril 1691, in 1691 : Le siège de Mons par Louis XIV, [Exposition, Salle Saint-Georges, Mons, 28 juin au 18 août 1991], Bruxelles, Crédit Communal de Belgique, 1991, p. 53, 54.

5 LEVER E., « Lauzun (Antoine-Nompar de Caumont, duc de) », in BLUCHE F. (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 2005, p. 836-837. (coll. Les indispensables de l’histoire).

Sur Jacques II

BOQUET G., « Jacques II », in BLUCHE F. (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 2005, p. 776-777. (coll. Les indispensables de l’histoire).

FELLOWS N., Charles II and James II, London, Hodder & Stoughton, 1995, 162 p. (coll. Access to history )

GLASSEY L.K.J. (éd.), The reigns of Charles II and James VII & II, Basingstoke ; London : Macmillan, 1997, p. (coll. Problems in focus).

HARRIS T., Revolution : the great crisis of the British monarchy, 1685-1720, London [etc.] : Allen Lane, 2006, XVIII-622 p.

MILLER J., James II, New Haven, London, Yale university press, 2000, 304 p. (coll. Yale English monarchs).

Sur le siège de Mons en 1691

RAPAILLE R., Louis XIV et le siège de Mons de 1691. Analyse critique d'une tragi-comédie méconnue, Mons, Éditions du Renard Découvert, 1990, 196 p.

1691 : Le siège de Mons par Louis XIV, [Exposition, Salle Saint-Georges, Mons, 28 juin au 18 août 1991 ], Bruxelles, Crédit Communal de Belgique, 1991, 150 p.

“Tricentenaire du Siège de Mons par Louis XIV (15 mars - 8 avril). Actes du colloque tenu le 16 mars 1991 à Mons », in Annales du Cercle archéologique de Mons, t. 75, 1992, p. 1-216.

Jacques II d' Angleterre

Jacques était le fils de Charles Ier et d’Henriette de France et frère du futur Charles II1. Il reçut une éducation de cour et parlait principalement le français. Bien vite, il eut à subir la dégradation des relations entre le Parlement d’Angleterre et son père : resté à Oxford, il y fut arrêté en 1646 par les troupes des parlementaires et fut enfermé à Londres jusqu’en 1648, année où il parvint à se soustraire à ses geôliers. Il rejoignit sa sœur Mary à La Haye et apprit la décapitation de son père, évènement qui le marqua durablement. Lord-amiral et gouverneur de Jersey (1650) il vivait à Paris en hiver et servait dans l’armée de Turenne le reste du temps. En 1656, il fut rappelé par son frère Charles à Bruges après l’alliance de Cromwell et de Mazarin et combattit du côté espagnol. Il regagna Londres en 1660 en compagnie de son frère qui devint souverain d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse sous le nom de Charles II. Cette proximité du pouvoir lui permit bien entendu de récolter les honneurs et les prébendes. Il reçut en effet la licence des vins et les revenus de la poste. Lord-amiral et « gardien des cinq ports » (du Pas-de-Calais), il reçut la vallée de l’Hudson hollandaise avec New York en 1664 et devint également gouverneur de la compagnie de la baie d’Hudson et de la compagnie d’Afrique (1683). Quoique élevé dans l’anglicanisme, il penchait davantage pour le catholicisme plus en rapport avec son esprit militaire. Il se réconcilia avec Rome en 1672. Sa conversion resta longtemps secrète et il assista même aux offices anglicans jusqu’en 1676.Il se maria avec Anne Hyde en 1660 dont il eut sept enfants mais deux seulement survécurent : Mary, qui se maria plus tard avec Guillaume d’Orange, et Anne qui succéda à ce dernier. Veuf en 1671, il épousa en 1673, par l’entremise de Louis XIV, Marie-Béatrice de Modène qui lui donna sept enfants dont beaucoup moururent en bas-âge. Il accepta le mariage de sa fille avec Guillaume d’Orange (1677) et se dit prêt à commander une flotte hollandaise contre la France (1678). Compromis dans un complot, il fut contraint de partir en exil à Bruxelles puis à Edimbourg où il rétablit l’ordre après la révolte de Bothwell Brig (1679-1682). Son frère quant à lui résista avec succès aux communes whigs qui exigeaient l’exclusion de Jacques de la succession au trône. Jacques retrouva sa place au Conseil privé et à l’Amirauté en 1684.
Il succéda à son frère en 1685 et promit aux tories de maintenir l’Église anglicane. Il garda les conseillers de son frère mais écoutait sans doute trop son épouse. Quoique très friand de chasse et de manœuvres, il se montra un monarque scrupuleux et réduisit les dépenses de la cour. Il eut également à cœur de défendre les intérêts commerciaux de son pays. Il obtint du parlement Tory des aides pour régler les dettes de Charles II, reconstituer la Royal Navy et écraser des rebelles venus de Hollande. Méfiant envers son beau-fils Guillaume d’Orange, il augmenta le nombre de soldats, faisant passer celui-ci de 9.000 à 18.000 en 1685. Désirant redonner aux catholiques la liberté de culte mais aussi l’accès à toutes les charges, il nomma beaucoup d’officiers catholiques parmi ces nouvelles troupes, négligeant l’aversion d'une grande partie de ses sujets pour le « papisme ». Son entourage comptait d’ailleurs de plus en plus de catholiques. Il combattit les prédicateurs antipapistes et prit bien d’autres mesures en faveur des catholiques. La plus importante fut cependant la « déclaration d’indulgence » du 4 avril 1687 ayant pour but la liberté de conscience, y compris pour les dissidents. Cette mesure fut reçue froidement par les anglicans et les tories. Écoutant davantage les catholiques les plus fervents, il prépara l’élection d’un nouveau parlement destiné à abolir les Tests acts, du nom de ces lois instaurant des discriminations envers les catholiques et les dissidents religieux. En mai 1688, il fit arrêter l’archevêque Sancroft et six évêques à qui il reprochait de ne pas vouloir appliquer la déclaration d’indulgence. Ils furent libérés en juin, ce qui provoqua de grandes manifestations de soutien aux anciens détenus. Ces incidents incitèrent des notables à faire appel à Guillaume d’Orange. Celui-ci débarqua à Torbay en novembre. Jacques II se rendit à sa rencontre mais fut ramené à Londres par des soulèvements dans plusieurs comtés. Incapable d’arrêter la marche de Guillaume, il envoya en France la reine et son fils sous la conduite du comte de Lauzun le 9 décembre et s’enfuit lui-même durant la nuit du 10 au 11. Arrêté et ramené à Londres, il gagna Rochester sur une « suggestion » de Guillaume d’Orange pour gagner la France où il fut accueilli avec faste. Considérant que Jacques II avait abdiqué, le Parlement offrit la couronne à Guillaume le 13 février 1689. En mars, Jacques II fut poussé par Louis XIV à aller faire la guerre en Irlande. Disposant d’une armée médiocre, il échoua dans son siège de Londonderry. L’arrivée de renforts envoyés par Louis XIV et commandés par le comte de Lauzun ne modifia en rien le cours des évènements : Jacques dut fuir et regagna la France à nouveau. Attribuant sa défaite à la punition de ses péchés, il mena à Saint-Germain une vie austère coupée de retraites religieuses. Quand Louis XIV fut contraint de reconnaître la souveraineté de Guillaume, il refusa pourtant d’expulser Jacques II de Saint-Germain.

1 Pour cette notice, nous nous sommes inspiré de l’article de Guy Boquet (cf. orientation bibliographique).

Support : une feuille de papier

Hauteur : 225 mm
Largeur : 336 mm

Cote : 19346/2225