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Partition de La Feria Andaluza, 1851

[f°1]

La Feria Andaluza
Ouverture à grand orchestre, par F.-A. Gevaert

Cadix, janvier 1851


[Ecriture postérieure, à la mine de plomb, dans le coin supérieur gauche:]
5e Don 4045

[Exergue de l'auteur, dans le coin supérieur droit:]
¡ O dulces prendas por mi mal halladas!
¡ Dulces y alegres quando Dios queria !
[Gages chéris que je rencontre en vain,
Vous serez mon bonheur quand viendra le Destin
!
(Garcilaso de la Vega, Sonnet X)]

[Pagination de l'auteur, dans le coin supérieur droit :]
1

* * *

[f°2]

La Feria Andaluza. Ouverture à grand orchestre.

Andante quasi adagio

Flutes.
Octaves.
Hautbois
Clarinettes
en si
Bassons
Cors en Fa
Cors en Ré
Trompettes en Ré
1e Trombone
2e Trombone
3e Trombone
Timbales en
Ré et en La
Castagnettes
Violons
Altos
Violoncelles
Contre-Basses

[Pagination de l'auteur, dans le coin supérieur gauche:]
2

* * *

[f°43]

F.-A. Gevaert
Cádiz, y 29 de Enero de 1851.

[Pagination de l'auteur, dans le coin supérieur droit:]
43

L’œuvre qui fait l’objet de notre commentaire - La Feria Andaluza - fait partie des quelques rares pages orchestrales du maître. Elle vit le jour dans un contexte créatif spécifique qui prend place dans le cadre du voyage d’étude qu’il effectua entre 1850 et 18521. Quelques années plus tôt, en 1847, Gevaert, âgé seulement de dix-neuf ans, avait remporté le prestigieux Prix de Rome. Trop jeune cependant pour entreprendre le Grand Tour obligé, on lui avait permis de reporter son voyage de deux ans, lorsqu’il aurait atteint l’âge de vingt-et-un ans. Rappelons ici le règlement du concours, strict dans ses principes qui sont clairement énoncés dans l’arrêté royal du 5 mars 1849 :

« Le lauréat doit voyager un an et demi en Allemagne, dix mois en Italie, et séjourner ensuite huit mois à Paris. […] Il adresse, en outre, tous les trois mois, au gouvernement, un rapport sur ses voyages et sur ses travaux. […] Dans le cours de la dernière année, il doit faire la remise d’un morceau instrumental à grand orchestre. »2


Manifestement, le jeune Gevaert modifia son itinéraire pour se rendre en Espagne, une nation qui lui offrit l’inspiration nécessaire à l’élaboration de ces œuvres à grand orchestre exigées par le concours. Cette partie de son voyage nous est révélée par la correspondance, privée et rédigée en néerlandais, qu’entretint le musicien avec ses parents restés en terre flamande.

« Gevaert y présente un tableau bien pittoresque et truculent de ses aventures. Il mange mal, ne trouve pas de logement convenable et décrit un parcours semé d’embûches dont on ne manquera pas de retenir le passage des Pyrénées où la voiture manque de s’écraser dans le ravin. »3


Ainsi Gevaert séjourne-t-il huit mois à Madrid, de mai 1850 à janvier 1851, avant de se rendre à Rome (sept mois), puis en Autriche et, enfin, en Allemagne. C’est au cours de son séjour madrilène qu’il compose, en 1850, la Fantasia a grande orquesta sobre motivos españoles, puis La Feria Andaluza, beaucoup moins connue que la précédente. D’après Dufour et Dupont, la deuxième de ces œuvres aurait été composée en mars 1851 à Cadix4. Cette assertion contredit la date antérieure de quelques semaines présente sur le manuscrit (autographe ?) de La Feria Andaluza conservé à l’Académie royale de Belgique, lequel est daté précisément du 29 janvier de la même année.5

Le Romantisme et les écoles nationales par la suite sauront s’inspirer des recherches ethnologiques sur les musiques populaires locales, on le sait, mais La Feria Andaluza fait assurément date dans la tradition des compositeurs étrangers inspirés par un tel matériau. Gevaert cependant, après ce souffle d’inspiration ibérique, ne nous laissera point d’autre œuvre d’importance inspirée par ses vagabondages italiens et allemands. Cette pièce est donc bien l’un des rares vestiges de la première phase créatrice du maître. Le manuscrit qui en est parvenu jusqu’à nous constitue, en outre, la seule source, car nous n’avons jusqu’ici retrouvé aucune édition de La Feria Andaluza.6


Sandrine THIEFFRY

1 À propos de cette distinction, consulter : CORNAZ M., « François-Joseph Fétis et le Prix de Rome », in Revue belge de Musicologie, t. LXI, 2008, p. 107-114. Consulter également : VANDER LINDEN A., « Considérations historiques sur le ‘Prix de Rome’ de musique au XIXe siècle », in Bulletin de la classe des Beaux-Arts, Bruxelles, Académie royale de Belgique, t. LI, 1969, p. 229-251 ; DUFOUR V., « Les ‘années de pèlerinage’ des Prix de Rome. Points de vue de France et de Belgique au XIXe siècle », in MEYER C. (dir.), Le musicien et ses voyages, Berlin, Berliner Wissenschafts-Verlag, 2003, p. 409-425.
2 VANDER LINDEN A, « Considérations historiques », op. cit., p. 234.
3 DUFOUR V., DUPONT C. A., « Le voyage du Prix de Rome de F.-A. Gevaert », in Revue belge de musicologie, t. LXIV, 2010, p. 222.
4 DUFOUR V., DUPONT C. A., « Le voyage du Prix de Rome de F.-A. Gevaert », op. cit., p. 223.
5 L’œuvre est reprise dans : DE PAEPE J.-L. (dir.), Inventaire des Archives de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique 1769-1984, Bruxelles, Palais des Académies, 1986, p. 890, n° 14083.
6 Le Conservatoire royal de musique de Bruxelles conserve lui aussi un manuscrit (autographe ?) de l’œuvre. Nous laissons le soin à l’avenir de comparer ces deux manuscrits.

BERGMANS C., « Gevaert, François-Auguste », in Le Conservatoire royal de musique de Gand, Gand, G. Beyer, 1901, p. 256-261.

CLOSSON E. , F. A. Gevaert, Bruxelles, Imprimerie A. Lesigne, 1929, 29 p.

CORNAZ M., « François-Joseph Fétis et le Prix de Rome », in Revue belge de Musicologie, t. LXII, 2008, p. 107-114.

DU BOIS L., Notice sur F. A. Gevaert, Bruxelles, Hayez, 1930, 51 p.

DUFOUR F., Le baron François-Auguste Gevaert, Bruxelles, Société belge de librairie, 1909, 60 p.

DUFOUR V., « Les ‘années de pèlerinage’ des Prix de Rome. Points de vue de France et de Belgique au XIXe siècle », in MEYER C. (dir.), Le musicien et ses voyages : pratiques, réseaux et représentations, Berlin, Berliner Wissenschafts-Verlag, 2003, p. 409-425.

DUFOUR V., DUPONT C.A., « Le voyage du Prix de Rome de F.-A. Gevaert », in Revue belge de musicologie, t. LXIV, 2010, p. 221-231.

FETIS F.-J., « Gevaert (François-Auguste) », in Biographie universelle des musiciens, Paris, t. III, 1869, p. 470-472.

HOEREE A., « Gevaert, François-Auguste », in Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, Académie royale de Belgique, vol. I, 1988, p. 97-100.

MAIRLOT E., François-Auguste Gevaert (1828-1908) et le renouveau de la musique ancienne : étude de dix concerts organisés au Conservatoire royal de musique de Bruxelles de 1879 à 1896, Bruxelles, Université libre de Bruxelles, mémoire de licence inédit, 1992.

POUGIN A., « Gevaert (François-Auguste) », in Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique par F.-J. Fétis, Supplément et complément, publiés sous la direction de Arthur Pougin, Paris, 1878, t. I, p. 375-376.

VANDER LINDEN A., « Considérations historiques sur le ‘Prix de Rome’ de musique au XIXe siècle », in Bulletin de la classe des Beaux-Arts, Bruxelles, Académie royale de Belgique, t. LI, 1969, p. 229-251.

VRIAMONT G., « Frans-August Gevaert », in Muziek-Warande, 1er mai 1927, 6e année, n° 5, p. 97-100.

Baron François-Auguste Gevaert

Figure emblématique de l’histoire musicale belge de la seconde moitié du XIXe siècle, membre de la Classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique depuis 18721, François-Auguste Gevaert (1828-1908) se fit surtout connaître comme pédagogue, historien de la musique, conférencier et organisateur de concerts. S’il fut en outre un compositeur apprécié de son temps qui aujourd’hui pourtant semble avoir sombré dans l’oubli - du moins en ce qui concerne ses compositions originales -, ses écrits théoriques, ses méthodes et ses éditions d’œuvres anciennes continuent à retenir l’attention des musicologues2.

Il faut dire que sa période créatrice prit fin de façon abrupte : si elle commença vers 1847 avec l’obtention du Prix de Rome belge, elle s’acheva presque totalement en 1871, lorsqu’il prit la direction du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. Son corpus musical se circonscrit donc à une centaine de numéros. On compte, parmi eux, dix opéras, sept pièces sacrées, autant de motets, cinq cantates profanes, vingt-deux compositions chorales, une vingtaine de chansons, trois œuvres orchestrales et le même nombre dédié à la musique de chambre.

Sandrine THIEFFRY

1 Gevaert en fut le président en 1889, 1895 et 1905. Pour les éléments bio-bibliographiques, consulter : HOEREE A., « Gevaert, François-Auguste », in Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, Académie royale de Belgique, vol. I, 1988, p. 97-100. La notice est disponible en format PDF sur le site de l’Académie royale de Belgique.
2 Les manuscrits autographes, les méthodes, ouvrages didactiques et autres écrits musicologiques n’ont pas été répertoriés. Il en est de même pour les éditions anciennes réalisées par le musicien. Consulter à ce propos : MAIRLOT E., François-Auguste Gevaert (1828-1908) et le renouveau de la musique ancienne : étude de dix concerts organisés au Conservatoire royal de musique de Bruxelles de 1879 à 1896, Bruxelles, Université libre de Bruxelles, mémoire de licence inédit, 1992.

Support : 1 cahier de 16 feuilles de papier

Largeur : 315 mm

Hauteur : 204 mm

Cote : 14083