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Lettre du 22 octobre 1781

                                                                                                                                                                                                           À la Bastille le 22 octobre 1781                                                                                                                                                                                                                          À 3 heures après-midML.                                                                                                                                                                                                                                                           ?

Monseigneur

À la réception de votre ordre, j’ai fait tirer le canon de la Bastille et je compte ce soir, suivant l’usage, faire faire une seconde salve et demain matin la troisième.
Je suis avec un très profond respect

Monseigneur

Votre très humble et très
Obéissant serviteur De Launey

Le gouverneur de la Bastille ne dit rien quant à la raison des salves tirées à partir de la bâtisse militaire. Toutefois, il est fort probable qu’il s’agissait de fêter la naissance du tant attendu Dauphin dont nous avons parlé dans notre analyse de l’autographe de Louis XVI adressé à Joseph II.
L’identité du destinataire nous est restée inconnue, aucune indication à ce sujet n’étant reprise dans le dossier comprenant l’autographe ci-dessus. Toutefois, ce dernier laisse deviner un lien de subordination (« votre ordre ») : il est donc possible que de Launay s’adressait en fait au ministre de la Maison du roi1 qui était à l’époque Antoine Jean Amelot de Chaillou2 mais nous ne pouvons l’affirmer avec certitude.

1 COTTRET M., La Bastille à Prendre. Histoire et mythe de la forteresse royale, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 33 (coll. Histoires, préface de Pierre Chaunu).
2 Ibidem, p. 187. Né à Paris le 19 novembre 1732, mort à Paris (prison du Luxembourg) le 1er floréal an III (20 avril 1795). Avocat du roi au Châtelet (1751), maître des requêtes (1753-1772), président du Grand Conseil 1754), intendant des finances (1774) secrétaire d’État de la Maison du Roi (1776-1783). Il ne montra pas suffisamment d’énergie pour remettre de l’ordre dans les affaires. Durant la Révolution, il devint suspect et fut arrêté à la fin de 1792. Incarcéré au Luxembourg, sa santé se dégrada rapidement NICOLAS S., Les derniers maîtres de requêtes de l’Ancien Régime (1771-1789). Dictionnaire prosopographique, Paris, École des Chartes, 1998, p. 88 (Mémoires et documents de l'École des chartes, 51, préface de Michel Antoine) ; PREVOST M., « Amelot de Chaillou (Antoine-Jean), in BALTEAU J., BARROUX M., PREVOST M. (dir.), Dictionnaire de biographie française, Paris, Librairie Letouzeay et Ané, 1936, t. 2, col. 604-606).

CHAUSSINAND-NOGARET G., La Bastille est prise. La Révolution française commence, Bruxelles, Éditions complexe, 1988, 181 p. (coll. La Mémoire des siècles, 207).

COTTRET M., La Bastille à Prendre. Histoire et mythe de la forteresse royale, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 33 (coll. Histoires, préface de Pierre Chaunu).

GODECHOT J., La prise de la Bastille 14 juillet 1789, Paris, Gallimard, 1989, 538 p. (coll. Folio histoire).

GOTLIB R., « Launey ou Launay Bernard René Jordan, marquis de », in SOBOUL A. (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 2005, 1989, p. 651 (rééd. Quadrige, 2005).

GUMBRECHT H.-U., LUSEBRINCK H.-J., REINHARDT H., « Histoire et langage : travaux allemands en lexicographie historique et histoire conceptuelle », in Revue d’histoire moderne contemporaine, t. XXX, avril-juin 1983, p. 185-234.


LOBIE J.P., « Launay ou Launey (Bernard-René Jordan ou Jourdan, marquis de) », in BALTEAU J., PREVOST M., LOBIES J.-P. (dir.), Dictionnaire de biographie française, Paris, Librairie Letouzeay et Ané, 2001, fasc. CXIV, col. 1348.

QUÉTEL C., La Bastille. Histoire vraie d’une prison légendaire, Paris, Éditions Robert Laffont, 1989, 500 p.

Marquis Bernard René Jordan (ou Jourdan) de Launay (ou Launey)

Né à la Bastille (Paris) le 9 février 1740, décédé à Paris le 14 juillet 1789. Le marquis de Launay naquit à la Bastille : René, son père (1673-1749), en était le gouverneur et le resta jusqu’à la fin de ses jours1. Le fils fut admis dans la deuxième compagnie des mousquetaires de la garde du roi en mai 1748. Nommé sous-lieutenant en février 1761, il démissionna le 20 septembre 1767. Désigné capitaine à la suite au régiment de La Marche-Cavalerie en août 1772 et chevalier de Saint-Louis en janvier 1773, il se retira toutefois de l’armée le 19 avril 1775. En septembre 1776, Le gouverneur de la Bastille, Antoine-Joseph Chapelle de Jumilhac, démissionnait en faveur de de Launay pour la somme de 600.000 écus.
Au début du mois de juillet 1789, sentant le climat se tendre, il ordonna plusieurs travaux pour augmenter les capacités défensives de la forteresse. Il obtint également que sa garnison fût renforcée de 32 soldats suisses. Toutefois, durant la nuit du 12 au 13, le ministre de la Guerre fit transférer à la Bastille les poudres entreposées à l’Arsenal. Cette démarche s’avéra funeste pour de Launay : les émeutiers parisiens étaient bien armés mais manquaient de poudre. Ils se rendirent donc à la Bastille le 14 juillet. Trois délégations furent reçues par de Launay de 10h30 à 14h00. Plusieurs heurts eurent lieu durant cet intervalle, principalement basés sur des malentendus. Le climat était donc très tendu quand le gouverneur, « ayant perdu la tête avant qu’on la lui coupe » (Rivarol), fit tirer sur la délégation de parlementaires venus négocier avec lui à 16h00. Il ordonna même de faire sauter la forteresse plutôt que de se rendre. Suivant toutefois son inconstance habituelle, il accepta de capituler à 17h00. Conduit à l’Hôtel de Ville, il fut insulté par une foule surexcitée qui exigeait sa mort. Battu, blessé, il fut arraché à ses gardiens et reçut plusieurs coups de baïonnette avant d’être achevé au pistolet. Sa tête fut tranchée au couteau, plantée au bout d’une pique et promenée deux jours durant dans les rues de Paris.

1 Pour cette notice, nous nous sommes inspiré des notices de J.P. Lobies de R. Gotlib et de l’ouvrage de Jacques Godechot (cf. orientation bibliographique).

Support : une feuille de papier

Hauteur : 317 mm
Largeur : 211 mm

Cote : 19346/1477