Chers lecteurs,

Ce mardi 28 janvier, en raison d’un évènement privé se déroulant au Palais des Académies, l’accès à la bibliothèque se fera par l’entrée située Place du Trône.

 

 

Lettres à Rita Lejeune et à Jacques Stiennon, 10 février 1966

Lettre 1
LE GÉNÉRAL DE GAULLE
Paris, le 10 février 1966


Madame,

Laissez-moi vous dire toute mon admiration pour l'oeuvre monumentale que vous avez réalisée sur “la Légende de Roland” en collaboration avec le professeur Jacques Stiennon.

Par vos recherches et vos travaux vous avez élargi et approfondi le champ de nos connaissances de la littérature et de l’art médiévaux dans un domaine où la France est plus particulièrement concernée.

Je vous en félicite et vous en remercie. En ce qui me concerne, je suis tout particulièrement touché que vous ayez, en me les adressant, enrichi ma bibliothèque des deux splendides volumes qui composent votre ouvrage.

Je vous prie d’agréer, Madame, mes très respectueux hommages.


C. de Gaulle

Madame Fernand DEHOUSSE
Professeur à l’Université de Liège
17, rue Saint-Pierre
LIEGE
Belgique

[Numérotation du document dans le dossier 23110 a, en haut, à droite :]
3


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Lettre 2
LE GÉNÉRAL DE GAULLE
Paris, le 10 février 1966



Monsieur le Professeur,

Ainsi que je l’écris à Madame Rita Lejeune, je suis rempli d’admiration devant la somme de recherches et de travaux dont votre magistral ouvrage sur “la Légende de Roland” est le résultat.

A travers le héros français, sa légende, et les représentations de caractère hagiographique que vous avez réunies et présentées de façon si intéressante, s’ouvrent de nouvelles et vastes perspectives sur la littérature et l’art médiévaux.

Je vous en fais mon bien sincère compliment et je vous remercie de vous être aimablement associé à Madame Lejeune pour me faire hommage de ce magnifique ouvrage.

Veuillez croire, Monsieur le Professeur, à mes sentiments les plus distingués et les meilleurs.

C. de Gaulle

Monsieur Jacques STIENNON
Professeur à l’Université de Liège
34, rue des Acacias
LIEGE
Belgique

[Numérotation du document dans le dossier 23110a, en haut, à droite:]
4

L’amour du général pour les lettres est moins connu du plus grand nombre, de même que ses incontestables talents d’écrivains1. Pourtant, à l’instar de Jean Lacouture, nous dirions que « le maniement des mots, écrits ou non, [fut] (…) son arme de combat la plus efficace, grâce à laquelle il entrerait en histoire et, de Londres à Paris et Alger, surmonteraient toutes les crises. Sauf une… »2.

Les écrivains sont la plupart du temps des grands lecteurs eux-mêmes et de Gaulle n’échappait pas à cette règle. Dans sa demeure de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises, il aimait lire les livres envoyés par leurs auteurs3. La plupart de ceux-ci recevaient ensuite une lettre de remerciement4. Ce fut le cas pour Rita Lejeune5 et Jacques Stiennon6 qui, suite à l’envoi de leur ouvrage intitulé : La Légende de Roland dans l’art du Moyen Âge7, reçurent chacun une lettre du général, toutes deux datées du 10 février 1966. Comme il fallait s’y attendre toutefois, les idées reprises dans les deux documents sont identiques, à peu de choses près. La Légende de Roland dans l’art du Moyen Âge est une « œuvre monumentale » (Rita Lejeune, appelée ici « Madame Fernand Dehousse »), un « magistral ouvrage » (Jacques Stiennon). Le général se réjouit de voir élargi et approfondi le champ des connaissances relatives à la littérature et l’art médiévaux (Rita Lejeune) et est persuadé de voir de nouvelles perspectives sur ces deux matières (Jacques Stiennon). L’intérêt de de Gaulle est d’autant plus grand qu’il y voit « un domaine où la France est plus particulièrement concernée » (Rita Lejeune) et que Roland est, cela va sans dire, un « héros français » (Jacques Stiennon). Ces dernières considérations expliquent sans doute pourquoi de Gaulle prit la peine de répondre aux deux auteurs même si la qualité de cet ouvrage richement illustré est indéniable8. Si Roland est un « héros français », rien d'étonnant à ce que celui-ci fut familier au Général. À titre d’exemple, lors de la soirée du 18 juin 1970 à l’Ambassade de France en Irlande, il dédicaça l’exemplaire des Mémoires de guerre de l’ambassadeur avec des citations de Nietzsche, Saint Augustin et un extrait de la Chanson de Roland9. Un peu plus tard, de retour d’un voyage controversé en Espagne où il rencontra Franco, il passera le 26 juin par le col de Roncevaux10, lieu légendaire de la bataille décrite dans la Chanson de Roland.

Olivier DAMME


1 Nous renvoyons le lecteur à ses Mémoires de guerre ou encore ses Mémoires d’espoirs, malheureusement interrompues par sa mort. Dans un ouvrage récent, Adrien Le Bihan n’hésite pas à comparer de Gaulle à Chateaubriand (de Gaulle écrivain, Paris, Fayard/Pluriel, 2010, p. 61.)
2 LACOUTURE J., « Un homme de mots », in La revue, n° 7, novembre 2010, p. 40.
3 Mémoires d’espoir, « Le Renouveau, Le Chef de l’État », Bibliothèque de La Pléiade, p. 1141. Renseignement tiré du site charles-de-gaulle.org. Consulté le 30 août 2011
4 LACOUTURE J., De Gaulle. Tome 3. Le souverain 1959-1970, [s.l.], Éditions du Seuil, 1986, p. 22.
5 Membre décédé de l’Académie royale de Belgique, Herstal, le 22 novembre 1906 - Liège, le 18 mars 2009. Consulter la fiche personnelle
6 Membre décédé de notre institution, Liège, le 1er avril 1920 ; y décédé, le 5 mai 2012. Consulter la fiche personnelle
7 LEJEUNE R., STIENNON J., La Légende de Roland dans l’art du Moyen Âge, Bruxelles, Arcade, MCMLXVI, 2 vol. in-4°, 412 et 408 p., 573 planches. Il existe une traduction en allemand : Die rolandssage in der Mittelalterlichen kunst, Brüssel, Arcade, MCMLXVI, 2 band, 454-385 p.
On nous a assuré que cet ouvrage ne se trouvait pas dans la bibliothèque de la Boisserie ni même au siège de la Fondation Charles de Gaulle (nous remercions Aurore Jacquinot, responsable du site de la Boisserie et David Valence de la fondation Charles de Gaule pour ces informations).

8 Voyez à ce propos le compte rendu élogieux de Robert Bossuat dans le Journal des savants (vol. III, n° 3, 1967, p. 180-182).
9 LACOUTURE J.., De Gaulle. Tome 3 (…), op. cit., p. 767. De Gaulle avait indiqué « Moult a appris qui a connu ahan (N : la douleur) » soit le 2524e vers (Laisse CLXXXIV), de la Chanson de Roland qui est repris précisément comme ceci : « Mult ad apris ki bien conuist ahan ». Consulé le 30 août 2011 sur le site BIBLIOTHECA AUGUSTANA.
10 LACOUTURE J., De Gaulle. Tome 3 (…), op. cit., p. 779.

ANDRIEU C., BRAUD P., PIKETTY G. (dir.), Dictionnaire de Gaulle, Paris, Robert Laffont, 2006, 1265 p.

BERSTEIN S., Histoire du gaullisme, Paris, Perrin, 2001, 568 p.

DE LA GORCE P.-M., Charles De Gaulle, Paris, Nouveau Monde éditions, 2008, 2 vol., 895-799 p.

LACOUTURE J., De Gaulle, Paris, Ed. du Seuil, 1984-1986, 3 vol. (réed. Points, 1990, 3 vol.).

LACOUTURE J., « Un homme de mots », in La revue, n° 7, novembre 2010, p. 40, 41.

LARCAN A., De Gaulle : le soldat écrivain, Paris, Textuel, 2005, 191 p. (coll. Passion).

LE BIHAN A., De Gaulle écrivain, Paris, Fayard/Pluriel, 2010, 280 p. (coll. Pluriel).

MIQUEL P., Charles de Gaulle, Paris, Fayard, 1992, 254 p.

RIOUX J.P., De Gaulle : la France à vif, Paris, L. Levi, 2000, 197 p.

ROUSSEL E., De Gaulle, Paris, Gallimard, 2008, 320 p. (coll. Folio Biographies, n° 39).

Charles de Gaulle

Né le 22 novembre 1890 à Lille, mort à Colombey-les-Deux-Églises le 9 novembre 1970. Général, homme d’État et écrivain. Chef de la France libre durant la Seconde guerre mondiale. Fondateur de la Cinquième république et président de la république.

 

Qui ne connaît Charles de Gaulle, l’emblématique auteur de l’appel du 18 juin ? Peu de personnes sans doute, et cela d’autant plus que fut célébré l’année passée le 70e anniversaire de ce message au peuple français lancé de Londres afin de continuer le combat contre l’occupant allemand1. En terme de popularité, cette date qui le fit rentrer dans l’histoire n’a sans doute d’égale que Mai 68, ultime crise qui précéda de peu la fin de sa vie politique. Celle-ci ne doit cependant pas être limitée à ces deux dates. Négliger le 26 août 1944 (libération de Paris), le 8 janvier 1959 (entrée en fonction comme chef de l’état et fondation de la Ve république) ou encore le 18 mars 1962 (signature des accords d’Évian) n’a guère de sens. Le Général de Gaulle lui-même s’irritait d’ailleurs toujours de la formule de « l’homme du 18 juin » tant par celle-ci sa carrière ultérieure semblait passer aux oubliettes2


1 CREMIEUX-BRILHAC J.L., L’appel du 18 juin, Paris, Éd. Biotop, 2010, 80 p.
CREMIEUX-BRILHAC J.L. (éd.), L'appel du 18 juin [Texte imprimé] : et les appels du général de Gaulle des mois de juin et juillet 1940,  Paris, A. Colin, 2010, 127 p.
THEVENOT S. TOTI C. (éd.), L'appel du 18 juin, Paris, Nouveau monde éd. ; Colombey-les-Deux-Églises, Mémorial Charles de Gaulle, 2010, 23 p. (coll. L'histoire grandeur nature)

2 LACOUTURE J., De Gaulle. Tome 3. Le souverain 1959-1970, [s.l.], Éditions du Seuil, 1986, p. 123.

Support : 1 feuille

Hauteur : 269 mm

Largeur : 209 mm

Cote de la lettre à Rita Lejeune : 23110 a, 3

Cote de la lettre à Jacques Stiennon : Cote : 23110 a, 4