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Reçu du 28 juin 1772

J’ai reçu de Madame Bienaimé la somme de soixante six livres pour sa portion du cens qui m’est dû sur le four de Monsieur Thomas de cette ville, échu le 24 du courant, dont quittance, à Montbard ce 28. juin 1772.
Quittance de 66 livres Leclerc Comte de Buffon

On touche ici aussi aux limites d’une collection d’autographes1 : rien dans ce document ne relève de l’histoire des sciences et tout lecteur s’imaginant y chercher une réflexion intéressante sur l’Histoire Naturelle sera assurément déçu. Il faut plutôt y voir le Comte Georges-Louis Leclerc de Buffon2 dans sa vie quotidienne à Montbard, terre d’origine de sa famille où le comte résidait durant le printemps et l’été3. Il réclame ici son dû à Madame Bienaimé, dont l’identité nous est restée obscure4. En plus d’être le scientifique que l’on connaît, Buffon était également un notable connu de Montbard. Son père Benjamin-François Leclerc avait en effet épousé Anne-Christine Marlin, dont l’oncle, Georges Blaisot, avait fait fortune en tant que collecteur d’impôts du Duc de Savoie. Georges Blaisot n’avait toutefois pas de descendance et ce n’est sans doute pas par hasard que Benjamin-François et Anne-Christine lui demandèrent d’être le parrain de leur premier fils qui reçut donc le prénom de Georges. L’oncle Blaisot sut se montrer généreux : il dota sa nièce avant de mourir en 1714. Après la mort de sa veuve en 1717, la fortune considérable de l’ancien collecteur d’impôt passa au jeune Georges-Louis. Investisseur avisé, son père prit possession de la terre de Buffon, un petit village à quelques kilomètres de Montbard, de même que les droits seigneuriaux de la châtellenie de Montbard et, enfin, une place de conseiller au parlement de Bourgogne5. Georges-Louis Leclerc, futur Comte de Buffon, n’était donc pas désargenté, loin s’en faut, et tout au long de son existence, il eut soin de faire appliquer scrupuleusement ses droits, au point que l’on se souvint longtemps de lui comme un seigneur dur et âpre au gain. Il convient cependant de nuancer quelque peu cette « légende noire », née à la Révolution : les récentes études historiques tendent à nuancer quelque peu ce portrait. En pleine « réaction seigneuriale », Buffon eut en effet peu de conflits avec les paysans lui devant des droits seigneuriaux, et même aucun avec les habitants du village de Buffon6. Tout ne se déroula pas pourtant au mieux dans les terres sur lesquelles il possédait des droits. Dans le village des Arrans (hameau de Montbard) par exemple, les paysans refusèrent même de payer un impôt en 1777 mais Buffon leur intenta un procès qu’il gagna en 1780, puis en appel en 17857. On pourrait citer d’autres histoires de ce genre encore qui prouvent que si son avidité a sans doute été exagérée, il n’en reste pas moins que Buffon n’était pas homme à renoncer à ses droits.

1 Dans ce cas, celle du baron Goswin de Stassart dont fait partie l’autographe de Buffon.

2 Buffon signe « comte de Buffon » dans ce document alors que les lettres patentes lui conférant ce titre ne furent publiées que le mois suivant. Il était en fait au courant de cette faveur royale depuis le début du mois de mai (ROGER J., Buffon un philosophe au jardin du roi, Fayard, 1989, p. 471).

3 ROGER J., Buffon un philosophe au jardin du roi, op. cit., p. 52.

4 Sa correspondance n’en dit rien (Nadault de Buffon Henri (éd.) Correspondance inédite de Buffon à laquelle ont été réunies les lettres publiées jusqu’à ce jour, Paris, Hachette, 1860, 2 tomes, XXXVII-500 & 644 p.), pas plus que ses biographes. Seule une recherche dans les archives locales pourrait éventuellement nous en dire plus.

5 ROGER J., Buffon un philosophe au jardin du roi, op. cit., p. 21.

6 Ibidem, p. 473.

7 Ibidem, p. 474.

Monographies et articles
BERTIN L., « Buffon homme d’affaires », in Buffon, 1952, pp. 87-104.

CHERNI A., Buffon, la nature et son histoire, Paris, Presses Universitaires de France, 1998, 127 p. (coll. Philosophies, 101).

FELLOWS O.E., MILLIKEN S.F., Buffon, New York, Twayne Publishers, 1972, 188 p.

GASCAR P., Buffon, Gallimard, Paris, 1983, 267 p.

GAYON J. (dir.), Buffon 88 : actes du colloque international pour le bicentenaire de la mort de Buffon, Paris, Montbard, Dijon, 14-22 juin 1988, Paris, J. Vrin ; Lyon, Institut interdisciplinaire d'études épistémologiques, 1992, IX-771 p.

HOQUET T., Buffon : histoire naturelle et philosophie, Paris, Honoré Champion, 809 p. (coll. Les Dix-huitièmes siècles, 92).

JOSEPH G., Buffon. Le sacre de la nature, Paris, Éditions Perrin, 2011, 546 p. ulb, B.R. : non

LASSIUS Y., Buffon, la nature en majesté, Paris, Gallimard, 2007, 127 p.  (coll. Découvertes Gallimard).

LEVACHER M., Buffon et ses lecteurs : les complicités de l’Histoire naturelle, Paris, Classiques Garnier, 2011, 398 p., ill. (coll. L’Europe des Lumières, 5).

MICHAUT G., « Buffon administrateur et homme d’affaires », in Annales de l’Université de Paris, VI, 1931, n° 1, pp. 15-36.

ROGER J., Buffon : un philosophe au Jardin du Roi, Paris, Fayard, 1989, 645 p.  

Œuvres de Buffon
Histoire naturelle, générale et particulière, Paris, Imprimerie royale, 1749-1767, 15 vol.

Histoire naturelle, générale et particulière
, Supplément, Paris, Imprimerie royale, 1774-1789, 7 vol. in-4°

Histoire naturelle des minéraux
, Paris, Imprimerie royale, 1783-1788, 5 vol.

Histoire naturelle des oiseaux
, Paris, Imprimerie royale, 1770-1783, 9 vol.

Correspondances
BOURDIER F., FRANCOIS Y., « Lettres inédites de Buffon », in Buffon, 1952, pp. 181-224.

NADAUT DE BUFFON H. (éd.), Correspondance inédite, Paris, 1860, 2 vol. (voir aussi l’édition du même ouvrage, Slatkine Reprints, 1971, 2 vol.)

WEIL F., « La correspondance Buffon-Cramer », in Revue d’histoire des sciences, 1961, vol. 14, n° 2, p. 97-136.

 

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon

Né à Montbard le 7 septembre 1707, décédé à Paris le 16 avril 1788.

Georges-Louis Leclerc naquit à Montbard en Bourgogne au début du XVIIIe siècle au sein d’une famille aisée qui put profiter d’un héritage important1. Le jeune Georges-Louis fut inscrit au collège des Godrans tenus par les jésuites : il n’y fut qu’un élève assez moyen. Au sortir de cet établissement, à 16 ans, il s’inscrivit sans enthousiasme à la faculté de droit de Dijon mais termina sa licence trois ans plus tard. Le désir lui vint alors de se consacrer aux sciences, au grand mécontentement de sa famille. Il partit pour Angers et se plongea pendant deux ans dans les mathématiques tout en s’adonnant à la lecture de Newton. Il suivit également quelques cours à la faculté de médecine. Un duel se soldant par la mort de son adversaire le força à quitter précipitamment la ville pour se réfugier à Dijon ou à Nantes, on ne sait. Il fit la connaissance du duc de Kingston qui, pour parfaire son éducation, voyageait en Europe en compagnie d’un Allemand amateur d’histoire naturelle, Nataniel Hickman. Le futur comte de Buffon2 les suivit dans le sud du pays mais aussi en Italie du Nord et à Rome. Son errance ne fut interrompue que par la mort de sa mère en août 1731, un drame qui lui apporta une définitive aisance matérielle.

En juillet 1732, Georges-Louis s’installa à Paris. Ambitieux, il désirait se faire admettre à l’Académie des sciences et présenta à cet effet un mémoire de mathématique à cette institution. Deux académiciens, Maupertuis et Clairaut, en firent un compte rendu élogieux. À la fin de 1733, il fut admis à l’Académie comme adjoint dans la section de mécanique. Cette élection fut due en grande partie aux appuis que Buffon avait réussi à se ménager, surtout celui de Maurepas, secrétaire d’État à la Maison du roi et donc ministre de tutelle de l’Académie et du Jardin royal des plantes. Par la suite, Buffon fit porter ses travaux sur le bois, sa solidité, sa résistance à la rupture, répondant par là à une demande de Maurepas à l’Académie relative aux bois utilisables pour les constructions navales. Ses recherches n’étaient pas totalement désintéressées, loin s’en faut : propriétaire de forêts, le bois était pour Buffon une source de revenus et les recherches entreprises faisaient l’objet de l’attention bienveillante du ministre. Ces recherches incitèrent Buffon à exposer des idées de portée plus générale : avec les premiers newtoniens français, il prônait l’expérience et l’observation comme base fondamentale de la méthode scientifique. Anglophile, il fut séduit par la philosophie de John Locke, entretint des correspondances avec des savants anglais et fut élu à la Royal Society en 1739. La même année, au sein de l’Académie des sciences, il passa de la section mécanique à celle de botanique, plus conforme à ses recherches en cours. Toujours en 1739, il joua de toutes ses relations et protections et fut nommé Intendant du Jardin royal des plantes : le voici à l’âge de 31 ans à la tête d’un des principaux établissements scientifique de la France d’Ancien Régime. Il assuma cette charge durant cinquante ans tout en menant une vie de grand propriétaire terrien à Montbard. Comme intendant du Jardin, il était également à la tête du Cabinet d’histoire naturelle du roi, un cabinet dont il n’eut de cesse d’agrandir les collections avec succès et qu’il utilisa à bon escient pour son Histoire naturelle. En 1744, il devint trésorier perpétuel de l’Académie des sciences, ce qui lui donnait par la même occasion le grade de pensionnaire de l’institution. Il fut également élu à l’Académie française en 1753 mais ne fit pas preuve d’une grande assiduité au sein de cette institution. Du reste, souvent considéré par ses contemporains comme hautain et individualiste (non sans raison), ses relations avec ses confrères se sont aigries très rapidement. De même, ses rapports avec le clan des philosophes se sont vite assombris : partageant souvent leur scepticisme religieux et leurs conceptions matérialistes, Buffon n’en était pas moins conservateur d’un point de vue social. L’Ancien Régime ayant fait de lui un grand seigneur, ses positions ne sont guères étonnantes. De même, il ne fréquenta guère les salons parisiens où il était de bon ton de se montrer, à l’exception de celui de Madame de Necker. En fait, il devint de plus en plus solitaire et ne se plaisait jamais autant qu’à Montbard où il vivait la moitié de l’année. Il y administrait sa fortune, parcourait ses bois, se rendait dans ses forges et, surtout, y rédigea en partie l’œuvre de sa vie, l’Histoire naturelle.

Maurepas avait en effet demandé à Buffon une description du Cabinet du roi, un ouvrage qui devait donc être un monument à la gloire du règne de Louis XV. Buffon ne se limita pas aux seules collections du cabinet et fit le projet de décrire la nature dans son entier. Il lui fallut plusieurs années de réflexion et de travail intensifs avant la parution des premiers volumes et il est évident que l’auteur avait considérablement sous-estimé l’importance de cet œuvre. Le prospectus de l’ouvrage annonçait en effet 15 volumes et, quand Buffon passa de vie à trépas en 1788, 35 gros volumes in-4° étaient sortis de presse et un trente-sixième était sous presse tandis que le plan original n’était pas entièrement rempli. Cet ouvrage écrit par un tenant de l’ordre d’Ancien Régime n’en contenait pas moins des idées très audacieuses pour l’époque : il mesurait par exemple l’âge de la terre en dizaines de milliers d’années3 quand le récit de la Genèse n’accordait à notre planète qu’une ancienneté de 6.000 ans environ. De même, Buffon plaça l’homme au sein du monde animal, une position éminemment choquante aux yeux des gardiens de l’orthodoxie chrétienne, même si Buffon tempérait en soulignant la capacité de raisonner de l’homme, inexistante selon lui chez les animaux. Il fut aussi un précurseur du transformisme, un transformisme cependant très limité. Cette Histoire naturelle, écrite dans un style accessible aux non-spécialistes, connut un énorme succès dès la sortie des premiers volumes en 1749. Avant la Révolution, elle était l’ouvrage scientifique le plus présent dans les bibliothèques françaises (avant même l’Encyclopédie) et elle connut 40 réimpressions durant le XIXe siècle.


1 Voyez l’analyse du document où nous détaillons l’origine de la richesse de Buffon. Pour cette biographie, nous avons principalement utilisé la biographie d’Yves Laissus (Buffon, la nature en majesté, Paris, Gallimard, 2007, 127 p.) et celle de Jacques Roger (Buffon : un philosophe au Jardin du Roi, Paris, Fayard, 1989, 645 p.).

2 Nous verrons dans l’analyse qu’il ne bénéficia que tardivement de son titre de comte.

3 Dans son manuscrit, il avait d’abord indiqué trois millions d’années (LASSIUS Y., Buffon, la nature en majesté (…), op. cit., p. 83).

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